14 - Car tu arriveras vers la terre que le Seigneur votre Dieu vous a donné

Au sujet de la section de la Bible Deutéronome (26-1): «car tu arriveras vers la terre que le Seigneur votre Dieu vous a donné en héritage et dont vous prendrez possession pour vous y installer».
Les commentateurs posent la question: «qu’a donné le Seigneur ?». Est-ce que Israël n’a pas été conquis au moyen de guerres? Les commentateurs expliquent que l’homme, au plus profond de son coeur, sait qu’il n’a pas la force de conquérir la terre, qu’elle est un don du Créateur. Or, il est écrit que le Seigneur votre Dieu vous a donné en héritage et non pas « c’est par ma force et la puissance de mon bras»
 
Il faut comprendre «par son travail». La terre (eretz) désigne le «désir» (ratson), autrement dit le désir qui est dans le cœur de l’homme est appelé «terre». Cette terre est le «cœur de l’homme». C’est dans le cœur de l’homme que vivent les «nations du monde», c’est là également que vit le «peuple d’Israël». Il faut savoir que ces peuples ne peuvent pas vivre ensemble, l’autorité est exercée soit par l’un, soit par l’autre, soit par Israël, soit par les «peuples».
 
Pourquoi ne peuvent-ils pas vivre dans un même lieu? On sait que la raison de la création du monde repose sur le désir du Créateur de faire plaisir aux créatures. C’est pourquoi Il a créé le désir d’éprouver du plaisir, autrement dit, Il a créé la sensation de manque chez les créations dont le plaisir dépend de l’intensité de leur désir, de leur passion.
 
Elles éprouvent ce plaisir au moyen de ce qui est appelé un récipient. Celui-ci est créé par le Créateur. Il s’agit du premier niveau que nous pouvons définir chez la créature. Si les créatures n’éprouvent pas encore ce désir, elles ne sont pas encore des créations au sens plein du terme. Cela signifie que n’est désigné par le terme création que ce qui désire éprouver du plaisir, autrement dit, ce qui est doté d’un récipient pour éprouver du plaisir.
 
En raison de la honte qui s’en ensuit, désignée par les sages par l’expression araméenne «nema de kissoufa» («pain de la honte»), il s’est produit une restriction, autrement dit, il a été décidé de ne pas recevoir à des fins personnelles, mais uniquement dans l’intention de donner sans réserve. Ce degré correspond à la «similitude de forme». Cela signifie que les créations ne peuvent éprouver du plaisir que si elles sont mues par l’intention de donner sans réserve, par l’intention de faire plaisir au Créateur. C’est alors qu’elles éprouvent du plaisir, dans le cas contraire, elles ne le veulent pas.
 
Ce niveau est le niveau dit «Israël». En hébreu, le mot Israël s’écrit avec la lettre «chin», autrement dit Israël peut se lire «Yachar-el» (droit vers le Créateur). Cela signifie que, dans ce cas, la pensée de l’homme touche directement le Créateur. Un tel homme ne pense pas à lui, toutes ses pensées sont orientées vers le Créateur exclusivement.
 
C’est ce qui est désigné par l’expression «Eretz Israël», autrement dit l’homme éprouve le désir d’aller vers le Créateur, son amour ne va pas vers lui-même (égoïsme) mais vers autrui. Dans la vie, cet homme ne cherche pas à éprouver du plaisir uniquement à des fins personnelles, ses désirs sont des moyens pour donner sans réserve au Créateur. Il ne nourrit son corps que pour avoir des forces pour donner sans réserve.
 
C’est comme l’homme qui nourrit son cheval non pas parce qu’il aime le cheval, mais parce qu’il utilise le cheval pour le travail ou autre et quand il veut faire le bien du cheval, ce n’est pas par amour pour lui, mais parce que tout simplement il veut utiliser le cheval pour son propre bien, non pour celui du cheval. C’est ce qui correspond à l’expression «Eretz Israël», en d’autres termes, toutes les pensées de l’homme ne sont que terre/eretz, désir/ratson qu’elles soient orientées directement vers le Créateur.
 
La notion «terre des peuples» est tout à fait différente, cette «terre» correspond au désir de recevoir uniquement à des fins personnelles, autrement dit tous leurs désirs ne sont qu’en vue du peuple, dépourvues de l’intention de répondre à la volonté du Créateur, dans ce cas la création est appelée «peuple». Le Créateur a créé le peuple. Dans la section Deutéronome (28-10) «et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Eternel est associé au tien et ils te redouteront». Il est dit également dans la Genèse 23:13: «Abraham se prosterna devant le peuple du pays les fils de Heth». Cela signifie que le désir ne leur est pas connu, ils ne ressentent rien d’autre que de l’amour pour soi-même. Ce niveau, désigné par le terme «peuple» est le niveau des créatures.
 
Le «peuple Israël» est différent en ce sens qu’il essaie de se soustraire à l’emprise du désir de recevoir qui a été créé par le Créateur ex-nihilo. C’est la raison pour laquelle nous disons dans la bénédiction lors des fêtes «parce que Tu nous a choisis entre toutes les nations».
 
Il ne peut pas y avoir ensemble une double autorité: ou bien nous sommes régis par le désir de donner sans réserve ou bien par celui de recevoir pour nous-mêmes car ces principes sont antinomiques, ils ne peuvent donc pas être présents dans une seule et même substance qui les porte.
 
Ces processus sont la raison de la lutte avec le penchant, en d’autres termes, l’homme doit lutter avec lui pour soumettre son cœur qui est le refuge de tous ses désirs et en expulser le désir de recevoir, de donner au désir de donner sans réserve au Créateur la possibilité d’y régner.
 
Dès que l’homme commence à s’appliquer au service du Créateur dans une intention pour les Cieux, la guerre entre ces deux types de désirs commence. Si l’homme fait des efforts intenses, il mérite alors le droit de vaincre dans cette bataille, son cœur devient dès lors le siège du désir de donner sans réserve au Créateur.
Cet homme peut alors dire: «c’est par ma force et la puissance de mon bras que je réussirai» (Deut). C’est uniquement au moyen de son travail que l’homme «hérite» d’un cœur qui dès lors porte le nom de «Eretz Israël» parce que son désir est orienté «yachar- el» (droit vers le Créateur).
 
C’est ce que nous dit le verset «Et quand tu arriveras vers la terre que le Seigneur t’a donné». Cela signifie que ce n’est pas par tes propres forces que tu l’as conquis, mais c’est le Seigneur qui te l’a donné. Autrement dit, après que l’homme a fait les efforts nécessaires pour conquérir son cœur par une guerre incessante contre les «peuples du monde» et qu’il les a vaincus, il hérite d’un cœur qui portera le nom de «Terre d’Israël», et non pas «Terre des peuples». Toutefois, ce même homme devra croire que ce n’est pas lui qui a conquis cette «terre», mais que «c’est le Seigneur qui la lui a donnée», que ce n’est pas «c’est par ma force et la puissance de mon bras que j’ai réussi».
 
Il faut comprendre ce que le Saint Béni Soit il a promis à Abraham quand Il lui a dit «Moi, Ton D. qui t’ai fait sortir d’Our-Kasdim pour te donner cette terre en possession». (Genèse 15-7)
 
Dans ce cas, pourquoi le Créateur a-t-il tout d’abord donné cette terre aux «peuples du monde» pour qu’ensuite, Israël viennent et soient obligés de faire la guerre aux peuples et les chasser de leur terre en excitant les griefs du monde entier: «pourquoi conquérir une terre qui ne vous a jamais appartenu?».
 
Tout le monde comprendra que cela aurait été bien plus facile si cette terre n’avait pas été donnée aux peuples du monde, car cet endroit n’aurait fait défaut à personne. Qui plus est, longtemps encore après, d’autres états s’y sont installés encore. Le Seigneur aurait pu faire en sorte que les peuples du monde ne s’installent pas sur ce territoire.
 
Il a néanmoins permis à sept peuples de s’installer sur ce territoire, et le peuple d’Israël a dû leur faire la guerre pour les chasser. Tous les peuples du monde se sont indignés, le peuple d’Israël était des «brigands qui avaient conquis la Terre de sept peuples». Pourquoi toutes ces tracasseries ?
 
RACHI cite les paroles de nos sages (Genèse): «Commencer par Berechit (justement à partir de cet endroit) signifie que si les nations disent aux fils d’Israël: «Brigands, vous avez conquis la terre de sept peuples, c’est pour que nous puissions répondre que la Terre entière appartient au Saint Béni soit Il, que c’est Lui qui l’a créée, que c’est Son désir de la leur donner, de la reprendre et de la redonner».
 
Néanmoins, l’ordre des événements est peu compréhensible: avant que cette terre soit donnée aux fils d’Israël, le Créateur y a installé les «peuples du monde». Après les y avoir installés, Il dit aux fils d’Israël de les chasser parce qu’Il en avait fait la promesse à Abraham.
 
Nous pouvons comprendre cela à l’aide de la méthode des «branches et des racines». Comme nous le savons, la terre correspond à la «malkhout» qui est la racine des créatures, autrement dit qui «reçoit dans un but personnel». C’est précisément cette racine, autrement dit le premier élément qui reçoit, qui est le «monde de l’Infini».
 
Le processus de réparations commence ensuite, qui doit aboutir au recevoir dans un but non personnel, et qui est lié à la condition que le niveau inférieur accepte de faire plaisir au Créateur, de donner sans réserve. Puis ce désir de recevoir à des fins personnelles disparaît dans ce niveau inférieur, ce qui signifie qu’il n’utilise plus ce désir, que toutes ses activités sont orientées uniquement vers le désir de faire plaisir au Créateur.
 
De ce qui précède, il s’ensuit que l’ordre de la création du monde matériel doit correspondre à l’ordre qui existe dans les mondes spirituels, en d’autres termes, dès le début, la terre a été donnée aux peuples du monde. Après les guerres, les peuples ont été chassés de cette terre, le peuple d’Israël l’a conquise et en a fait son héritage en lieu et place des nations.
 
La racine des peuples du monde est le point intermédiaire objet de la restriction, c’est à dire le premier degré qui a été créé au commencement pour être celui qui «reçoit pour lui-même». Dans le cas contraire, il ne pourrait pas y avoir de restriction, autrement dit, il ne serait pas possible de recevoir. On ne peut dire qu’il y a eu victoire que lorsque la création a éprouvé un intense désir de recevoir qu’elle surmonte pour s’efforcer d’être à l’image du Créateur.
 
Les peuples du monde ont donc reçu cette terre en premier, telle la racine de laquelle est sortie le désir de recevoir, qui est l’essence de la création. Ensuite nous pouvons parler de réalisation de réparations. C’est pourquoi après que les peuples des nations aient reçu cette terre, alors le peuple d’Israël est arrivé pour faire sa réparation, afin que cette terre soit dédiée au Seigneur. C’est alors qu’elle peut porter le nom de «Eretz Israël». C’est d’elle qu’il s’agit dans le Deutéronome (11-12) «Cette terre sur laquelle veille constamment l’Eternel, et qui est sous Son oeil, du début à la fin de l’année».
 
Ce qui est sous-entendu par l’expression «sous Son œil, du début à la fin de l’année», c’est Sa supervision précisément sur «Eretz Israël». Comment peut-on affirmer cela puisque Sa toute-puissance s’exerce sur le monde entier, comment dire qu’elle n’existe qu’en Eretz Israël? Comme le dit le verset: «les yeux du Seigneur se promènent sur tout».
 
Quand nous disons «Eretz Israël», cela signifie la «terre» qui a été soutirée au pouvoir des nations pour entrer en possession «d’Israël». C’est ce que signifie ce verset. La Torah indique s’ils se trouvent en «Terre d’Israël» ou bien encore en «Terre des nations».
 
Cette indication est contenue dans le verset «Cette terre sur laquelle veille constamment l’Eternel». Ce verset nous dit que nous devons savoir que le Créateur s’en préoccupe en permanence. Comment le Créateur se préoccupe-t-il de la terre? C’est ce que nous dit la suite du verset «la prunelle de Ton Seigneur est sur elle du début jusqu’à la fin de l’année», Sa supervision est appelée «les prunelles du Seigneur».
 
C’est pourquoi si l’homme voit la supervision du Seigneur «du début à la fin de l’année», il voit en permanence la supervision du tout Puissant désignée par «Terre d’Israël». La Terre des Nations signifie, par contre, que le Seigneur y est providence, mais que les peuples du monde ne le voient pas. C’est pourquoi une indication nous permet de déterminer si nous nous trouvons en «Terre d’Israël» ou si la terre où nous vivons reste celle «des peuples du monde».
 
Par conséquent, les nations doivent d’abord entrer dans cette terre, autrement dit le désir de recevoir doit être le premier à apparaître. Ensuite surviennent les guerres avec ce désir pour le soumettre à la sainteté, autrement dit pour que tout ce que fait l’homme soit conforme au désir du Tout-puissant.
 
Revenons maintenant au verset de Deutéronome «Quand tu seras arrivé vers le pays que l’Eternel ton Dieu te donne». Il signifie que l’homme ne doit pas dire qu’il a réussi par ses propres forces dans sa guerre quotidienne, il doit comprendre que c’est le Créateur qui lui a donné la possibilité de gagner la bataille. C’est le sens de «qu’Il te donne».
 
Ces mots ont deux sens. Le premier: le Commandement, c’est-à-dire le niveau de la foi, correspond aux «tefillin du bras» dont les sages nous disent: «ce sera un signe pour toi, non pour les autres» parce que les tefillin du bras doivent rester couverts, le niveau de la foi est «humilité avec Le Seigneur ton Dieu», c’est le niveau de la foi placée au-dessus de la raison.
 
Le deuxième sens correspond au niveau de la Torah, aux «tefillins du front» dont il est dit dans le Deutéronome 28-10 «Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Eternel est associé au tien et ils te redouteront». Les tefillin du front doivent être visibles pour que tous puissent les voir, cela correspond au niveau de la Torah qui doit être dévoilée.
 
Au contraire, les tefillins du bras doivent être couverts, ce qui correspond au niveau de la foi au-dessus de la raison, l’homme ne pouvant rien dire à autrui par des mots puisque si quelque chose peut être décrit par des mots, l’exprimé sera passé par le stade de la connaissance. Les notions se situant «au-dessus de la connaissance» sont indicibles, c’est ce que signifie «toi, tu me connais, et pas un autre».
 
Le Saint Béni Soit Il a donc donné la terre au peuple d’Israël pour qu’elle en sorte des fruits. Lorsqu’il s’agit de notion ayant trait au travail, il va de soit que la «terre» signifie le «cœur». Le Saint Béni Soit Il a placé dans le cœur deux niveaux:
1)      en premier la foi,
2)      en deuxième, la Torah.
 
C’est uniquement à l’aide de ces deux éléments que l’homme parvient à former une unité. Bien que la foi et la Torah soient du domaine de l’humain, il convient néanmoins de reconnaître que c’est le Saint Béni Soit Il qui les donne, c’est pourquoi l’homme ne peut pas dire «c’est par ma force et la puissance de mon bras que j’ai réussi».
 
On peut maintenant comprendre pourquoi il est dit dans «Bikourim» que les termes «tu répondras et tu diras à voix haute», et que dans «Vidouï maasser» il est écrit uniquement «et tu diras», il n’est pas écrit «et tu répondras» parce que le Vidouï Maasser est lu à voix basse.
 
Le maasser correspond au «Commandement» qui est le Royaume supérieur, où l’humilité règne, autrement dit, il est au niveau des «tefillins du bras, comme l’ont dit les sages: «ce sera un signe pour toi, - pour toi et non pour les autres». C’est pourquoi dans le «Maasser» qui fait allusion à la notion de «Commandement», il n’est écrit que «et tu diras», et ces mots doit être prononcés à voix basse pour que personne n’entende, car il s’agit du niveau de l’humilité.
 
Tandis que les «Bikourim» font allusion aux tefillin du front qui, à leur tour, font allusion à la notion de «Torah», et il est dit: «Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Eternel est associé au tien et ils te redouteront». Il est donc écrit dans les «Bikourim»: «tu répondras et tu diras», autrement dit, il faut prononcer ces mots à haute voix car il s’agit du niveau de la Torah qui est dévoilée à tous. Le fait que le Créateur veuille le bien à toutes Ses créations doit être su de tous.

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