Fête du Nouvel an des Arbres, 1996
«TouBiChvat» est la Fête qui couronne notre travail. Au début de son développement spirituel, de son chemin, le cabaliste a l’impression d’être en exil, qu’il descend en Egypte. Toutes les descriptions de la Torah, il les ressent dans son être. Le début de l’année, le point de départ de la naissance spirituelle est Pessah, période où nous Fêtons notre sortie d’Egypte, notre sortie de notre égoïsme. Dès qu’il s’est débarrassé de l’esclavage de son égoïsme, l’homme commence à percevoir le Créateur.
Cependant, avant de sortir d’exil, il faut que l’homme ressente auparavant, dans toute leur intensité, les souffrances causées par son égoïsme, pour qu’il veuille de toutes ses forces s’en débarrasser, s’en libérer. Ce n’est qu’alors que l’homme crie vers le Créateur pour l’aider à le faire sortir de son exil égyptien.
Après sa sortie d’Egypte, l’homme traverse le désert, c’est la période qui marque le rejet des conséquences de l’égoïsme et la réparation conformément au décompte de l’Omer. Quand l’homme sent qu’il n’y parviendra pas par ses propres forces, qu’il ne surmontera pas l’obstacle du désert, il s’adresse à nouveau au Créateur pour Lui demander de l’aide. C’est ainsi que se forme un keli authentique, prêt à recevoir la Torah, la lumière divine. Si l’homme utilise correctement la Torah qui lui est donnée, il recueille les fruits de son travail qui sont désignés par l’expression «Tou BiChvat», le nouvel an des arbres. Ce sont les fruits qu’il désire recevoir en rétribution de son travail.
L’homme désire-t-il toujours recevoir une rétribution pour son travail? Que considère-t-il comme rétribution, le plaisir égoïste ou bien la délectation provenant de la perception du Créateur? C’est justement pour parvenir à éprouver un désir pur que l’homme doit passer par la phase de sortie d’Egypte et par le désert du Sinaï.
Comment l’homme qui se lève la nuit pour étudier, qui chemine en passant par d’immenses difficultés provoquées par le Créateur même, qui ressent une fatigue chronique, qui ne voit pas les fruits de son travail pendant de longs mois, voire de longues années, peut-il encore demander non pas une rétribution quelconque pour tous ses efforts, mais que cette rétribution soit tout simplement: ne rien désirer pour soi-même ! Et tout ceci, uniquement dans le but d’avoir le sentiment de pouvoir faire ne serait ce qu’un tout petit peu pour le Créateur, pour Lui donner sans réserve.
Chacun de nous est incité de l’en haut à avancer en se servant de son égoïsme qui lui dresse des tableaux égoïstes de rétribution qui peuvent se comprendre en fonction du développement individuel. Cependant, nous sommes persuadés que nous progressons uniquement parce que c’est nous qui le voulons.
Au bout de ses efforts, l’homme reçoit ce qu’il ne pouvait pas soupçonner et s’il souhaitait devenir altruiste, son égoïsme l’empêcherait alors de faire le moindre mouvement, car son énergie pour agir est générée par l’égoïsme. Tant que l’homme ne s’est pas débarrassé de son égoïsme, il ne peut commettre aucune action altruiste.
Par contre, dès qu’il a réussi à se débarrasser de son égoïsme, l’homme ne peut plus faire un seul mouvement égoïste car les deux mondes sont de nature similaire, ils ne diffèrent que dans leur forme matérielle.
Lorsque l’homme s’obstine à travailler sur lui-même, qu’il se lève quotidiennement très tôt le matin et que le soir il reprend l’étude pendant trois heures, ses yeux finissent par se dessiller. Le Créateur révèle Sa toute-puissance à l’homme qui commence à percevoir le monde spirituel, et tout lui devient clair et simple: l’homme devient un juste car, sensible à l’authenticité de la création, il a conscience combien est juste l’action du Créateur.
Le but semble atteint, l’homme comprend tout, le Créateur lui est révélé, que faire encore? C’est à partir de ce moment que commence le véritable travail de réparation de l’égoïsme. A chaque degré, les fruits du travail se transforment en outils permettant de s’élever au degré suivant.
L’homme ne peut pas dire qu’il a réussi à s’élever au plus haut des degrés. Toujours, il aperçoit la lumière d’un degré encore plus élevé que celui où il se situe, une aspiration incessante le pousse vers le degré supérieur, vers la source de lumière, vers la délectation procurée par le travail dédié au Créateur. En recevant la lumière pour faire plaisir au Créateur, l’âme humaine, le keli, le récipient, se développe constamment et ne peut exister qu’en éprouvant ce plaisir infini.
Nous sommes structurés de telle manière que nos satisfactions dans ce monde ne sont jamais constantes. A peine a-t-il éprouvé un plaisir, que l’homme cesse dans ressentir la délectation le moment suivant. Dès que la nourriture pénètre dans l’estomac, elle éteint l’appétit, et le plaisir s’émousse progressivement.
Tous les plaisirs que nous pouvons éprouver dans ce monde revêtent des formes diverses, c’est la seule chose qui nous différencie. A l’intérieur de toutes ces formes se trouve la lumière du Créateur à laquelle nous aspirons. Comme nous la percevons à travers une enveloppe, au moyen de nos désirs égoïstes, nous quittons ce monde sans avoir satisfait la moitié de nos désirs.
Dans le monde spirituel, les fruits du degré précédent se transforment en racines qui donneront naissance à un nouvel arbre, et ceci à l’infini. La Malkhout du degré supérieur, sa manifestation au niveau inférieur, est la Keter, l’attribut le plus élevé du degré le plus bas.
Pour parvenir au degré le plus élevé, il faut seulement le ressentir, mais non pas sur la base de connaissances reçues en bas. La découverte d’un nouveau degré est toujours inattendue pour l’homme. Ce processus est infini, il fait partie de la perfection spirituelle.
Pour concrétiser les fruits de son travail qu’il a reçus du Créateur, l’homme organise un festin de «Tou BiChvat» fait de fruits que produit notre terre, la terre d’Israël, la source de la terre d’Israël est le monde spirituel. L’homme souligne ainsi qu’il désire se délecter des fruits du monde spirituel.
A «Tou BiChvat», l’homme renouvelle les fruits de son travail, il doit s’efforcer de faire en sorte que son rapport vis à vis de l’objet de son aspiration, vis à vis du Créateur se transforme en permanence. Nous nous représentons toujours dans notre imagination ce à quoi nous aspirons, même si nous n’en avons pas la connaissance. La représentation mentale, de même que notre rapport vis à vis du Créateur, doit se transformer, devenir plus authentiques. Nous comprenons ainsi davantage ce que sont les fruits du travail.
Quand l’homme voit avec de plus en plus de précision les fruits de son travail, il perçoit de plus en plus clairement l’objectif essentiel, l’union avec le Créateur, et il fait les efforts appropriés pour atteindre cet objectif.
Rien ne dépend de nous à l’exception de nos efforts et de nos aspirations. Même l’impression que nous avons d’aspirer à quelque chose nous est donnée de l’en haut.
Le Baal HaSoulam écrit: «Notre monde et le monde spirituel sont séparés par une «mahsom», un écran. C’est comme un mur dans lequel le passage serait complètement masqué. L’homme peut s’approcher du mur, le longer, et c’est au moment où il s’y attend le moins que les efforts qu’il a persisté à faire lui ouvrent une porte donnant sur les mondes spirituels. Auparavant, dans ce monde, en regardant le mur, le passage dans ce mur n’était pas visible, il s’est ouvert au moment opportun».
La Torah et tous les ouvrages de sagesse, les commentaires, etc., rédigés par nos sages ne parlent pas de notre monde, de nous qui n’avons pas traversé l’écran, la mahsom. Tous les livres de sagesse sont des guides pour la progression spirituelle de ceux qui ont déjà pénétré les mondes spirituels. Les ouvrages de Kabbale décrivent les mondes spirituels au moyen de la langue des branches, il nous parlent du dévoilement du Créateur à l’auteur et de la façon dont celui-ci est parvenu à Le ressentir tout en vivant dans ce monde.
Tous les mondes existants se situent à l’intérieur de l’homme, qu’est ce que cela signifie?
A part l’homme, il n’existe que le Créateur. Tout ce que l’homme ressent à l’extérieur de lui correspond à sa perception du Créateur. Les diverses intensités de perception du Créateur sont appelées «mondes». L’absence totale de perception du Créateur est appelée «ce monde».
Nous nous situons au niveau où nous n’avons même pas l’impression que le Créateur existe, autrement dit nous ne percevons même pas «ce monde». N’avoir la perception que du monde environnant et de rien d’autre est appelé «notre monde». C’est comme un rêve, un état inconscient, une absence totale de lien avec le spirituel.
Tous les mondes existent uniquement par rapport à l’homme, plus précisément, par rapport à son organe spirituel, son 6ème sens, son sens spirituel, de l’âme ou Malkhout. La réaction de l’homme à l’action du Créateur donne l’impression de degré, de niveau spirituel que ressent l’homme. C’est son monde spirituel.
Un récipient spirituel, l’âme de l’homme, est composé de 10 sefirot: les 9 premières sefirot créent les conditions d’existence de la 10ème sefira, la Malkhout, la création. La Malkhout correspond au premier homme, la somme de toutes les âmes. Les 9 premières sefirot créent dans la Malkhout une représentation de l’un ou l’autre des mondes, en fonction des attributs de cette Malkhout. En fin de compte, il n’existe rien à l’exception des 10 sefirot, il n’existe rien hormis la lumière divine et la Malkhout.
L’homme est un keli égoïste créé à partir de la Malkhout. Si ce keli ne se mêlait pas à la lumière, il ne serait pas possible de le transformer, de le réparer et il serait éternellement constant et dans l’éloignement le plus absolu par rapport au Créateur. Du fait de la fragmentation de ce récipient, le keli, il s’est produit une pénétration en force des attributs altruistes divins, des 9 premières sefirot dans les attributs de la Malkhout. La fragmentation du récipient résulte de la «transgression» d’Adam. Ceci a permis de réparer la partie la plus basse de la Malkhout dans laquelle aucun mouvement spirituel ne se faisait ressentir.
L’homme de «notre monde» reçoit d’en haut l’impulsion pour le faire progresser spirituellement, pour comprendre le spirituel. Par l’étude de la Kabbale et la pénétration du rayonnement de la lumière environnante, l’homme commence à réparer et à intégrer dans sa progression spirituelle tous les niveaux de «notre monde» à l’échelon individuel en lui. Comme l’homme comprend tous les niveaux de «notre monde» en lui, il répare ainsi son monde personnel, autrement dit lui-même, et, par rapport à lui, l’ensemble de la Malkhout universelle, constituée de l’ensemble des âmes.
Etre un homme signifie ressentir le Créateur. C’est un point situé dans le keli qui commence à ressentir le Créateur qui est appelé «homme». Avant cela, l’homme est un bipède dressé sur ses jambes. Les principes du bien et du mal sont en lutte permanente en l’homme. A mesure qu’il découvre ces attributs en lui, l’homme commence à prendre conscience de ce qu’est une sefira, un partsouf, de quelle sefira, de quel partsouf et de quel personnage de la Torah il porte le nom. L’important n’étant pas la dénomination, mais la sensation personnelle et la détermination des désirs présents en l’homme, la façon dont ils se transforment du fait de la réparation, disparaissant et se manifestant sous des attributs tout à fait différents.
Toutes les transformations des désirs, d’égoïstes en altruistes, toutes les réparations s’accompagnent d’abattements profonds auxquels elles sont intimement liées. Plus le degré de connaissance est élevé, plus c’est difficile, plus l’homme tombe bas et abruptement dans ses sensations.
Pour accéder à un niveau plus élevé, l’homme doit recevoir des portions d’égoïsme et les réparer, autrement dit, pour se créer un écran. Seule cette force de l’écran ainsi acquis détermine le niveau spirituel suivant de l’homme. Chaque portion d’égoïsme non réparé conduit l’homme à l’abattement, la lumière disparaît, le monde spirituel devient désert et vain. En ajoutant de l’égoïsme à son keli réparé, la lumière disparaît, et sa perte donne lieu à de la souffrance en l’homme.
Si l’homme s’est vu attribuer un égoïsme d’une telle force, cela signifie qu’il lui est possible de le réparer et, en le réparant, l’homme reçoit proportionnellement d’autant plus de lumière divine et il atteint un degré plus élevé dans sa progression spirituelle, et ainsi de suite tant que ses attributs ne deviendront pas similaires à ceux du Créateur, autrement dit, que l’homme ne devienne lui-même l’égal du Créateur de par ses attributs.