La maison inhabitée
Il était une fois, dans un petit village, une très vieille maison avec de grands murs en pierre et un magnifique portail. Mais à l’inverse de toutes les autres maisons du village, cette maison était froide et non peu accueillante. Ses fenêtres étaient fermées, les portes verrouillées et cela faisait bien longtemps que personne n’y avait mis les pieds. Toutes les autres maisons du village étaient habitées par des familles heureuses, mais personne ne vivait dans celle-ci. La maison était complètement déserte.
Chaque jour, lorsque les villageois passaient à côté, ils s’arrêtaient pour regarder et murmuraient, « quelle étrange vieille demeure, si grande et si vide ! »
La maison était perplexe: “que veulent-ils de moi?” Se demandait-elle. “Je suis ici, ne dérangeant personne. Pourquoi me regardent-ils? Est-ce que la peinture des fenêtres s’effrite ? Ou peut-être que mes gonds rouillent ? »
La maison avait autrefois de beaux meubles et tout était parfaitement en ordre, il y avait beaucoup de vaisselles dans la cuisine, des verres en cristal et de l’argenterie dans la salle à manger, des lits impeccablement faits dans les chambres et des nappes sur chaque table. Mais la maison était très calme, trop calme ! Les lourds rideaux suspendus aux fenêtres bloquaient la lumière du soleil, la maison était sombre et sinistre à l’intérieur.
Parfois, la table essayait d’égayer la vaisselle. « Les assiettes, en avant, mettez-vous en rang ! » disait-elle.
« Pourquoi ? demandaient-elles. Qui va nous remplir de nourriture? »
« Les bougies, descendez des étagères! » Ordonnait la table
« Pourquoi ? Qui va nous allumer ? », Répondaient les bougies.
Finalement, la table s’adressa au beau lustre en cristal dans la salle à manger. « Lustre, éclaire la maison ! » disait-elle. « Vous avez plus d’ampoules que les autres.»
« Mais personne ne peut m’allumer », répliqua le lustre. « Et même si je pouvais m’allumer tout seul, personne ne verrait ».
Pour finir, l’ambiance était si morose et si triste dans cette maison qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de se quereller. Les cuillères se disputaient avec les fourchettes pour savoir qui était le plus important. L’escalier rouspétait contre le tapis car il était trop poussiéreux. L’évier était furieux contre le robinet car il ne faisait pas couler l’eau. Même la petite lampe de chevet traitait le lustre de « vieille camelote».
La maison était désespérée et elle réalisa qu’il fallait changer quelque chose, mais quoi? Que fallait-il faire ? Soudain elle eut une idée.
« Je vais demander à la cheminée » décida-t-elle. « La cheminée est très intelligente car elle a été construite la première, avant toute autre chose ».
Cependant la cheminée semblait endormie et ne voulait pas se réveiller. La maison essaya même de souffler sur les braises. De la suie se répandit partout, mais la cheminée resta endormie. Néanmoins, la maison ne renonça pas.
« Vaisselle ! » cria la maison, « essayons de réveiller ensemble la cheminée. Elle nous dira que faire. Faites autant de bruit que possible ! »
Immédiatement, la vaisselle commença à faire du raffut. Peu après les autres se joignirent à elle : les lustres se mirent à tinter et les cuillères à cliqueter, même les lits se mirent à sauter sur leurs pieds. Ensemble ils firent tant de bruit que les oiseaux nichés sur le toit, s’envolèrent apeurés.
Finalement la cheminée se réveilla. « Vous devez être dans un sal état », dit-elle à la maison d’un ton fatigué. « Qu’est-ce qui vous arrive pour que vous me réveillez ainsi ? »
« Nous avons besoin de votre conseil ! », dit la maison. « Quelque chose va de travers, mais je ne sais pas quoi. »
« C’est assez simple », répondit la cheminée. « Je suis surprise que vous ne sachiez pas. »
« Qu’est-ce que c’est? Dits-nous! » demanda la maison.
« Il existe une règle d’or: vous devez partager votre chaleur avec les autres. Regardez-moi, lorsque mon feu brûle, je ne retiens pas la chaleur, je la partage avec les autres. Toutes les autres maisons du village donnent de la chaleur et du confort à leurs familles. En attendant, vous êtes là tout seul et refusez de partager avec les autres. C’est la raison de votre tristesse et de toutes vos disputes »
La maison fut en état de choc. Elle décida que cette règle d’or devait être partagée et appliquée par tous. Le lendemain matin, elle tira les rideaux et ouvrit toutes ses fenêtres pour aérer les pièces. Les miroirs étaient si contents – pour la première fois depuis des années, ils réfléchissaient enfin les rayons du soleil ! Toutes les disputes cessèrent immédiatement.
«Balais, serpillières et chiffons ! Lavez le sol et enlevez les toiles d’araignée ! La maison chantait et devint rapidement resplendissante.
« Table à manger ! Sois prête à accueillir nos hôtes ! » Annonça fièrement la maison.
Immédiatement les assiettes se mirent en place sur la nappe blanche et à leurs côtés, les fourchettes, couteaux et cuillères s’installèrent. La table à manger voulait danser de joie, mais elle se retint pour que rien ne tombe.
Lorsque l’heure du dîner arriva, la maison ouvrit ses portes aux invités. Jamais auparavant les gens n’avaient vu une si belle et si accueillante maison. Tout en regardant à l’intérieur, les gens du village réalisèrent ce qui les attendait.
« Regardez ! » S’exclamèrent-ils, « le dîner est servi ! »
C’est ainsi que tous les villageois passèrent ensemble une soirée extraordinaire dans la grande maison, partageant des histoires et chantant ensemble/de bon cœur.
Depuis, la maison garde toujours ses portes ouvertes, partageant sa chaleur et son confort avec les autres. Et il ne fallut pas attendre longtemps avant qu’une famille ne vint s’y installer.
À présent, la maison n’oubliera jamais qui lui à donné un si beau cadeau, et chaque nuit, lorsque la toute famille est endormie, la maison murmure : »Merci à toi, sage cheminée, je n’oublierai jamais ton conseil. Comme il est bon de donner de la chaleur aux autres ! »
Par: Ludmila Zolotareva