Le petit bateau
Il était une fois un joli petit bateau de pêche bleu avec un mât rouge et une voile blanche. Chaque matin, le petit bateau se réveillait avec un sourire et partait en mer pour pêcher. Bien qu’il soit assez petit, c’était le bateau le plus rapide du port et il rentrait toujours de la pêche avec beaucoup de poissons – assez pour toute la ville. Les plus grands bateaux du port se demandaient souvent comment il arrivait à faire cela.
Le petit bateau savait pourquoi il avait tant de succès : c’était parce que tout le monde à bord travaillait ensemble. L’ancre, la barre, la voile, le filet, tous voulaient que la pêche réussisse, ainsi ils travaillaient toujours ensemble, chacun s’occupant de ce qu’il savait faire le mieux.
L’ancre savait où s’accrocher au fond de la mer, permettant ainsi au bateau d’être stable à l’arrêt. La voile savait comment attraper le vent pour que le bateau vogue en douceur sur les vagues. Le filet savait comment sauter à l’eau et s’étendre au large du bateau, afin d’attraper de nombreux poissons. Et la barre savait comment virer précisément à bâbord ou à tribord, évitant au bateau de se perdre et de percuter un iceberg en chemin.
Mais un matin, tout semblait aller mal car le vent était espiègle.
« Levez l’ancre ! Toutes voiles dehors ! » cria le vieux Capitaine comme chaque matin. En fait, cela faisait tellement longtemps qu’il naviguait, que personne ne se souvenait de son vrai nom et tout le monde l’appelait « Capitaine ».
« Levez l’ancre ! Toutes voiles dehors ! » répéta comme un écho le fidèle ami du Capitaine, un corbeau gris. On l’appelait « Pirate » à cause de la grande tache noire sur son œil, le faisant ressembler à un bandeau de pirate.
« Bien Capitaine ! » chantèrent en harmonie la voile, l’ancre, la barre et le filet. Et le petit bateau partit en haute mer.
Le Capitaine jeta un coup d’œil à la carte, regarda le compas, trempa son doigt dans la bouche et le leva en l’air pour voir dans quelle direction le vent soufflait.
« Aujourd’hui, nous naviguerons vers l’Est ! » décida-t-il. « Pirate, à tribord, hissez la voile ! »
« Un instant ! » dit la voile. « Pourquoi dois-je toujours me hisser sur le mât et claquer au vent ? Ne pourrais-je pas aujourd’hui nager comme le filet ? Il saute et plonge dans l’eau tous les jours. »
« Vous l’avez entendue ? Haha ! » ria Pirate. « La voile veut sauter dans l’eau ! Le filet, qu’en penses-tu ? »
« Je serais heureux d’inverser les rôles avec la voile ! » répliqua le filet. « Je dois me mouiller dans cette eau glacée chaque jour et je déteste être chatouillé par les poissons. Je ne sauterai plus jamais dans l’eau ! »
A présent une grande dispute éclata sur le bateau. Chacun essaya de crier plus fort que l’autre et personne ne fit son travail.
Même la nonchalante et travailleuse barre réclama : « En fait, j’aimerai faire le boulot de l’ancre. Elle se repose sur le bateau toute la journée et dort dans l’eau toute la nuit ! »
Ils étaient tous si absorbés par la querelle, qu’ils ne remarquèrent même pas que le sage Capitaine avait disparu dans sa cabine, les laissant seuls.
Et les amis décidèrent d’échanger leur travail. Le filet se hissa en haut du mât et se prépara à attraper le vent dès qu’il recevrait un signe de Pirate.
« Hissez le filet ! » ordonna Pirate.
Le filet s’ouvrit et essaya d’attraper le vent. Mais le vent souffla directement à travers les grands trous du filet, et le petit bateau n’avança pas d’un pouce.
« Quelle voile ! » ricana le vent. « Elle est pleine de trous ! Que ce bateau est bête ! »
Gêné, le filet descendit du mât. Il était très triste parce que le vent s’était moqué du bateau à cause de lui.
Entre-temps, la voile s’impatientait de sauter à l’eau. Mais lorsqu’elle sauta, au lieu de s’enfoncer dans la mer et d’attraper beaucoup de poissons, la voile se déplia sur les vagues comme un grand tapis.
« Haha ! Avez-vous déjà vu un filet sans trou ? » s’exclamèrent les poissons, qui riaient aux éclats tout en chatouillant la voile avec leurs nageoires.
« Waouh, qu’est-ce que c’est ? Un tapis sur l’eau ? » demandèrent avec surprise les mouettes, sans penser qu’elles étaient assises sur la voile. La pauvre voile commença à couler, heureusement, le filet le remarqua et la sauva avant qu’elle ne se noie.
Epuisés, tous les amis décidèrent de rentrer au port pour se reposer. Le seul problème était que personne à part le Capitaine n’avait jamais dirigé le cap du bateau.
A présent, vu que tout le monde avait pris la place de l’autre, Pirate sauta sur le pont du Capitaine pour lire la carte. Juste à côté de lui, la bouée de sauvetage essayait de gouverner comme la barre. Elle essaya de mettre le bateau dans la bonne direction, mais c’était inefficace.
« A tribord ! Et maintenant… à gauche ! Un peu plus à gauche ! » ordonna Pirate avec son bec plongé dans la carte.
« Pourquoi tournons-nous en rond ? » demanda le petit bateau. « J’en ai le tournis ! »
« Nous devrions peut-être aller un peu plus à gauche ? » demanda Pirate, se sentant bien moins confiant que le Capitaine.
« Je n’ai pas attrapé un seul poisson… » se souvint le filet. « Qu’allons-nous rapporter au port ? »
« Je veux remonter sur le mât et me sécher avec la brise chaude ! » confessa la voile.
« Je m’ennuie tellement suspendu à cette chaine, à attendre d’être jeter dans l’eau ! » se plaignit la barre.
« Le Capitaine me manque ! » cria le bateau. « Et je préférais lorsque nous faisions tous de notre mieux. Après tout, la barre est la mieux à même pour gouverner et le filet pour attraper le poisson. Sans la voile, le vent ne nous conduira pas à travers les vagues, et sans le Capitaine, nous allons perdre notre cap ! »
Tout le monde poussa un soupir de soulagement. Ils étaient tous d’accord avec le bateau ! Ils promirent de revenir à leur position habituelle dès que possible. Mais où était le Capitaine ?
« Capitaine, Capitaine ! » crièrent-ils tous ensemble. « Où êtes-vous ? Vous nous manquez ! »
Souriant, le vieux Capitaine ouvrit la porte de sa cabine.
« Hissez la voile ! Le filet dans l’eau ! Pirate, tiens la barre. En avant ! » ordonna joyeusement le Capitaine.
Les amis retournèrent avec gaieté au travail. C’était si bon de partager ce qu’ils savaient faire de mieux avec les autres. Et maintenant, il semblait qu’ils étaient deux fois plus forts !
Pirate chantait harmonieusement, répétant les ordres du Capitaine avec précaution. La voile flottait gracieusement dans le vent, et la barre gouvernait d’après les instructions du Capitaine. A nouveau, le bateau voguait sur les vagues – il leurs semblait qu’ils volaient ! Le poisson que le filet attrapa ce jour-là était plus grand et meilleur que d’habitude. Et jamais auparavant la ville n’avait connu une telle variété de poissons.
Depuis ce jour, ils travaillent tous ensemble dans la joie. Ils avaient réalisé que leur intérêt personnel ne comptait pas autant que le succès du travail collectif. Finalement, ils avaient compris que c’était ça qui les rendait tous heureux !