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Arvout - Solidarité

Tout Israël est solidaire de chacun de ses membres (Sanhédrin : 27,72)  

17) Ceci est pour parler de la solidarité établie quand Israël devint responsable pour chacun de ses membres. Parce que la Torah ne leur avait pas été donnée avant qu’il ne soit demandé à chacun d’entre eux s’ils acceptaient de suivre le commandement d’aimer les autres avec la pleine mesure exprimée dans les mots «Aime ton prochain comme toi-même». Ceci veut dire que chacun des membres d’Israël doit accepter de prendre soin et de travailler pour chaque membre de la nation et de satisfaire les besoins spécifiques de celui-ci; pas moins que la quantité empreinte en lui de se soucier de ses propres besoins.
 
Et lorsque la nation entière unanimement accepta et dit: «Nous ferons et nous entendrons (Exode 24:7)» alors chaque membre d’Israël devint responsable pour que rien ne manqua à aucun autre membre de la nation, et seulement alors ils devinrent dignes de recevoir la Torah. Avec cette responsabilité générale, chaque membre de la nation se libéra des soucis des besoins de son propre corps, et put observer le commandement d’«Aime ton prochain comme toi-même» dans toute son ampleur et donner tout ce qu’il a à tout membre étant dans le besoin, puisqu’il n’a plus à se soucier de l’existence de son propre corps, car désormais il sait et est certain que six cent mille loyaux amis sont prêts à subvenir à ses besoins.
 
C’est pour cela qu’ils n’étaient pas prêts à recevoir la Torah du temps d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, mais seulement lorsqu’ils sortirent d’Egypte et devinrent une nation complète. Alors seulement, une possibilité vit le jour pour que chacun puisse avoir la garantie de la satisfaction de ses propres besoins sans la moindre inquiétude.
 
Alors que tant qu’ils vivaient parmi les égyptiens, il était évident qu’une partie de leur besoin dépendait encore de ces étrangers qui étaient eux-mêmes remplis d’amour propre, de ce fait, la quantité de besoin dépendante des égyptiens n’était pas garantie à chacun des membres d’Israël car chaque membre ne pouvait pas satisfaire les besoins d’autrui car il n’en était pas responsable, c’est ainsi que nous voyons que tant que chaque individu s’inquiète de ses propres besoins, il n’est pas apte à commencer à mettre en œuvre le commandement «d’aime ton prochain comme toi-même».
 
Et il devint alors évident, que le don de la Torah avait du être retardé jusqu’à ce qu’ils sortent d’Egypte et deviennent une nation, c’est à dire, jusqu’à ce que tous leurs besoins puissent être satisfaits par eux-mêmes, sans besoin d’aide extérieure, ce qui les qualifia pour recevoir la solidarité évoquée ci-dessus. Alors, la Torah leur fut donnée. Il se trouve que même après avoir reçu la Torah, si quelques membres d’Israël trahissent et retournent à la fange de l’amour égoïste, sans considération pour leurs amis, par la même quantité de besoin mise dans les mains de ces quelques-uns, ils importuneront chaque membre d’Israël de s’en soucier par lui-même.
 
Parce que ces quelques uns n’ont aucune compassion pour le peuple, l’accomplissement du commandement d’aimer son prochain est empêché pour tout Israël. Ainsi, ces rebelles font que ceux qui observent la Torah et les commandements restent dans la fange de l’amour égoïste, parce qu’ils ne peuvent pas observer le commandement d’«Aime ton prochain comme toi-même» et compléter leur amour sans leur aide.
 
Ainsi vous voyez qu’Israël est solidaire de chacun de ses membres, aussi bien du côté positif que du côté négatif. Du côté positif, s’ils obéissent à la solidarité jusqu’à ce que chacun prenne soin de satisfaire les besoins de ses amis, ils peuvent complètement observer la Torah et les commandements, c’est à dire apporter contentement à leur Créateur. Et du côté négatif, nous voyons que si une partie de la nation ne veut pas maintenir la solidarité, et choisie de se vautrer dans un amour égoïste, ils font que le reste de la nation reste immergé dans leur fange et leur bassesse, sans jamais trouver un moyen de se sortir de celles-ci.
 
18) C’est pourquoi le Tana (Rabbi Shimon Bar Yochai) décrivit cette solidarité comme deux personnes étant sur un bateau, et soudain l’un d’entre eux commence à percer un trou dans la coque. Son ami demande: «pourquoi fais-tu un trou?» et celui ci répond: «qu’est-ce que cela peut te faire? Je perce sous moi, pas sous toi», alors l’autre lui dit: «Imbécile que tu es, nous allons nous noyer tous les deux!».
 
De cela, nous apprenons que ces rebelles se vautrent dans un amour égoïste, et construisent par leurs actes un mur de fer qui empêche ceux qui observent la Torah, de commencer à observer la Torah et les commandements, dans la mesure de «Aime ton prochain comme toi-même», qui est l’échelle pour atteindre l'adhésion avec Lui. Et comme ils sont justes les mots du proverbe qui dit: «Imbécile que tu es, nous allons nous noyer tous les deux !».
 
19) Rabbi Eléazar, le fils de Rabbi Shimon, clarifie encore un peu plus le concept de solidarité, en disant que cela n’est pas suffisant que tout Israël soit responsable pour chacun de ses membres, mais que le monde entier doit être inclus dans cette solidarité. En effet, il n’y a pas de discussion ici, tout le monde est d’accord sur le fait que pour commencer, il suffit de débuter avec une nation qui observe la Torah, et ce juste pour commencer la réparation du monde, parce qu’il fut impossible de commencer avec toutes les nations en même temps, comme les Sages dirent que le Seigneur vint vers chaque nation avec la Torah mais elles ne voulurent pas la recevoir, ce qui signifie qu’elles étaient immergées dans leur amour propre jusqu’au cou, certaines par l’adultère, d’autres par le vol ou le meurtre etc., jusqu’à ce qu’il devienne inconcevable, de même leurs demander si elles accepteraient de se défaire de l’amour égoïste.
 
Ainsi donc, le Créateur ne trouva pas de nation ni à qui parler qui méritèrent de recevoir la Torah, sauf les fils d’Abraham, d’Isaac et de Jacob dont la vertu de leurs pères rejaillit sur eux, et comme nos Sages disent: «Les pères ont observé toute la Torah avant qu’elle ne soit donnée», signifiant que grâce à l’élévation de leurs âmes, ils avaient la capacité d’atteindre toutes les voies du Seigneur telle qu’exprimées dans la spiritualité de la Torah, découlant de leur adhésion avec Lui, sans avoir besoin auparavant de la partie pratique de la Torah, qu’ils n’avaient pas la possibilité d’observer (cf.: le point 16), et qui est sans aucun doute une purification physique.
 
L’élévation de l’âme de nos saints pères influença beaucoup leurs fils et les fils de leurs fils, et leur vertu rejaillit sur cette génération, dont tous les membres acceptèrent de prendre sur eux le travail sublime, et chacun d’entre eux déclara unanimement: «Nous ferons et nous entendrons». C’est pour cela nous avons été choisis et nous avons été forcés à être le peuple élu, un peuple de vertu, d’entre toutes les nations. Car seuls les membres de la nation d’Israël ont pris sur eux la responsabilité contrairement aux autres nations du monde qui n’y ont pas participé. Et ceci est l’évidente réalité, aussi comment Rabbi Eléazar peut-il polémiquer à ce propos?
 
20) Mais l’achèvement de la réparation du monde se fera en mettant tous les peuples du monde à Son travail, comme il est dit: «Et le Seigneur sera roi sur toute la terre: ce jour-là le Seigneur sera un et Son Nom sera un (Zacharie 14:9)». Il est dit: «ce jour-là», et pas avant. Et il est aussi dit: «Car la terre sera remplie de la connaissance du Seigneur… (Isaïe 11:9) … et toutes les nations afflueront vers Lui (Isaïe 2:2)».
 
Mais le rôle d’Israël envers le monde ressemble au rôle de nos saints pères envers la nation d’Israël, c’est-à-dire que de la même façon que la vertu de nos pères a rejailli sur nous et nous a aidé à nous développer et à nous purifier jusqu’à ce que nous devenions dignes de recevoir la Torah. Sans nos pères, qui ont observé la Torah avant qu’elle ne soit donnée, nous ne serions pas meilleurs que toutes les autres nations (cf. point 19).
 
C’est ainsi que la nation d’Israël a l’obligation, en observant la Torah et les commandements en Son nom, de se préparer elle-même et de préparer tous les peuples du monde, et de les faire évoluer de façon à ce qu’ils prennent sur eux ce travail sublime d’amour du prochain, qui est l’échelle pour atteindre le but de la création, l'adhésion avec Lui.
 
De cette manière, chaque commandement que chacun des membres d’Israël accomplit pour apporter satisfaction à son Créateur, sans aucune contrepartie ni égoïsme, aide dans une certaine mesure, au développement de tous les peuples du monde, car ceci ne se fait pas d’un seul coup, mais par un développement progressif jusqu’à ce qu’il atteigne une quantité suffisante pour amener le monde entier à la pureté désirée. C’est ce que nos Sages appellent: changer favorablement, c’est à dire que la purification nécessaire a été atteinte. Et ils comparent cela à la pesée sur une balance, où le changement dans l’équilibre des plateaux indique que le poids désiré a été atteint.
 
21) Ceux-ci sont les mots de Rabbi Eléazar, fils de Rabbi Shimon, qui a dit que le monde est jugé par sa majorité, se référant au rôle de la nation d’Israël pour préparer les peuples du monde à une certaine purification jusqu’à ce qu’ils soient dignes de prendre sur eux Son travail, de la même façon qu’Israël était digne au moment où il a reçu la Torah. Nos Sages commentent cela en disant qu’ils ont atteint la majorité de leurs vertus, en changeant l’équilibre loin de la faute qui est l’immonde égoïsme.
 
Et bien sûr, si le côté des vertus, qui est l’obtention sublime de la bonté de l’amour du prochain, dépasse l’immonde côté des défauts, ils deviennent aptes pour le changement et sont d’accord et disent «Nous ferons et nous écouterons» comme Israël a dit. Mais avant cela, c’est-à-dire avant qu’ils n’atteignent la vertu, il est évident que l’égoïsme les conduirait à croire et à accepter Son joug.
 
Nos Sages ont dit: «Si quelqu’un accomplit un commandement, il change et il rend le monde entier vertueux» c’est-à-dire qu’il ajoute sa particule individuelle d’Israël à la quantité finale nécessaire, comme celui qui pèse des graines de sésame, et les ajoute une à une sur la balance, jusqu’à ce qu’il y en ait assez pour changer l’équilibre de celle-ci. Il est évident que chacun prend part à ce processus de changement d’équilibre, sans quoi il n’aurait jamais été accompli.
 
On trouve ainsi que Rabbi Eléazar, fils de Rabbi Shimon, ne conteste pas les mots de nos Sages sur le fait que l’ensemble d’Israël est responsable pour chacun de ses membres, mais Rabbi Eléazar, le fils de Rabbi Shimon, parle de la réparation du monde entier dans le futur, alors que nos Sages parlent au présent, lorsque Israël seulement reçut la Torah.
 
22) Et c’est ce de quoi parle Rabbi Eléazar, fils de Rabbi Shimon, à propos du verset: «Un pécheur perdra beaucoup de bien». Parce qu’il a déjà été montré (point 20) que l’impression que ressent quelqu’un effectuant un commandement entre l’homme et son Dieu, est exactement la même que celle qu’il ressent lors de l’accomplissement d’un commandement entre l’homme et son semblable. Parce qu’il faut qu’il accomplisse tous les commandements en Son nom, sans aucun espoir d’amour égoïste, c’est-à-dire qu’aucune lueur d’espoir ne lui revienne sous la forme d’une récompense, honneur etc. Car ici, dans ce point élevé, l’amour de Dieu et l’amour du prochain se rejoignent et deviennent effectivement un (point 15).
 
Le fait est, qu’il a un certain degré de progression sur l’échelle d’aimer son prochain dans tous les peuples du monde, car ce degré, que cet individu éveille dans ses actions, qu’elles soient petites ou grandes, finalement rejoint dans le futur le changement de l’équilibre du monde vers la vertu, parce que sa part est ajoutée au poids sur la balance (point 20).
 
Et celui qui commet un péché, qui ne peut surmonter et conquérir son immonde amour égoïste, c’est ainsi que celui-ci se répand furtivement et plonge l’homme et le monde entier dans le mal. Parce qu’avec la révélation de la fange de l’amour égoïste, la basse nature de la création est renforcée et il se trouve qu’il diminue d’une certaine mesure la décision en vue de la vertu finale, de la même façon qu’une personne reprendrait de sur la balance la graine de sésame qu’elle y a mise, ce qui élève d’autant le mauvais côté de la balance. Ce qui ce passe est qu’elle fait faire marche arrière au monde, comme il est dit: «Un pécheur perdra beaucoup de bien». Parce qu’elle n’a pas pu surmonter son désir mesquin, elle a fait reculer la spiritualité du monde entier.
 
23) Par ces mots on comprend clairement ce qui a été dit avant (point 5) au sujet de la Torah qui a été donnée spécifiquement à la nation d’Israël, parce qu’il est sûr et certain que le but de la création est sur les épaules des humains dans leur ensemble, qu’ils soient noirs, blancs ou jaunes.
 
Mais à cause de la descente de la nature humaine vers le degré le plus bas, qui est l’amour égoïste qui règne sur l’humanité entière, il n’y avait pas moyen de négocier avec eux et de les persuader d’accepter de prendre sur eux, même comme une vaine promesse, de sortir de leur monde exigu vers les vastes espaces de l’amour du prochain. Exception faite des membres de la nation d’Israël, parce qu’ils étaient en esclavage dans le luxueux royaume d’Egypte pendant quatre cents ans et souffrirent épouvantablement.
 
Nos Sages disent que: «Comme le sel édulcore la viande, le tourment affine les péchés de l’homme», c’est-à-dire qu’il apporte au corps une grande purification. De plus, la purification de leurs saints pères rejaillit sur eux (point 16), c’est ce qui importe, comme en témoignent certains versets de la Torah.
 
Selon ces deux considérations, ils étaient prêts pour cela, et c’est pourquoi nous parlons d’eux au singulier: «Et là Israël campa devant la montagne (Exode 19:2)», que nos Sages interprètent comme: un homme dans un cœur. Parce que chaque personne de la nation se détacha complètement de tout amour égoïste et voulu seulement faire profiter son ami, comme nous l’avons montré plus haut (point 16). Le fait est que tous les individus de la nation se sont regroupés et sont devenus un seul cœur et un seul homme, alors seulement ils méritèrent de recevoir la Torah.
 
24) Donc, selon la nécessité décrite ci-dessus, la Torah ne fut donnée qu’à la nation d’Israël, descendante d’Abraham, Isaac et Jacob, car il était inconcevable qu’un étranger y prenne part. A cette fin, la nation d’Israël a été construite comme une sorte de porte par laquelle les étincelles de purification passeraient et brilleraient sur l’ensemble du genre humain.
 
Et c’est ainsi que les étincelles se multiplient chaque jour, tel un trésor, jusqu’à ce qu’elles atteignent la quantité désirée, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elles se développent et viennent à comprendre l’agrément et la tranquillité qui sont au cœur de l’amour du prochain. Car alors, ils sauront comment changer l’équilibre vers la vertu et ils se placeront sous Son joug, et le mal sera éliminé de la surface de la terre.
 
25) Il reste encore le besoin de compléter ce qui a été dit ci-dessus (point 16), à propos de la raison pour laquelle la Torah n’avait pas été donnée à nos pères, parce que le commandement d’«Aimer ton prochain comme toi-même», qui est l’axe autour duquel gravite toute la Torah, et ce, malgré tous les commandements qui l’entourent pour la clarifier et l’interpréter, elle ne peut pas être observée par un individu, mais seulement au travers du consentement d’une nation entière.
 
Et c’est pourquoi, il a fallu attendre la sortie d’Egypte pour qu’ils deviennent dignes de l’observer, et alors chacun des membres de la nation fut questionné s’il acceptait de prendre sur lui ce commandement. Et seulement quand ils eurent tous accepté, la Torah leur fut donnée. Cependant, il reste à voir où trouver dans la Torah le fait qu’ils furent questionnés et qu’ils ont accepté cela avant de recevoir la Torah.
 
26) Il faut garder en tête que ces choses sont évidentes pour toute personne instruite, dans l’invitation que Dieu a envoyé à Israël par l’intermédiaire de Moïse avant que la Torah ne soit reçue, comme il est dit: «Ainsi maintenant, si en effet vous obéissez à ma voix et si vous gardez mon alliance, alors vous serez mon trésor personnel d’entre tous les peuples - car toute la terre m’appartient - et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Telles sont les paroles que tu diras aux enfants d’Israël. Et Moïse vint et appela les anciens du peuple, et il leur exposa toutes les paroles que le Seigneur lui avait ordonné, et tout le peuple unanimement répondit: tout ce que le Seigneur a dit nous le ferons. Et Moïse rapporta au Seigneur les paroles du peuple (Exode 19:5-9)».
 
Ces mots n’ont pas l’air d’aller avec leur rôle, parce que le bon sens nous dit que si une personne offre à son ami de faire quelque travail et qu’il veut que celui-ci l’accepte, il devrait lui donner un exemple du contenu de ce travail et lui dire combien il le paiera. Alors seulement l’ami peut décider s’il prend ou non ce travail.
 
Mais ici nous ne trouvons ni un exemple du contenu du travail ni le salaire correspondant à celui-ci, en effet il dit: «Si en effet vous obéissez à ma voix et si vous gardez mon alliance», mais il n’explique pas ce qu’est la voix et ne nous dit pas en quoi consiste l’alliance. Ensuite il dit: «Alors vous serez mon trésor personnel d’entre tous les peuples - car toute la terre m’appartient», mais nous ne pouvons pas déduire de ces mots s’Il nous ordonne de travailler à être un remède pour tous les peuples, ou si cela est une promesse pour nous ? (Ajout du traducteur: ségoula, en hébreu, veut dire «trésor» mais il signifie aussi «remède». Le Baal HaSoulam utilise librement les deux sens).
 
Nous devons aussi comprendre le lien des mots: «Car la terre entière m’appartient» avec les trois interprétations: Onklos Jonathan Ben Ouziel et le Jérusalmi, Rachi et le Ramban (Maïmonide). Toutes les interprétations essayent de modifier cette phrase, et Iben Ezra dit au nom de Rabbi Marinos que le mot «car» doit être interprété comme «bien que», et il interprète la phrase comme: «Alors vous serez mon trésor personnel d’entre tous les peuples – bien que la terre entière m’appartienne». Iben Ezra lui-même a tendance à être d’accord avec cela. Mais cette interprétation ne correspond à ce qu’ont dit nos Sages, disant que «car» peut avoir quatre significations: «soit», «à moins que», «mais», «que».
 
Et il ajoute une cinquième interprétation: «bien que» et ensuite l’Ecriture finit par: «Et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte». Mais ici aussi, il n’est pas évident à partir du texte de savoir si ceci est un commandement et une obligation de s’y engager ou si c’est une promesse. L’expression «un royaume de prêtres» n’est pas répétée ailleurs et elle n’est expliquée nulle part dans les Saintes Ecritures. Nous devons principalement nous concentrer sur comment définir la différence entre «un royaume de prêtres» et «une nation sainte». Car la signification ordinaire de la prêtrise a une dimension de sainteté, et il est ainsi évident qu’un royaume où chacun est prêtre doit être une nation sainte, et alors dans le texte l’expression «nation sainte» semble être redondante.
 
27) Cependant, selon toutes les interprétations que nous avons faites jusqu’ici, nous avons appris la vraie signification de ces mots, comment ils devraient être vus sous la forme d’une négociation avec une offre et un accord. C’est-à-dire qu’Il leur offre vraiment par ces mots la modalité et le contenu du travail de Torah et des commandements, et toute la récompense qui en découle.
 
Le travail de Torah et des commandements est exprimé dans les mots: «Et vous serez pour moi un royaume de prêtres», c’est-à-dire que vous tous, des plus jeunes au plus vieux, vous êtes comme des prêtres. De la même façon qu’ils n’ont pas de possessions dans ce monde matériel, parce que le Seigneur est leur possession, alors la nation entière sera organisée de façon que la terre entière et tout ce qui en fait partie seront dédiées au Seigneur. Et aucun individu sur la terre ne travaillera pour autre chose que pour observer les commandements de Dieu et satisfaire les besoins de son prochain, de telle sorte qu’aucune personne n’aura jamais à se soucier d’elle-même.
 
De cette façon, même les travaux des champs tels que la moisson, les semailles et autres, sont au même niveau que le travail de sacrifice que le prêtre accomplissait dans le Temple, car pourquoi ai-je besoin du commandement de faire des sacrifices au Seigneur et pourquoi observer le commandement de «Aimer ton prochain comme toi-même»? Le fait est que celui qui moissonne son champ pour nourrir son prochain, ressemble à celui qui fait des sacrifices au Seigneur. Bien plus, il semble que le commandement d’«Aimer ton prochain comme toi-même» soit plus important que celui de faire des sacrifices, comme nous l’avons vu plus haut (points 14 et 15).
 
Cependant, nous n’avons pas encore terminé l’explication, car la totalité de la Torah et des commandements a été donnée dans le seul but de purifier Israël, c’est-à-dire la purification du corps (voir point 12), après quoi, Israël atteindrait la vraie récompense, qui est l"adhésion à Lui, qui est le but de la création (voir point 6). Et cette récompense est exprimée dans les mots «une nation sainte». Par l'adhésion à Lui nous avons été sanctifiés, comme il est dit: «Vous serez saints, car Moi, le Seigneur votre Dieu, je suis Saint (Lévitique 19:2)».
 
Et vous voyez que les mots «un royaume de prêtres» exprime l’entière modalité du travail sur l’axe d’«Aimer son prochain comme soi-même», c’est-à-dire un royaume composé uniquement de prêtres dont le Seigneur est la possession, et ils n’ont aucun bien propre parmi les possessions matérielles. Et nous devons admettre que ceci est la seule définition selon laquelle nous pouvons comprendre les mots: «un royaume de prêtres». Car nous ne pouvons pas interpréter les sacrifices sur l’autel, parce que cela n’aurait pas pu être dit de la nation entière, car qui seraient alors les sacrificateurs?
 
De même, concernant les dons à la prêtrise, qui les effectueraient? Et aussi concernant la sainteté des prêtres, il a déjà été dit «une nation sainte». Ainsi donc, cela doit sûrement vouloir dire que Dieu est leur possession, et dont sont absentes toute possession matérielle pour eux-mêmes, c’est-à-dire le plein sens des mots «Aime ton prochain comme toi-même» qui englobe la Torah toute entière. Et les mots «une nation sainte» expriment la récompense totale qui est l'adhésion avec Lui.
 
28) Désormais nous comprenons parfaitement les mots précédents, car il est dit: «Maintenant donc, si en effet vous obéissez à ma voix et gardez mon alliance» c’est-à-dire je fais une alliance sur ce que je vous dis ici, que vous allez devenir un remède, c’est-à-dire que je vais me servir de vous comme remède et comme des étincelles de purification, celles-ci passeront par votre intermédiaire à tous les peuples et les nations du monde, du fait que les nations du monde ne sont pas encore prêtes pour cela, et que j’ai besoin d’une nation pour démarrer le processus et être un remède pour toutes les autres nations. Et donc il termine par: «car la terre entière m’appartient», c’est-à-dire tous les peuples de la terre m’appartiennent et sont destinés à adhérer à moi comme vous le faites (voir point 20).
 
Mais tant qu’ils sont incapables d’effectuer cette tâche, j’ai besoin d’un peuple vertueux et si vous acceptez d’être le remède pour toutes les nations, je l’ordonne, vous serez pour moi «un royaume de prêtres», qui est l’amour du prochain dans sa forme finale «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», qui l’axe de rotation des règles de la Torah et des commandements. Et «une nation saint » est la récompense dans sa forme finale de l'adhésion avec Lui et qui inclut toutes les récompenses jamais conçues.
 
C’est ainsi que nos Sages ont interprété la fin «Telles sont les paroles que tu diras aux enfants d’Israël»: «Telles sont les paroles», «pas plus», «ni moins». Car comment peut-on dire que Moïse ajouterait ou retrancherait à la parole du Seigneur de telle sorte qu’il eu besoin d’être mis en garde à ce sujet ? On ne trouve rien de tel dans toute la Torah, au contraire, la Torah dit de lu: «Car il est celui à qui je fais confiance dans toute ma maison (Nombres 12:7)».
 
29) Maintenant nous pouvons vraiment comprendre la modalité finale de ce travail, comme elle est expliquée dans les mots «un royaume de prêtres», qui est le stade final d’«Aime ton prochain comme toi-même», et qu’il était concevable que Moïse puisse se retenir et éviter de donner un aperçu complet du travail en une seule fois, de peur qu’Israël ne veuille pas se détacher des possessions matérielles et se dénantir de sa fortune et ses avoirs en vue du Seigneur, comme il est dit dans les mots «un royaume de prêtres».
 
Ceci est assez comparable à ce qu’écrivait Maïmonide, à propos du fait qu’il ne faut pas parler aux femmes ni aux enfants de ce qui concerne le travail propre, qui ne doit pas être fait dans le but d’être récompensé, mais qu’il faut attendre qu’ils grandissent et soient devenus plus sages et aient le courage de l’exécuter. Ainsi le Seigneur l’avertit de ne faire «pas moins» que de leur offrir la vraie nature du travail, comme il est exprimé dans les mots «un royaume de prêtres».
 
Et en ce qui concerne la récompense qui est définie dans les mots «une nation sainte», ici aussi Moïse aurait pu penser à interpréter et élargir un peu plus le sujet de l’agrément et la sublime subtilité qui vient avec l'adhésion à Lui et ainsi les persuader d’accepter de se détacher des possessions de ce monde comme le font les prêtres. Aussi il a été averti de ne pas «parler plus» juste se taire et de ne pas interpréter ce qu’est la récompense incluse dans les mots «une nation sainte».
 
La raison à cela est que s’il leur avait dévoilé les choses merveilleuses qui sont dans l’essence de la récompense, ils auraient accepté Son travail de façon à obtenir pour eux-mêmes cette récompense merveilleuse, ce qui aurait été considéré comme travailler pour eux-mêmes, par égoïsme, et dans lequel (le travail) toute intention est déformée (voir point 13).
 
Ainsi nous voyons qu’en ce qui concerne la modalité du travail qui est exprimé dans les mots «un royaume de prêtres», il lui a été dit «pas moins», et à propos de la mesure de la récompense, exprimée par les mots «une nation sainte», il lui a été dit «pas plus».
 
 
 
 

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