home email us! feed
27 mai 2017

Terminologie spirituelle

La Kabbale, comme n’importe quel autre enseignement, utilise une terminologie et des symboles pour décrire les objets et leurs actions: une force spirituelle, un monde ou une Sefira prend le nom de l’objet qu’elle contrôle dans ce monde.

Puisque toute force ou tout objet physique a une force ou une forme spirituelle qui le contrôle, une conformité d’une extrême précision se crée entre le nom adopté dans le monde matériel et sa racine spirituelle, sa source.

C’est pourquoi, seul un kabbaliste connaissant parfaitement la correspondance entre les forces spirituelles et les objets physiques, peut attribuer un nom aux objets spirituels. Seul celui qui atteint le niveau spirituel d’un objet peut en observer l’influence dans notre monde.

Les kabbalistes rédigent des livres et transmettent leur connaissance en utilisant «le langage des branches». Ce langage est extrêmement précis car il est fondé sur le lien entre la racine spirituelle et sa branche physique. Il ne peut pas être modifié car la connexion existant entre un objet et sa racine spirituelle est immuable. En revanche, notre langage terrestre perd peu à peu de sa précision étant uniquement relié à la branche et non à la racine.

Cependant, la simple connaissance des mots du langage est insuffisante, car celle-ci ne nous assure pas de comprendre la forme spirituelle d’un objet matériel. Seule la connaissance de la forme spirituelle permet à l’homme d’observer ses conséquences physiques, sa branche.

Nous pouvons donc en conclure que l’homme doit tout d’abord accéder à la racine spirituelle, à sa nature et à ses attributs. Alors, seulement, l’homme pourra appeler la branche par son véritable nom et étudier la connexion entre elle et sa racine spirituelle. Telle est la seule condition pour comprendre le langage des branches, et faciliter ainsi, un échange précis d’informations spirituelles.

Exprimer l’inexprimable - la langue de la Kabbale

Avant tout, il convient de savoir que pour évoquer des notions spirituelles, indépendantes du temps, de l’espace et du mouvement, il n’existe pas dans notre terminologie de termes pour les exprimer puisque tout ce que nous ressentons habituellement se déroule dans le temps, dans un endroit donné et évolue. Que l’évolution s’arrête, et notre vie s’arrête. Nous ne pouvons pas nous imaginer quoi que ce soit d’absolument immobile, arrêté dans le temps, n’ayant pas de volume.

Par exemple, notre univers occupe un certain volume. Si on devait l’extraire de l’espace où il se trouve, comment pourrait-on se représenter le vide laissé, alors qu’il n’y aurait rien en lui qui permette de le mesurer, de le décrire. Il n’y a ni corps, ni temps ni espace dans les mondes spirituels. Cela signifie que le spirituel n’a aucun rapport avec nos représentations, notre structure, notre nature, notre ressenti.

Sur quoi porte donc l’étude de la Kabbale alors, et dans quel but? Comment pouvons-nous parler de « ce sujet » dont nous ne pouvons nous faire aucune représentation? Si nous ne pouvons pas absolument pas nous représenter le spirituel et, en dépit de notre généreuse imagination, nous ne sommes pas en mesure de nous le représenter, comment pouvons-nous alors comprendre ce qui est écrit dans les ouvrages de Kabbale?

Les kabbalistes ont reçu quelque chose qui leur donne la possibilité de ressentir les autres mondes. Seul celui qui perçoit, ressent, comprend «ces mondes porte le nom de kabbaliste car il reçoit (Kabbale, du verbe « recevoir », «lekabel»), les informations transmises.

N’étant pas en mesure de ressentir quoi que ce soit au-delà des limites du temps, de l’espace et du mouvement, nous sommes totalement aveugles, nous ne ressentons pas les mondes spirituels qui existent autour de nous. Ces mondes spirituels nous traversent en quelque sorte sans frôler nos organes récepteurs qui n’y sont pas sensibles

Par quels termes peut-on exprimer une notion quelle qu’elle soit concernant les mondes spirituels? Comment le kabbaliste peut-il nous parler de ces mondes si ceux-ci sont dépourvus de ce que nous connaissons dans notre monde, notre monde étant perçu par nous uniquement dans le temps, l’espace, le mouvement? Tous les termes que nous employons font référence aux sensations reçues par nos organes des sens, c’est ce qui a donné naissance à notre vocabulaire. Nos impressions sont quelque chose de totalement subjectif. Nous ne pouvons pas comparer ce que nous ressentons, nous ne pouvons pas savoir ce qui est bien ou mal, beaucoup ou peu, nous mesurons tout par rapport à nous, par rapport à nos désirs subjectifs au moment où nous mesurons.

Si des extraterrestres nous racontaient la façon dont ils perçoivent leur monde au moyen de leurs organes des sens, comment pourrions-nous comparer nos sensations, notre langue étant basée sur notre perception qui inclut arbitrairement le «bon-le mauvais» dans les notions exprimées. A la question «comment allez-vous», nous répondons «bien» ou «mal». Dans le cadre de nos relations sur cette Terre, c’est suffisant, nous nous comprenons.

Nous communiquons en sachant que les problèmes de différence de mentalité, de culture, d’état d’esprit restent dans les limites de représentations générales. Cependant, sauf pour ce qui est des limites des concepts qui sont celles de notre perception subjective, ce que nous ressentons relève de notre imagination, car nous ne savons pas dans quelle mesure nous sommes dans l’absolu.

Par exemple, notre vision photographie un impact sur notre organe visuel, l’impression subjective, limitée, est transmise à notre cerveau qui analyse ce qui nous est extérieur.

Toute notre perception du monde environnant dépend de nos organes des sens, de leurs limites. Nous ne connaissons pas ce qui nous entoure, nous ne pouvons que ressentir à l’intérieur de nous une certaine sollicitation de nos organes des sens, dans les limites de leurs facultés réceptrices.

Nous ressentons non pas les effets de quelque chose extérieur à nous sur nos organes des sens, mais seulement la réaction de nos capteurs à la partie, au fragment, au diapason des sollicitations extérieures auxquelles ils sont sensibles.

Ce processus nous montre bien que nous sommes une « boite fermée » qui sent en elle des réactions aux sollicitations d’éléments extérieurs, il nous appartient de prendre conscience que la richesse de notre langue qui nous permet de communiquer et d’analyser ne reflète qu’une partie infime de ce qui existe autour de nous, et que nous ressentons de manière indirecte.

S’il en est ainsi, comment pouvons-nous, au moyen de notre langage créé en référence aux sensations subjectives que nous avons de notre monde, exprimer ce que nous percevons objectivement en matière de spirituel? Si nous prenons même le terme «lumière», terme des plus subtils dans notre monde, le plus proche du spirituel, il nous évoque pourtant la lumière du soleil ou la lumière de la raison, absolument pas la lumière divine. A ce propos, dans notre monde également, la lumière reste un phénomène peu compréhensible malgré les toutes les théories corpusculaires.

Le Ramban écrit que notre univers est créé à un niveau situé au-dessous de la vitesse de la lumière. Au-dessus de la vitesse de la lumière, il ne s’agit plus de notre monde. Notre représentation de la lumière est différente dans notre monde. Par exemple, nous disons «y voir plus clair», «avoir été éclairé», etc.; il s’agit juste de la pensée, du raisonnement.

Nous choisissons des mots en fonction de nos sensations, nous les transmettons à autrui qui, en fonction de sa représentation mentale, se forge sa propre perception en fonction de nos mots. Où est l’étalon unique au moyen duquel nous pouvons mesurer la similitude des sensations provoquées par un seul et même mot, une seule et même notion ?

Ne s’agissant pas de comparaison précise de notre perception, il ne nous reste plus qu’à employer des concepts sans avoir vérifié la similitude de notre perception.

La perception ne peut pas être obligatoirement similaire d’un individu à un autre. Nous ne pouvons éveiller chez autrui que quelque chose de ressemblant, c’est là tout le problème de la langue. Par ailleurs, si nous ne pouvons pas exprimer verbalement avec précision notre perception de ce monde, comment pouvons-nous nous exprimer pour décrire des sensations spirituelles? Les mondes spirituels sont faits de sensations, ils sont dépourvus de corps, ils ne sont que désirs et ressenti. Les kabbalistes nous disent qu’il s’agit de sensations d’une absolue précision qui nécessitent une expression parfaite et précise.

S’il en est ainsi, comment pouvons-nous exprimer par des mots des notions précises ayant trait à la perception des plus fines, des plus subtiles des mondes spirituels? La description des mondes spirituels concerne l’âme humaine, les degrés du rapprochement avec le Créateur, autrement dit, les degrés de la perception grandissante du Créateur. La Kabbale divise l’âme universelle en deux parties, elle donne à chacune de ces parties une dénomination correspondant à ses attributs, décrit les actions de chacune d’elles. C’est cela le langage des sensations, il est cependant rigoureux, il permet d’avoir recours à des graphiques, des plans, des formules. La Kabbale est l’ingénierie des âmes. Comment pouvons-nous appliquer notre langage terrestre imprécis à des recherches et des descriptions précises?

Essayez de dresser une évaluation précise de votre humeur et comparez la, après en avoir fait un graphique, à l’humeur d’une autre personne, comparez en pourcentages avec votre humeur de la veille, essayez d’exprimer toutes les nuances de votre ressenti en chiffres, en fonction de l’humeur provoquée par l’état physique, les soucis, la fatigue, la crainte, le moment, etc. Nous ne pourrons pas dans notre monde obtenir une gradation exacte de ce qui concerne le domaine de nos sensations.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui effleurerait quelque chose de brûlant, l’excitation dans son cerveau dépendra de son humeur, de son état physique, de son entraînement qui sont propres à chacun. Nous ne pouvons pas comparer en pourcentage, en quantité, en qualité le plaisir procuré par la musique avec celui que fait éprouver un plat. Si notre langue est aussi primitive, limitée, subjective et imprécise, comment les kabbalistes ont-ils pu la prendre pour décrire des phénomènes spirituels de la plus grande précision et pourquoi l’ont-ils employée et n’en ont-ils pas mis une autre au point?

Prenons l’exemple d’un symbole qui ne serait pas utilisé correctement. Celui qui connaît ce symbole, ignorant de l’erreur, ne comprendrait pas les résultats. Pour cette personne l’affirmation scientifique serait totalement inexacte. Par contre, celui qui ne connaît pas les symboles considérerait ces mêmes résultats comme justes. Si une personne prend des termes de notre monde ou en invente et entreprend de décrire les mondes spirituels, il est clair que ses descriptions ne seront pas authentiques.

C’est pourquoi, les kabbalistes ont choisi une langue particulière pour décrire leur science, il s’agit de la langue des branches. La raison en est que tout dans notre monde, l’inanimé, le végétal l’animal, l’homme, tous les événements qui les ont touchés, qui se produisent et continueront à se produire, autrement dit, tous les éléments et leur organisation sont créés, gérés, maîtrisés par le Créateur. Tout passe par les mondes spirituels avant de parvenir dans notre monde. Cette organisation se renouvelle en permanence dans l’en-haut, de haut en bas, pour descendre dans notre monde.

Kabbale et importance du sens des mots

Dans la Kabbale, l’importance du sens des mots, de leurs définitions, est très souvent soulignée, comme le Baal HaSoulam l’a écrit au début du Talmud Esser Ha-Sefirot :
« C’est une difficulté pour les débutants qui perçoivent les choses dans leur expression matérielle, dans les limites du temps et de l’espace, … tandis que l’auteur les utilisa uniquement afin de signaler leurs racines supérieures. Par conséquent, efforcez-vous d’interpréter chaque mot dans son aspect spirituel, détaché de l’espace, du temps et du changement. Au lecteur de graver dans sa mémoire le sens des mots. »

Les définitions dans la sagesse de la Kabbale sont essentielles, car les mots ont été pris de notre monde, mais leur sens, leur contenu intérieur, appartient au monde spirituel, et si l’homme interprète correctement les termes utilisés, alors il étudie le monde spirituel, et s’il les interprète dans leur sens matériel, alors il étudie le monde matériel.

Par exemple, la « nuit » est l’obscurité que l’homme ressent lorsque la spiritualité, autrement dit le don sans réserve, n’est pas importante, à ses yeux. Le « jour », au contraire indique que la spiritualité est importante. Ainsi, il est capital de comprendre l’importance du sens des mots dans les écrits des kabbalistes. La plupart des incompréhensions viennent précisément du fait que l’homme interprète les termes dans leur sens matériel.