Didi Ménossi - Que reste t-il à la fin ?

Didi Ménossi - Que reste t-il à la fin ?

«En quoi les lois me sont utiles si tout est déjà connu d’avance et que je ne peux rien y faire ? ». Le journaliste et critique Didi Ménossi a du mal à accepter que le monde continuera d’exister après sa mort et il s’entretient avec le kabbaliste Michaël Laitman sur le libre choix, le destin et la vie après la mort.

Didi Ménossi : Bonjour Rav Laitman, je suis Didi Ménossi, j’ai 80 ans, je suis depuis 45 ans déjà journaliste, écrivain et critique et caricaturiste. Je m’occupe essentiellement de la critique et de l’analyse de la société dans laquelle nous évoluons. J’ai voyagé dans le monde entier, j’ai vu plus de cinq guerre, j’ai vécu en Afrique, en Inde, j’ai visité de nombreux centres spirituels et religieux sur la planète. J’ai également un peu étudié le Zohar, le Ari, Maimonide etc. mais je n’ai jamais ressenti la nécessité de me poser la question sur ma venue au monde, ni de mon départ de ce monde, et donc la question que je me pose est pourquoi aurai-je besoin d’une explication sur ma vie ? Je suis né, je mourrais, un point c’est tout.

Rav Laitman : Vous n’êtes pas obligés de rechercher une explication mais il y a des gens qui ressentent ce besoin et qui s’interrogent, sur leur vie, sur son sens. Et il y en a chez qui la question du sens de la vie ne se réveille pas et ils vivent leur vie, tout simplement. Cependant, les questions existentielles ont une certaine logique. D’un coté nous vivons dans un monde dans lequel tout est lié, dans lequel chaque chose est le résultat d’une autre, qui l’a précédé, et où toute chose a un but et appartient à un processus plus large. Et si je suis moi-même une partie de ce monde, de la nature, je présume qu’il doit y avoir une raison à mon existence, laquelle apparemment conduit à un certain résultat. De là, peuvent naître en l’homme des questions comme : Suis-je vraiment une partie de ce monde ? Si oui, quel est le but que je suis supposé atteindre ? Pourquoi tout ceci existe ? Suis-je né pour que le temps passe et mourir après avoir rempli ma panse? Existe-t-il un moyen de changer ma situation actuelle ? Toutes ces questions proviennent d’une nécessité intérieure. Cependant, il est tout à fait possible de ne pas se poser de questions.

Didi Ménossi : Ok, personnellement, je me pose des questions plus humanistes, plus morales, ce qui m’intéresse est de savoir ce qui est bien ou mal, ce que l’homme doit faire ou ne pas faire. Ici la question qui m’intéresse c’est pourquoi suis-je obligé de croire en une relation de cause à effet et non pas de croire que c’est juste accidentel ? Pourquoi lire la carte comme un engrenage dont les rouages sont liés et non pas comme des points accidentels ?

Rav Laitman : Quand j’étais plus jeune, j’ai fait des études de biocybernétique à l’université. Après avoir vu que dans la sagesse qui existe au sein d’une simple cellule, et le lien qui existe entre tous ses éléments, j’ai découvert qu’il existait une extraordinaire chaîne de vie dans toute la nature, et s’est éveillé en moi la question suivante : pourquoi les cellules ont-elles été créées ? Lorsqu’un scientifique se demande pourquoi tout ceci, c’est-à-dire qui y a-t-il au-delà de la cellule, de la vie, de l’homme, de l’univers, il est confronté à un gouffre géant. C’est ainsi que je suis arrivé à la question sur le but de la vie, en Russie, il y a 35 ans. Je n’étais pas religieux, et je ne savais pas ce qu’était la Kabbale ni le judaïsme, mais mes recherches scientifiques universitaires m’ont amené à comprendre le but de l’existence.

Didi Ménossi : C’est intéressant. Vous dites « j’ai cherché, j’ai essayé ici et là, et j’ai trouvé que la Kabbale est la réponse ». Ma question est, la Kabbale est la réponse à quoi ? A aspirer à être un homme plus heureux? Un honnête père de famille? Ou bien simplement vous êtes satisfait d’avoir assouvi votre désir de trouver une réponse?

Rav : Tout d’abord, tout ce que vous venez de dire : être un homme heureux, honnête, bon père de famille, tout cela relève également du cadre de la satisfaction de nos désirs. Chacun de nous est poussé par son désir et demande à être satisfait. J’ai cherché à avoir une réponse à la question du sens de l’existence, et ainsi j’ai été attiré par la Kabbale mais lorsque j’y suis arrivé, j’ai trouvé bien davantage. J’ai trouvé une extraordinaire sagesse qui m’a donné une explication à toute l’existence, et à propos des forces qui régissent notre monde, l’orientent et le dirigent, et comment le monde progresse conformément à celles-ci et parvient à son but.

Didi Ménossi : Vous acceptez l’idée que quelqu’un nous contrôle ?

Rav : Bien sûr ! La nature n’agit elle pas sur nous, nous orientant à chaque fois vers telle ou telle autre direction ?

Didi Ménossi : Hmm…, si cela dépendait de moi, j’aurais orienté tout ceci complètement différemment !

Rav : Ah ! Donc vous êtes d’accord que les événements de notre existence sont dirigés ? Et si ce n’est pas vous qui les dirigés. Qui est-ce? La nature.

Didi Ménossi : Vous l’appelez la nature, moi j’appellerai ça des « forces supérieures», que je ne connais pas, mais quoi qu’il en soit, si je regarde les résultats et ils ne sont pas si satisfaisants que cela.

Rav : Ce n’est pas nous qui les déterminons.

Didi Ménossi : C’est exactement ma question, pourquoi rechercher un lien ou un sens? Personne n’a demandé à l’homme s’il désirait naître, et personne ne me demandera si je veux mourir. Il est dit « malgré toi tu nais, malgré toi tu vis, malgré toi tu meurs ». A mes yeux c’est une explication suffisante.

Rav : Qu’entendez-vous par « suffisante » ? Vous voyez bien que vous êtes contrôlés, et vous êtes d’accord avec ce fait ?

Didi Ménossi : Je n’ai pas le choix.

Rav : Peut-être que si justement, il y a peut-être précisément un choix, quelque chose que l’on peut changer.

Didi Ménossi : Peut-être, mais vous devrez alors me le prouver.

Rav : C’est avec cette question que je suis arrivé à la Kabbale. En tant que scientifique j’ai beaucoup étudié la vie de la cellule dans le corps humain, et on y découvre que chaque petite partie est la raison d’être d’une seconde partie, qui est elle-même la raison de la partie suivante etc. cela signifie qu’il existe une chaîne, une cause et une conséquence.

Didi Ménossi : Je suis d’accord, mais peut-on allez plus loin dans le raisonnement ? Je pose la question parce que mon fils croit que toute chose à une raison d’être. Il pense qu’il existe une raison au fait que je me sois cassé la jambe.

Rav : Bien sûr.

Didi Ménossi : La raison est que je me suis emmêlé « les pinceaux » et que je suis tombé et me suis cassé la jambe.

Rav : Vous avez raison, mais pourquoi vous êtes vous soudainement emmêlé les pinceaux ?

Didi Ménossi : Telle est la question, vivons-nous dans un monde où tout un chacun reçoit ce à quoi il a droit sans aucun lien avec ce qu’il fait, ou est ce que chacun parvient de ses propres forces à ce qui lui arrive ? C’est-à-dire, la question est : acceptons nous que « tout est prévu d’avance et le choix est donné ? », est-ce que le « choix est donné » est plus fort que « tout est prévu d’avance » ?

Rav : Ca dépend. Il existe des lois et il est clair que rien n’arrive sans raison. Ce n‘est pas un « hasard » que vos jambes se soient emmêlées, et je ne vous parle pas en tant que kabbaliste, mais comme un scientifique. Plus on approfondi les recherches sur la nature, plus on découvre que toutes les sciences, l’écologie, la psychologie, les sciences sociales, la physique et autres, sont liées les unes aux autres. Rien ne se produit en vain.

Didi Ménossi : En quoi ces lois vont m’aider, si tout est prévu, et que je ne peux rien contrôler ?

Rav : Ici vient la question suivante : est-ce que je ne suis qu’un petit animal qui ne vit qu’une vie matérielle ? Manipulé uniquement par ses hormones et par des informations intérieures, et quoi que je fasse, ce ne sera jamais moi qui agit, c’est-à-dire, que j’aurais aucune action libre ? Je suis né avec des données génétiques qui sont déjà en moi. Puis, je grandis et me développe dans une société qui me prépare et me façonne entièrement et j’arrive dans un monde comme un morceau de pain cuit à point sortant du four. Puis, tout ce qui dirigera l’homme et ce qu’il fera au cours de sa vie se fera en fonction des opportunités se présentant en chemin, opportunité sur lequel il n’a pas de réel contrôle. Y a-t-il un véritable choix dans tout cela ? Et si ce n’est pas le cas, notre vie est elle déjà prédéterminée ? Est ce que le « choix est donné » ou non ? La sagesse de la Kabbale enseigne que l’homme a un choix, mais un seul pour une seule chose – s’élever consciemment, en recherchant les sources de la réalité d’où il est dirigé. L’homme qui découvre la réalité supérieure sait comment accepter la réalité et comment y faire face, et n’est pas manipulé comme une marionnette.

Did Ménossi : Si d’une part, mes avancées sont prévues, comme si j’étais une marionnette, et d’autre part, je peux manipuler par moi-même les fils de la marionnette, il y a là un contresens.

Rav : Non ce n’est pas contradictoire, parce qu’en commençant à découvrir comment on vous manipule, vous commencez également à découvrir comment par vous-même agir, et de là où on vous manipulait, vous pouvez maintenant vous activer vous-même et être d’accord avec ces même lois. En étant d’accord avec la force supérieure, vous commencez à découvrir la « pensée de la création », pourquoi ce monde existe, pourquoi existe un monde spirituel, la réincarnation des âmes etc. vous entrez dans une dimension où vous contrôlez, ensemble avec la force supérieure.

Didi Ménossi : Rav Laitman, c’est dommage que nous ne nous soyons pas rencontrés lorsque j’étais hospitalisé, car j’avais alors le temps de penser et de découvrir les raisons de ce qui se passe.

Rav : Notre rencontre n’est pas fortuite, vous disposez d’assez de temps pour tout découvrir.

Numéro de juin 2008

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