Les chroniques de la Kabbale
Ce n’est un secret pour personne, la Kabbale n’a pas commencé avec Hollywood. Le Rambam (Maimonide) nous raconte que tout commença il y a 5000 ans, en Mésopotamie, alors creuset de l’humanité qui allait donner lieu à la civilisation moderne. C’est au cœur de Babylone que naquit une sagesse qui chercha d’abord et avant tout à répondre à une question : celle du sens de l’existence.
Dans le premier chapitre de « La main Puissante », le Rambam (Maimonide) décrit qu’il fut une époque où les gens vivaient en harmonie avec la force générale qui dirige la réalité et lorsqu’ils perdirent ce lien, apparut au sein de l’humanité les diverses croyances en l’existence de nombreuses forces régissant le monde, chacune avec son propre domaine – nourriture, reproduction, santé, etc. Cependant un homme ne pouvait pas comprendre comment toutes ces forces pouvaient s’accorder entre elles et produit l’équilibre général de la nature. Cet homme, du nom d’Abraham chercha à comprendre la racine de l’existence de ce monde, les fondements même de la création. Ceci l’amena à découvrir la force originelle dont tout le reste n’en était que différentes manifestations de celle-ci.
Une fois cette découverte faite, il décida de partager sa découverte avec le monde entier. Ce fut un défi d’expliquer un concept qui contredisait tout ce en quoi croyaient ses contemporains, et contraint Abraham à développer une méthode d’enseignement qui l’aiderait à la leur révéler. Ce fut le prototype de la méthode d’enseignement que nous appelons la « Kabbale » (du verbe hébreu Lekabel, recevoir). C’est ainsi qu’Abraham devint le premier kabbaliste d’une longue chaîne de transmission de cette sagesse de génération en génération.
La découverte d’Abraham vient à un moment charnière de l’évolution de l’humanité, symbolisé dans la Bible par l’épisode de la Tour de Babel. Que s’est-il donc passé à cette époque de si particulier ?
Comme l’explique la Kabbale, l’essence de la nature humaine consiste en un désir d’éprouver du plaisir, l’ego. Un désir égoïste sain est le compas qui guide nos vies et motive chacune de nos actions. Aucun d’entre nous ne peut faire le moindre mouvement, même le plus petit qui soit, qui aille à l’encontre de notre propre volonté. Or ce désir évolue, et ce qui nous satisfait aujourd’hui ne nous sera plus suffisant demain. C’est exactement ce qui s’est produit dans l’ancienne Babylone où soudain, la simple vie des champs, dans une grotte ou à l’ombre d’un arbre cessa d’être suffisante.
Ainsi, avant cette période, les gens se contentaient de satisfaire leurs besoins élémentaires, vivaient simplement, se contentaient d’un toit, et de ne pas manquer de nourriture; Les échanges commerciaux modernes et les systèmes d’administration n’avaient pas encore pris forme et la vie s’écoulait naturellement et paisiblement.
Puis soudainement, cette région- qui regroupait alors la quasi-totalité de la société humaine - est devenue rapidement sujette à un important développement dans différents domaines. Les bases de l’agriculture moderne furent posées, ainsi que celles du commerce et des échanges monétaires et des impôts. L’écriture fut également inventée à cette époque dans la même région. Au niveau social, l’écart entre les classes sociales commença à croître et les gens furent divisés entre nantis et pauvres.
Face à l’égoïsme grandissant, la société se dispersa pour empêcher un affrontement des intérêts personnels.
Cependant, il existe une seconde option, plus bénéfique : en apprenant comment s’unir malgré l’égoïsme qui les séparait, les gens ont gagné davantage de conscience d’eux-mêmes et de la force supérieure. Cet apprentissage était devenu nécessaire parce que leur actuel niveau d’unité s’était écroulé sous le poids de leur nouvel égoïsme. Ainsi pour rétablir cette union, il aurait fallu se lier directement à la source – la force unie de la nature, ou le Créateur.
Cependant, comme nous l’apprenons de la Bible et d’un ancien texte hébreu, le Midrash Raba, les Babyloniens rejetèrent l’offre d’Abraham. Celui-ci quitta ensuite Babylone et commença à enseigner en sillonnant « de ville en ville, et de royaume en royaume, jusqu’à ce qu’il arriva en Terre d’Israël » (Maimonide, La Main puissante, Règles d’idolâtrie, chapitre 1).
En dépit des difficultés et des défis, l’enseignement d’Abraham fit des sympathisants - qui à leur tour l’aidèrent à partager la connaissance avec les autres. Avec le temps, le combattant solitaire forma un grand groupe uni par un idéal spirituel. Ce groupe prit le nom de la « nation d’Israël ». Le nom « Israël », comme l’a expliqué le grand kabbaliste Ramchal est la combinaison de deux mots : Yashar (droit) et El (Dieu). Autrement dit, le groupe de ceux dont le désir dans leurs cœurs est d’être comme le Créateur, unis par la force du don absolu.
L’effondrement de la Tour de Babel ne fut cependant pas la fin de l’histoire, mais seulement le début. L’égoïsme de l’humanité continua de grandir et pour ceux désirant rester égoïstes, cela signifia une plus grande aliénation. De nouvelles nations furent formées et des nouvelles technologies créèrent de nouvelles armes. Tout ceci dans le but de préserver les nations les unes des autres ou de les soumettre. Cependant pour ceux voulant surmonter leur égoïsme et s’unir malgré lui, une amélioration de la méthode fut nécessaire.
Ce fut la tâche de Moïse qui transmit cinq nouveaux livres (le Pentateuque), qui sont en fait l’adaptation de l’enseignement d’Abraham à toute une nation. Cependant la fin du chemin ne viendra que quand le monde entier sera en contact avec le Créateur, vivant l’unité que les anciens Babyloniens vécurent, avant la première percée de l’égoïsme.
Le « présent » a commencé il y a environ deux mille ans, lorsque le Livre du Zohar fut écrit puis caché et qu’Israël partit pour son dernier exil. Tout comme Abraham et Moïse au stade « précédent », l’étape « actuelle » a connu deux grands géants : Rabbi Shimon Bar-Yochai (Rashbi) et Ari HaKadosh (Rabbi Isaac Louria). Le livre du Zohar du Rashbi comme le livre lui-même l’affirme, est un commentaire de la Torah. Tout comme Moïse expliqua les mots d’Abraham à toute la nation, le Livre du Zohar a pour but d’expliquer les paroles de Moïse au monde entier.
Durant cette longue période de près de deux milles ans, la Kabbale était dissimulée. C’était une époque de croissance délicate, la transmission de la sagesse se faisait en catimini et dans de petits groupes discrets. De ce grand silence va naitre de nombreuses confusions autour de ce qu’est la Kabbale. Gottfried Leibniz (1646-1716), un grand mathématicien et philosophe, exprima ouvertement ses pensées quant à l’influence sur la Kabbale de la discrétion qui l’entoura : «Vu que l’humanité n’avait pas la clef pour découvrir le secret, la soif de connaissance s’est finalement attardée sur toutes sortes de détails et de superstitions qui ont engendré une «Kabbale vulgaire» qui a si peu à voir avec la vraie Kabbale, et sous un faux nom - une magie fut inventée se servant de différentes fantaisies dont les livres sont remplis.»
Cependant, cette période de silence était nécessaire, et tandis que le monde fantasme sur ce que peut bien être cette sagesse inconnue, les kabbalistes quant à eux transmettent l’enseignement en toute discrétion de génération en génération.
Le « futur » a commencé dans les années 1990. En 1945, le Rav Yéhouda Ashlag, connu également comme le Baal HaSoulam (le maître de l’échelle) pour son commentaire du Soulam (de l’échelle), a prédit que la dernière étape de l’évolution spirituelle de l’humanité commencerait en 1995. De même, le Gaon de Vilna a écrit dans son livre « La voix de la tourterelle » que cette étape commencerait en 1990. De nombreux autres kabbalistes ont fait les mêmes prédictions, conduisant à la conclusion que le futur est déjà là, et maintenant est venu le temps de battre l’égoïsme en retraite et de s’unir.
Toute l’histoire de l’humanité consiste en des batailles contre l’égoïsme et en des tentatives d’union. De nos jours, la plupart des scientifiques sont d’accord sur le fait que l’égoïsme humain est la cause de nos tourments actuels. Le Baal HaSoulam en parla dans les années 1930 et 1940, mais à l’époque personne ne l’écouta. Cependant, ces dernières années, il devient évident que sans un changement de notre part, le monde ne changera pas de lui même.
Dans son article « La paix dans le monde », le Baal HaSoulam écrit que si nous nous unissons, chaque membre de la société découvrira la racine même de l’existence, et les lois qui la régissent et qui lui permettra de la contrôler, mais cette fois non pas aux dépens des autres, mais au contraire pour le bien d’autrui.
Ainsi, la même méthode découverte par Abraham pour comprendre les fondements même de notre existence et en conséquence de quoi, rétablir l’union au sein de la société humaine, est aujourd’hui accessible à tous, indépendamment de la religion et de l’âge.
Numéro de juillet 2008

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