Ô Liberté !

Ô Liberté !

Yochi Brandes : Bonjour Rav Laitman. J’aimerai savoir pourquoi dernièrement tout le monde porte un engouement à la Kabbale ? Pas uniquement en Israël, mais également dans le monde entier : des stars d’Hollywood, aux chanteurs internationaux de rock, tout le monde s’intéresse à la Kabbale. Quel est le secret magique de la Kabbale ?

Rav Laitman : Le secret est simple : au début du 21ème siècle, nous voyons de plus en plus de personnes qui arrivent aux questions : « Pourquoi vivre ? », « Quel est le sens de la vie ?  Quel est son but ? ». Ces questions restent sans réponse. Il n’y en cela rien de surprenant, déjà dans le livre du Zohar et dans les écrits d’autres kabbalistes, les auteurs font référence à notre époque et décrivent un tel phénomène.

Yochi Brandes : Précisément maintenant, alors que nous sommes au sommet du développement technologique et matériel ?

Rav Laitman: Oui. Tous les moyens de développement de l’homme, au niveau social, technologique, scientifique, y compris les relations familiales, amèneront les hommes à un tel point de désespoir qui les poussera à rechercher une réponse au sens de la vie. Alors s’éveillera dans l’humanité un besoin profond de trouver une réponse au-delà de ce monde. Le désir de découvrir la raison de la souffrance humaine et le but de leur vie, les gens arriveront en fin de compte à la sagesse de la Kabbale. Il est également écrit, qu’avant cela, tout le monde s’intéresserait à différentes sagesses jusqu’à ce que l’homme parvienne à une analyse complète de lui-même.

Yochi Brandes : C’est vrai, nous voyons que l’intérêt ne se porte pas uniquement sur la Kabbale, mais également sur le bouddhisme et sur différentes sagesses spirituelles.

Rav Laitman: Tout cet intérêt n’est que provisoire. Les gens progressivement découvriront en eux qu’ils n’obtiennent pas de réponses satisfaisantes et comme vous l’avez dit au début de notre discussion, de plus de plus gens le découvrent de nos jours.

Yochi Brandes : Tout le monde peut la comprendre ?

Rav Laitman: Tout le monde en est capable.

Yochi Brandes : Disons que j’étudie la Kabbale depuis un mois. Que vais-je ressentir que je ne ressentais pas avant ?

Rav Laitman: Je ne sais pas si après un mois, vous serez capable d’exprimer cela par des mots, mais après six mois, un an, cela vous sera très clair.

Yochi Brandes : Que ressentirai-je ?

Rav Laitman: Vous commencerez à ressentir que vous comprenez mieux le monde dans lequel vous vivez, plus en profondeur, et quelle est la meilleure attitude à son égard, s’il existe un libre choix, et où il se trouve précisément. Même si vous ne pourrez pas encore nécessairement le réaliser concrètement, vous comprendrez sous quelle forme il est possible de pénétrer au-delà de l’image de ce monde et ressentir les forces qui le dirigent et le manœuvrent.

Yochi Brandes : La question est, est-ce que cela me donnera des instruments pour prévoir l’avenir ou faire quelque chose allant à l’encontre des lois de la nature ?

Rav Laitman: Non, l’homme ne peut pas agir contre les lois de la nature.

Yochi Brandes : Croyez-vous aux miracles ?

Rav Laitman: Non. Car le monde supérieur que découvre l’homme est la nature elle même. En guématrie[Ajouter en note de bas de page : Guématrie – rapprochement établit entre deux en mots ayant la même valeur numérique], « Elohim » équivaut à « la nature », c’est-à-dire, la force supérieure est la véritable nature. Le problème est que nous ne saisissons que notre propre nature, soit une dimension ridiculement petite appelée « notre monde », l’univers dans lequel nous vivons. Cependant il existe au dessus de lui une nature plus élevée, que nous ne prenons pas en compte et c’est pourquoi nous ne savons pas l’avenir, ni pourquoi nous vivons ni la raison à tout ce qui nous arrive.

Lorsque l’homme ne comprend pas le système général dans lequel il vit, il considère certains phénomènes comme des miracles. Qu’est-ce qu’un miracle ? Un miracle c’est ce qui nous appelons « au-delà de la nature ». Imaginez-vous qu’un homme moins développé vienne vous voir, disons un homme des cavernes, dans notre vie présente. Pour lui chaque instant serait un miracle. Un avion serait un miracle, car c’est quelque chose qui existe en dehors de sa compréhension de la loi sur la gravité. Une ampoule allumée est un miracle, il se tromperait complètement en pensant que nous sommes des hommes de Dieu.

Je veux dire par là, que l’homme qui ne connaît pas les lois de la réalité et qui voit des phénomènes qui sont contraires à tout ce qu’il connaît, pour lui c’est un miracle. Alors que pour un homme qui étudie et connaît les lois, toute la réalité, et qui voit pourquoi toutes les choses s’organisent dans la nature générale alors il se comporte en conformité aux dites lois du système. Tout ce qu’il faut faire est d’étudier les lois qui régissent le système dans lequel nous vivons.

Yochi Brandes : Vous êtes kabbaliste, mais d’après vos propos j’ai le sentiment que le miracle de la traversée de la Mer rouge, il est préférable de l’expliquer comme Maimonide qui était un grand rationaliste du judaïsme et non l’accepter comme tel.

Rav Laitman: Premièrement, j’expliquerai le miracle de la traversée de la Mer Rouge dans sa forme spirituelle. Il faut comprendre que toute la Torah parle des états spirituels que traverse l’homme, pour percevoir la force supérieure. La Torah est une description du chemin spirituel de l’homme et tous les noms et les gens figurant dans la Torah sont des forces qui existent en l’homme et qui se dévoilent à lui lors de son progrès dans les états spirituels. La Torah ne parle pas de l’histoire de ce monde.

Deuxièmement, il n’y a pas de miracle. Comme je l’ai dit, ce qui nous parait comme un miracle, découle du fait d’une absence de connaissance. Pour un homme des cavernes, l’électricité et la télévision sont des miracles.

Yochi Brandes : Revenons au sujet d’origine, la Kabbale donne-t-elle l’homme d’avantage de contrôle sur sa vie ?

Rav Laitman: L’homme acquiert la maîtrise de sa vie s’il apprend comment il peut prendre en main les rênes. L’homme ne sait pas comment il vit, ni pourquoi il agit d’une façon ou d’une autre. A chaque instant se réveillent en lui des désirs, des sentiments, des pensées, qui ne dépendent pas de lui, et l’homme se contente de les exprimer. Il est obligé de les réaliser et il lui semble que ces désirs sont les siens, mais en fait, ce n’est pas le cas.

En fait l’homme ne sait pas à l’avance à quoi il va penser, ce qu’il ressentira, voudra l’instant d’après. Il ne sait pas ce qui va apparaître en lui, dans sa tête et dans son cœur. Ce n’est pas lui qui fixe comment sa vie se déroulera. Cela signifie que si l’homme agit en fonction de ce qui se révèle en lui, de ses sentiments, de sa compréhension du monde et de lui même, et il n’a pas de libre choix, tout apparaît sans qu’il ait la moindre liberté, et il n’est pas responsable de ce qui s’éveille en lui. Pour être libre, il lui faudrait décider quels désirs apparaissent en lui.

Ceci se produit lorsque l’homme pénètre dans le monde spirituel, là se trouvent toutes les forces qui régissent notre monde et l’homme apprend comment s’en servir harmonieusement. En fonction de sa connaissance du monde spirituel, il influence et gère sa vie.

Yochi Brandes : Je crains de ne pas être vraiment d’accord avec vous. Je pense que j’ai un libre choix.

Rav Laitman: Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ?

Yochi Brandes : Je sens qu’à chaque instant se tient devant moi plusieurs options, et j’en choisis une.

Rav Laitman: Et d’après quoi choisissez-vous ?

Yochi Brandes : D’après mes valeurs et ma morale, mon caractère, mes attributs.

Rav Laitman: D’où viennent-ils ?

Yochi Brandes : Une partie est en moi depuis ma naissance et une autre je les ai développées avec les années.

Rav Laitman: Premièrement, les choses avec lesquelles vous êtes nées, vous ne les avez pas choisis, vous êtes simplement nées avec des attributs et caractéristiques sans que personne ne vous ait demandé votre avis. Quant aux choses que vous dites avoir développées, vous l’avez fait dans l’environnement dans lequel vous avez grandi. Quelqu’un vous a-t-il demandé où vouliez vous grandir comme enfant ? Dans quelle famille ? Dans quel jardin d’enfant ? Dans quelle école ? Et c’est pourquoi vous ne choisissez pas non plus les valeurs que vous avez reçues de votre environnement.

Yochi Brandes : Non, Rav Laitman, je suis désolée mais vous ne m’enlèverez pas mon libre choix. Vous annulez mon libre choix car vous voulez affirmer que le libre choix n’existe que dans la Kabbale ?

Rav Laitman: Non, il n’y a pas de choix non plus dans la Kabbale, mais au lieu de vivre dans l’illusion d’un choix, ne vaut-il pas mieux découvrir sur quoi je peux réellement agir. La Kabbale ne donne pas à l’homme un ticket qui lui octroi un libre arbitre, mais le libre choix ne peut exister que si l’homme se trouve au dessus de lui-même, de sa nature.

Yochi Brandes : Que voulez-vous dire par au dessus de sa nature ?

Rav Laitman: Tant que vous vous trouvez dans le corps, dans ce que vous êtes, comment pouvez vous agir sur vous et choisir ? L’homme qui ne sort pas de ses limites, ne s’élève pas à un degré supérieur ; comment peut-il influer sur son niveau actuel ?

Yochi Brandes : Je peux dire la même chose sur vous. Dire que dans tous vos actes, il n’y a pas de libre choix, car vous êtes programmés, on vous a inculqué le mot « Kabbale, Kabbale, Kabbale ». Pourquoi dites-vous que vous avez un libre choix et pas moi ?

Rav Laitman: Tout d’abord, moi non plus je ne l’ai pas.

Yochi Brandes : Vous non plus ?!! Alors en quoi êtes-vous mieux que moi Rav Laitman ?

Rav Laitman: L’avantage est que l’homme s’élève au dessus de ce monde et le voit d’en haut, il connaît la nature qui détermine tout ce qui est fait dans ce monde. Il pénètre une deuxième nature, la nature supérieure, et là aussi il n’est pas libre.

Il n’est pas écrit en vain « il n’y a rien hormis Lui ». Cela signifie que nous devons découvrir qu’il n’existe qu’une force, qui régit et opère tout et l’homme n’a pas le choix. Qu’il se trouve dans ce monde et ressent la réalité avec ces cinq sens, ou qu’il la ressente avec le sixième sens, il est entièrement opéré d’en haut.

L’intérêt est que l’homme qui se trouve également dans le sixième sens et ressent la force supérieure, voit déjà pourquoi et comment le mettre en œuvre, et alors il choisit d’aller avec cette force, car il ressent combien c’est juste et bien. Le choix de l’homme est dans ceci – en voyant ce qui est fait et qu’il est d’accord et par ceci il devient comme libre.

Yochi Brandes : « Comme » libre. C’est juste une illusion de liberté.

Rav Laitman: Ce n’est pas une illusion. L’homme découvre les lois de la réalité et il comprend que c’est souhaitable, il est d’accord avec celles-ci et ne s’y oppose pas. Il est prêt à se joindre à elles. La question de la liberté est fondamentale. Alors je vous demande : comment décrivez- vous le libre arbitre de l’homme ? Qu’est ce qu’être libre ? Libre de quoi ?

Yochi Brandes : Le libre choix c’est la partie centrale de ce que je crois. Et c’est pourquoi je lutte tellement pour lui. Je crois dans le bien et le mal et dans la récompense et la punition.

Rav Laitman: « Bien et mal », « récompense et punition », basé sur quel principe ?

Yochi Brandes : Je crois que bien que l’homme naisse avec certains attributs et dans un certain environnement, son libre choix n’est pas absolu, mais restreint, mais il a cependant une possibilité dont ne disposent pas les autres créations, de choisir à chaque instant entre X et Y.

Rav Laitman: Sur quoi se base-t-il pour choisir ? Sur la base de choses qui se trouvent déjà en lui. Ce n’est pas lui qui les a programmé, ni qui les satisfait. L’homme nait vide, il a les outils dont il a hérité à sa naissance, puis il grandit et ces outils seront alors définis par la société, par l’environnement dans lequel il se trouve.

En grandissant, il continue et se comporte selon l’éducation qu’il a reçu, mais à chaque fois, la chose se passe dans une société qui lui ajoute encore un savoir, des données etc. alors qu’appelle-t-on « libre » ? Une absence de données ? Car s’il y a des données, elles ne sont pas celles de l’homme, et elles sont fixées sans l’c’est-à-dire, l’homme ne sait pas comment recevoir toutes ces informations, et c’est pourquoi il lui semble qu’il est libre.

Yochi Brandes : Si nous partons de l’hypothèse que le libre choix n’existe pas, alors la récompense/punition a-t-elle vraiment un sens ? Le bien et mal existent-ils ?

Rav Laitman: Aucune signification. Notre monde s’appelle dans la Kabbale « le monde imaginaire », c’est-à-dire, ce n’est pas une illusion dans laquelle nous nous trouvons, mais c’est une illusion que nous vivons et agissons et que nous contrôlons et comprenons. Il n’est pas écrit pour rien dans les Proverbes (21 ; 1) « le cœur du roi est entre les mains de Dieu », même les gens qui apparemment dirigent le monde, en fait ne font rien.

Yochi Brandes : C’est-à-dire, également nos dirigeants ?

Rav Laitman: Evidemment, manipulés d’en haut.

Yochi Brandes : S’il n’y a pas de libre choix, selon quoi une personne est considérée comme « juste » ou « innocent » ?

Rav Laitman: Il s’agit de calcul avec les âmes générales, la façon dont l’âme doit monter à sa racine, au cours de toutes ses réincarnations et générations, c’est-à-dire, tout dépend de la racine de l’âme, d’où elle vient. Chaque âme a sa propre racine, et notre origine est l’âme collective, appelée « Adam haRishon ».

Yochi Brandes : L’âme dispose t elle du libre choix ?

Rav Laitman: L’âme a bien sûr un libre choix, mais elle ne peut le réaliser que si elle s’élève au degré où elle peut se contrôler. D’après la nature générale un niveau a été fixé auquel l’homme sait comment se contrôler et s’activer correctement. Nous traversons au cours de notre vie actuelle et au cours de toutes les incarnations de l’âme un développement général suivant cette même force supérieure. L’humanité progressivement évolue vers la situation où l’homme en particulier et l’humanité en général commencent à se demander « pour quoi vivons-nous ? », « qu’avons-nous fait jusqu’à présent ? » et « où sommes-nous arrivés ? ».

Ils commencent à comprendre que tout le développement, que nous avons connu au cours des milliers d’années et ce jusqu’à nos jours, n’est pas correct apparemment, et alors ils essayent de trouver des réponses. C’est la raison pour laquelle tant de personnes sont attirées actuellement par la sagesse de la Kabbale. Ce processus est encore au stade de clarification mais nous voyons pourquoi il progresse à chaque instant.

Yochi Brandes : Rav Laitman vous semblez vivre ce dont vous parlez, ce que je respecte, mais plus je vous écoute plus il semble que la Kabbale soit le remède à tous les maux du monde, c’est vraiment ainsi ?

Rav Laitman: Sans aucun doute, si nous comprenions les lois qui régissent ce monde, alors nous pourrions comprendre comment les mettre en œuvre. Dans ce monde il existe un exemple simple et clair. Si vous ne comprenez pas la force de la gravité ni ne la connaissez, alors vous souffrirez beaucoup. Peu importe combien de fois vous sauterez du haut de la montagne, vous tomberez toujours. C’est une loi de la nature. Si vous connaissez cette loi et agissez en conformité, alors vous vous éviterez bien des problèmes et vous pourrez également développer des récipients conformément à cette évidente loi de la nature qui vous aidera même à voler, c’est-à-dire même allez à l’encontre de la loi.

Seule dans la connaissance est cachée la possibilité de grandir et d’avancer. C’est la même chose avec le système des forces qui régissent ce monde, si seulement nous les connaissions, nous pourrions mettre un terme à toutes les souffrances et davantage même, nous apprendrions à « voler », nous arriverions à de nouveaux horizons dans notre perception de la réalité. Je suis donc confiant et certain que toute l’humanité découvrira cela ces prochaines années.

Numéro de juillet 2008

One Response to “Ô Liberté !”

  1. Anonyme on août 5th, 2008 at 5:07

    C’est fabuleux….claire et limpide.
    Le Rav Laitman a les mots justes, c’est tellement évident. Et l’humanité est effectivement en train de se réveiller et de se poser les bonnes questions.
    Merci à vous

    CBA

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