Yéhouda Ashlag
Durant la première moitié du 20ème siècle, vécu en Israël un personnage peu commun. Contemporain et ami du Rav A. Kook, le Baal HaSoulam fut un des kabbalistes les plus prolifiques de notre temps. Il laissa derrière lui une oeuvre immense. Son but : diffuser la méthode de l’amour de l’autre.
Pologne, 1921. La tempête souffle à l’extérieur, mais au sein de la maison de la famille Ashlag, tout le monde est silencieux. Le Baal HaSoulam rentre du trajet habituel de chez son maître, cependant cette fois-ci, il semble plus préoccupé que jamais.
Il pose son sac de voyage dans le coin de la pièce et s’assoit sur le canapé, fermé sur lui-même, aucun mot ne sort de sa bouche. Dans quelques heures il annoncera à sa famille : « Nous sommes au seuil d’une nouvelle période. J’ai reçu de mon maître tout ce que je pouvais, il ne m’est plus possible de rester en Pologne, le temps est venu de partir en Israël. »
Le Baal HaSoulam, le RavYéhouda Ashlag (1884-1954), était un des plus grands kabbalistes dans toute l’histoire de l’humanité. Son œuvre la plus importante est d’avoir ouvert la sagesse de la Kabbale dans ses ouvrages, en la rendant accessible au plus grand nombre.
«J’ai grand besoin de briser le mur de fer qui se trouve entre nous et la sagesse de la Kabbale» écrit le Baal HaSoulam. De fait, il fut le premier à traduire et à commenter entièrement le Livre du Zohar, il fut le premier à expliquer les écrits du Ari, le premier qui rendit cette sagesse antique accessible à tout individu Il fut également le premier qui publia un journal kabbalistique et le diffusa à un large public. Dans son cœur vibrait une inquiétude quant à l’avenir de l’humanité qui le guida sans cesse tout au long de sa vie.
Son oeuvre
Le Baal HaSoulam vécut à Londres de 1926 à 1928, période pendant laquelle il écrivit les commentaires Panim Meirot ve Panim Masbirot sur l’Arbre de Vie du Ari et publié en 1927. Parallèlement, il entretint une importante correspondance avec ses étudiants qui fut publiée un peu plus tard sous le titre Pri Hacham (le Fruit d’un Sage). En 1933, il publia les traités de Matan Torah (le Don de la Torah), Arvout (la Garantie Mutuelle) et HaShalom (La Paix).
Ses deux travaux principaux, fruits de longues années de labeur, sont le Talmud Esser Sefirot (Etude des dix Sefirot), basé sur les écrits du Ari et Le Soulam (L’Echelle), commentairedu Livre du Zohar. La publication des 6 tomes du Talmud Esser Sefirot débuta en 1937. En 1940, fut publié son livre Beit Shaar HaKavanot (Le Seuil des Intentions), contenant des commentaires sur des écrits choisis du Ari. Le commentaire du Soulam du Livre du Zohar fut publié en 18 volumes entre 1945 et 1953. Un peu plus tard, le Baal HaSoulam écrivit trois volumes supplémentaires dans lesquels il commenta Le Nouveau Zohar. La publication de son dernier commentaire fut achevée après son décès, en 1955.
Voici ce qu’il écrivit dans son Introduction au Livre du Zohar (point 58); «Mon commentaire s’intitule Le Soulam (L’échelle) pour montrer l’analogie entre ce dernier et n’importe quelle échelle: si vous disposez d’un grenier rempli de bonnes choses, vous n’avez besoin que d’une échelle pour y accéder et vous aurez toute l’abondance du monde entre vos mains.»
Le Baal HaSoulam rédigea une série d’introductions qui préparent l’étudiant à étudier correctement les écrits de la Kabbale et qui expliquent la marche à suivre pour l’étude. Celle-ci inclut La Préface au Livre du Zohar, Introduction au Livre du Zohar, la Préface à la Sagesse de la Kabbale, la Préface au commentaire du Soulam. Une préface générale à l’Arbre de Vie, une Introduction au Talmud des dix Sefirot.
En 1940, le Baal HaSoulam publia un journal qu’il appela La Nation.
Les Écrits de la dernière génération qu’il écrivit sur la fin de sa vie, est une analyse de différentes doctrines de gouvernement et un descriptif d’un plan détaillé aidant à la construction de la société future réparée.
Fin des années quarante – dans la demeure de David Ben Gourion au 17 Avenue du Fond National Juif, Tel-Aviv – Huit heures du soir. « Le président provisoire du peuple» semble captivé à l’écoute des propos de l’homme assis en face de lui. En se rapprochant nous pourrions presque les entendre discuter: «David», lui dit avec émotion le même homme, «nous pouvons construire ici un état indépendant et heureux uniquement si nous savons attiser à nouveau l’amour naturel endormis en chacun de nous… » Il poursuit : «Nous devons nous soucier de cela, et lorsque sera instauré ici un état, chacun se préoccupera d’autrui. Ce n’est que de cette façon que nous aurons un fondement naturel et sûr pour se construire et pour continuer notre vie en tant que nation… »
David Ben Gourion a plusieurs fois mentionné qu’il avait rencontré le Baal HaSoulam pour s’entretenir avec lui de Kabbale et de l’avenir du pays. De nombreuses fois, le Baal HaSoulam l’a étonné avec ses opinions révolutionnaires.
Que lui dit le Baal HaSoulam, et pourquoi Ben Gourion s’est-il autant intéressé à ses propos ?
Le Baal HaSoulam connaissait l’essence intérieure de l’homme. Il savait que le peuple d’Israël ne pouvait progresser qu’en se fondant sur la loi spirituelle de l’amour du prochain. Lors de ses rencontres avec Ben Gourion il lui répétait et insistait : « pour réussir dans notre mission commune et construire ici une société heureuse, nous devons réveiller en nous l’étincelle de l’amour du prochain, sinon, tôt ou tard, nous n’aurons plus de fondement commun »
Ben Gourion ne fut pas le seul avec qui le Baal HaSoulam s’entretint, il rencontra tous les dirigeants des implantations de l’époque : Moshé Sharet et Zalman Shazar, Moshé Aram et Haïm Arlozorov. Les différences de mentalités et d’appartenance religieuse ne le dérangeaient pas, il ne souciait que d’une seule chose : le devenir des générations qui le suivrait.
«Je suis heureux d’être né à cette génération, dans laquelle il est déjà possible de diffuser la sagesse de la vérité» (Baal HaSoulam, De l’Essence de la sagesse de la Kabbale).
Le Baal HaSoulam ne s’est pas contenté de rencontrer les dirigeants des implantations, dès l’instant où il arrivé en Israël, il consacra tout son temps à la diffusion de la méthode de souci de l’autre. Déjà en 1933, il décida de publier une série d’articles traçant le chemin pour une véritable union entre les hommes.
«Le Temps d’Agir» est le premier article et son titre indique plus que jamais, sa concrète intention : le temps est venu d’ouvrir la sagesse de la Kabbale à notre génération. La série d’articles n’était que le premier maillon d’une longue chaîne, le Baal HaSoulam a également expliqué les écrits du Ari, dans son ouvrage l’ Etude des dix Sefirot, offrant ainsi une approche systématisée de l’œuvre monumentale du Rabbi Isaac Louria (Le Ari).
Un journal fait par amour
Le 5 juin 1940, le Baal HaSoulam décida de franchir une étape décisive. Il réunit les idées les plus centrales de la Kabbale et les rédigea dans un langage simple et imprime le premier journal de Kabbale de l’histoire : le journal « La Nation ». Dans ce journal, le Baal HaSoulam s’adresse au peuple avec un seul message : la nécessité de nous unir.
Malheureusement, les opposants à la sagesse de la Kabbale et au message qu’il s’efforça de diffuser, demandèrent au gouvernement britannique que le journal soit fermé. Ainsi après une seule parution, ce fut chose faite.
Cependant le Baal HaSoulam ne s’émut pas de la tentative et il décida d’entreprendre la rédaction de ce qui sera l’œuvre de sa vie : le commentaire du Soulam (l’échelle) du Livre du Zohar.
Tel-Aviv, dans un bâtiment délabré, presque en ruine. Le Baal HaSoulam a presque soixante dix ans. De longues heures, il est penché sur la vieille presse et met en ordre les lettres pour l’imprimerie avec le peu de forces qu’il lui reste. Le plomb des lettres a déjà endommagé sa santé, cependant il n’est pas désespéré, au contraire il sourit, se redresse, prend une longue bouffée d’air et continue sa tâche…
Deux infarctus successifs l’ont presque immobilisé. Il se lève très difficilement, ignore les instructions des médecins et continue à écrire. Il travaille dix huit heures tous les jours. Lorsqu’il s’endort, sa femme lui ôte de sa main crispée en raison de l’arthrose, le crayon de papier. Il mobilise ses dernières forces pour remplir la mission qu’il s’est fixé ; lettre après lettre, il ordonne, prépare le livre du Zohar pour l’imprimerie. Les tasses de café se succèdent, il est obligé de rester éveillé et de finir son travail.
Shlomo Shoham, criminologue et lauréat du Prix Israël, au début des années 50, entreprit un jour de rendre visite au kabbaliste Yéhouda Ashlag. A l’époque Ashlag essayait d’imprimer « HaSoulam». A chaque fois qu’il récoltait un peu d’argent, en provenance de petites donations, il imprimait des parties de son commentaire. «Je l’ai trouvé dans une habitation délabrée, presque en ruine, abritant une vieille presse à imprimer. Ne pouvant pas se permettre de payer un typographe, il faisait lui même la composition, caractère par caractère, restant devant sa machine pendant des heures, bien qu’il fut proche de la fin de la soixantaine. Ashlag était visiblement un Tzadik, un homme humble avec un visage rayonnant, mais il était un personnage marginal et très pauvre. J’ai su plus tard qu’il avait passé tellement d’heures à composer que le plomb des caractères lui avait endommagé sa santé.»
Seulement 60 ans après son décès, il commence à être connu et reconnu par le monde académique. Aujourd’hui, la plupart des études contemporaines de la Kabbale, ainsi que l’approche des différentes sources de la Kabbale sont possibles grâce à son travail monumental.
Depuis quelques années, son enseignement attire l’attention de centaines de milliers de personnes à travers le monde, qui étudient et recherchent son enseignement dans de nombreuses langues. Le Baal HaSoulam mourut en 1954, et son fils aîné, le Rav Baruch Shalom Ashlag, continua son chemin.

S’il vous plaît, je vous demande de m’envoyer quelques nouveaux articles sur la Kabbale ou me dire où les trouver à l’internet. Merci d’avance. Rita Haiat -Brésil