Kabbale dans le monde

 
 

Jerusalem Post

La solution se trouve dans la Kabbale

 

De Ruthie Blum

Le rav Michaël Laitman n'est pas un rabbin dans le sens conventionnel du terme bien qu'il dispose ce que certains peuvent appeler une très large tribune, et ceci grâce à  la combinaison de la synchronisation d'une époque et de technologie. Il n'y a rien de plus puissant qu'une idée arrivée à maturité, particulièrement à l'âge d'Internet et des paraboles.

Dans notre cas, «l'idée» est la Kabbale- une mystique juive- un mode de vie qui a conquis les cœurs et les esprits de personnes en quête de spiritualité dans le monde et notamment de certaines stars hollywoodiennes non juives et parmi les juifs laïques fixant la tendance «branchée» de Tel Aviv.

Michaël Laitman un immigrant de longue date en provenance de l'ancienne Union soviétique est titulaire d'un doctorat en philosophie, d'une maîtrise de médecine cybernétique et  est professeur d'ontologie. Il est devenu célèbre en Israël et à l'étranger en dispensant l'enseignement de l'éminent kabbaliste, le rav Barouch Ashlag, fils de Yehouda Ashlag, auteur du Commentaire de l'échelle du Zohar.

Le bureau de Michaël Laitman  à L'institut de recherche et d'enseignement de la Kabbale Bné Barouch, dont il est le fondateur et président, se trouve dans un bâtiment vétuste de la zone industrielle de Peta'h Tikva. C'est une petite pièce située à la fin d'un dédale de pis-aller où se trouvent pêle-mêle, la salle d'étude, les «studios d'enregistrement» de haute technologie, et des équipements audiovisuels alignés du sol au plafond. Tout est géré par des dizaines de volontaires qui téléchargent, mettent à jour leur site Internet, saisissent, transcrivent et traduisent les cours de Michaël Laitman et trente livres (dont 10 sont en anglais) en neuf langues.

Bien que la philosophie de Michaël Laitman- qu'il décrit dans ses livres comme une «méthode scientifique»- ne soit pas limitée aux Juifs ou à une quelconque tendance religieuse, tous les hommes rencontrés au centre de Bné Barouch portent la Kippa, ainsi que Laitman, considéré par ses étudiants comme «le rav».

Après une chaleureuse poignée de main et l'invitation de m'asseoir face à lui devant son bureau, le rav se détend une heure durant dans un entretien donné avec aisance. Il parle couramment hébreu avec un accent russe et pour qui répéter les mêmes réponses aux mêmes questions, fait partie de sa mission: amener le plus possible de personnes à étudier la Kabbale dont la finalité est de parvenir à la réparation finale par une illumination intérieure.

Sa politesse, son regard captivant et pénétrant trahissent par moment une impatience comme s'il était frustré par l'incapacité de celui qui l'écoute à saisir en un instant l'essence de la Kabbale pour laquelle il a passé la meilleure partie de ses trente dernières années à s'y immerger et  à la promouvoir. Mais cette impatience ressemble à celle d'un professeur attentionné, déterminé à conduire un élève prisé vers de nouveaux sommets. C'est peut être en cela que réside un autre secret de la popularité de Michaël Laitman.

Quel est le point de vue de la Kabbale de la situation en Israël, après la guerre au Liban et la menace iranienne ?

La Kabbale ne traite pas de ces sujets. Elle enseigne la loi générale qui régit le peuple juif, - loi à laquelle nous n'obéissons pas vraiment. Nous sommes les élus pour conduire le monde à la perfection- pour être la lumière des nations. Moïse a offert la Torah à tous les peuples mais seuls les Juifs l'ont accepté. Malheureusement, en même temps nous n'avons pas rempli notre rôle.

Selon le Livre du Zohar, tous les problèmes mondiaux découlent de cela. La situation actuelle dans monde est vraiment préoccupante et incertaine à tous les niveaux : terrorisme, toxicomanie, crise familiale et baisse de l'éducation.

Nous voyons d'une part que les gens sont de plus en plus reliés entre eux grâce à la globalisation et d'autre part, que les individus ne parviennent même pas à avoir des relations avec leur propre famille ou avec eux mêmes à cause de leur égoïsme.

Cette division nous a conduit à un triste état. C'est ici selon le Zohar que la réparation ou Tikoun (réparation du mal dans le monde) doit apparaître. Ce concept n'est pas nouveau. Il est apparu en Mésopotamie après la destruction de la Tour de Babel, considérée comme le premier incident de l'humanité dont le but égoïste était de bâtir cette tour par orgueil et exercer un contrôle. C'est alors que la Kabbale a été révélée à Abraham, qui a essayé de réparer l'état égoïste dans lequel se trouvait l'humanité. Il n'y est pas parvenu et l'humanité a commencé un processus de développement égoïste, qui nous a conduit de nos jours à une voie sans issue, une nouvelle quête et la nécessité de la sagesse de la Kabbale.

Vous dites que le peuple juif n'a pas rempli son rôle qui est d'être une lumière pour les nations. Croyez-vous que cela soit la cause de l'antisémitisme?

Effectivement. Le monde inconsciemment ressent que nous détenons la clé de son bonheur, que nous sommes responsables de son mal-être. C'est une accusation sous entendue pour nous dire que nous ne faisons rien pour rendre ce monde plus agréable à vivre.

Vous n'étiez donc pas surpris par la guerre au Liban?

Pas le moins du monde. Chaque jour, notre situation empire. Que pensions nous pouvoir réparer en faisant la guerre? Les missiles ont continué de tomber dans le nord, après être entrés en guerre. Nous n'avons rien réparé.

Pouvons-nous dire que «nous n'avons rien réparé» car le gouvernement Olmert-Peretz n'a pas su mener correctement la guerre?

Quelle différence cela fait il si c'est Ehoud Olmert ou quelqu'un d'autre dans le bureau du Premier Ministre? Nous avons vu encore et encore que les politiciens ne contribuent pas à la réparation.

Sachez que tout ce qui se produit a une raison, y compris le terrorisme et la guerre. Il existe un grand plan qui veut conduire l'humanité à un mode de vie radicalement différent- une vie spirituelle et sereine. Si nous ne l'implantons pas avec l'aide de la Kabbale, le chemin emprunté pour y arriver, sera bien plus douloureux.

S'il existe un «grand plan» qui n'a pas été mis en oeuvre jusqu'à présent, sur quoi vous basez-vous pour supposer qu'il le sera?

Il le doit car toute la nature fonctionne correctement en dehors de l'humanité, qui ne sait pas trouver un équilibre ou vivre en harmonie avec elle même et avec la nature. Cela ressemble au corps humain dont chaque cellule est égoïste mais fonctionne pourtant de manière altruiste. Lorsque les cellules agissent égoïstement elles deviennent cancéreuses. L'humanité en ce moment fonctionne comme le cancer. Nous n'avons pas d'autre choix que de changer d'où l'arrivée de la Kabbale.

Pourquoi pas la Torah?

C'est la même chose.

La Torah et la Kabbale sont identiques?

Oui, cependant lorsque nous parlons de la Torah, nous pensons habituellement au livre et aux mitzvot (les bonnes actions), et non à la vraie réparation (Tikoun) du cœur.

Est-il possible de procéder à la «réparation du cœur» sans respecter les mitzvot?

Il est écrit que la réparation doit s'effectuer dans le monde entier. Cela n'implique pas pour autant que les Italiens ou les Chinois par exemple doivent mettre les tefillin (phylactères).

La vraie finalité du respect des mitzvot est de nous aider à corriger notre ego- pour changer de l'intérieur. Mais le fait d'exécuter simplement des actions produit l'effet inverse: un accroissement de l'orgueil.

N'est-ce pas en contradiction avec la Torah, qui dit «Naassé Vé Nichma» (nous respectons les mitzvot et l'illumination nous accompagne)?

Nous ne parlons pas d'un concept aussi simpliste, il doit être accompagné d'une réparation intrinsèque.

Après tout, qu'est ce qu'une mitzva? C'est la réparation d'un désir.

Pouvez-vous donner un exemple de la réparation d'un désir ?

Tout désir en nous ayant pour but le bien d'autrui est une mitzva.

Si le désir d'aider autrui est également autogratifiant est-il aussi une mitzva?

Non c'est de l'égoïsme.

Qu'en est-il pour des personnages comme Mozart? Sans l'égoïsme de ses parents il n'aurait jamais écrit une telle musique, sans eux, l'humanité n'aurait jamais eu le plaisir d'entendre sa musique. Autrement dit, si nous renonçons à l'égoïsme, ne renonçons nous pas également à d'autres choses?

Renoncer à l'égoïsme ne signifie pas renoncer au désir. Il convient de se servir du désir avec altruisme, pour le bien d'autrui. Vous ne supprimez pas le désir, vous l'orienter différemment. Telle est la différence entre la Kabbale et les autres formes de mysticisme. Donc Mozart peut rester Mozart.

Quelle est la différence avec le bouddhisme ?

Le bouddhisme diminue l'ego, en mangeant moins, buvant moins, parlant moins etc. Alors que la Kabbale parle d'orienter son ego correctement et non pas de l'abaisser.

Au contraire, pour parvenir à la paix intérieure nous avons besoin de notre ego. L'idée est de parvenir à harmoniser les différentes fonctions du corps et de l'humanité et non pas de les éradiquer. La Kabbale accepte toutes les facettes d'une personne et ne requiert qu'une prise conscience.

Si le but est la réparation (Tikoun) pourquoi s'appelle t-elle la Kabbale (réception, acceptation)?

Parce que le corps humain est un récipient qui a besoin d'être réparé pour fonctionner entièrement.

Comment procéder à la réparation du récipient  ?Si nous empruntons votre analogie du cancer, lorsqu'une personne est atteinte d'un cancer elle fait de la chimiothérapie, mais que faire pour soigner la maladie dont vous parlez ?

Etudier la Kabbale vous aide à comprendre que toute l'humanité n'est qu'un petit «village» et que nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Deux choix s'offrent à nous: soit de façon consciente nous arrivons par l'étude à cette compréhension, soit nous empruntons un chemin difficile parsemé de souffrances

Mais vous venez de dire que la souffrance est ce qui nous conduit à rechercher le sens de la vie, comme de comprendre que  l'Holocauste était à l'origine peut-être de la création de l'Etat d'Israël?

L'Holocauste a donné aux Juifs l'opportunité de s'enfuir en Israël et de commencer le processus de réparation. Or nous ne le faisons pas. Nous n'aimons pas autrui comme nous-mêmes.

Comment quelqu'un peut-il aimer son prochain comme lui-même s'il ne s'aime pas lui-même ?

Il n'existe aucune personne qui ne s'aime pas. Aucune action entreprise par une personne ne se fait sans plaisir personnel.

Cela inclut-il ceux qui s'engagent dans des comportements autodestructifs, tel la drogue ou l'alcoolisme?

Une personne prend des drogues pour son plaisir personnel.

Comment une personne peut-elle savoir si elle est parvenue à se corriger intérieurement?

Elle le voit et le sent immédiatement. Nous vivons dans une bulle appelé «ce monde». Quand nous réalisons une réparation nous en percevons une sphère plus grande.

Lors de la guerre, nous avons vu à la télévision un gentil grand père de 105 ans de Kiryat Shmona se promenant alors que les roquettes tombaient. Il semblait être illuminé sans pour autant avoir étudié la Kabbale.

Cet homme est l'exemple type d'une personne avec un petit ego. Si ce dernier  grandissait il se sentirait malheureux, dépourvu de tout comme s'il n'avait plus rien. Plus l'ego est développé en l'homme, plus il ressent  privation et  spoliation, ce qui le conduit à la dépression.

Etes-vous en train de dire que l'étude de la Kabbale peut guérir la dépression ?

Il n'existe aucune maladie ni aucune souffrance qui ne soient pas soignées lors de l'ascension spirituelle.

Est-ce que n'importe qui peut entreprendre une telle ascension ?

Oui, et tout le monde le fera selon le Livre du Zohar.

Qu'est-ce qui conduit une personne à faire ce genre de réparation?

La répétition et l'accumulation d'épreuves difficiles.

Qu'est-ce qui vous a mené à cette quête?

La question sur le sens de la vie m'a toujours préoccupé. Lorsque j'ai terminé ma maîtrise en médecine cybernétique à l'université, je n'avais toujours pas élucidé ce mystère, alors j'ai décidé de continuer ma quête. Celle-ci s'est arrêtée lorsque j'ai découvert la Kabbale, quelques années après mon alya.

Votre recherche sur le sens de la vie est-elle liée à votre décision de faire votre alya?

Certainement. Nous ne connaissons pas les raisons qui nous font déménager d'un endroit vers un autre. Nous ne voyons pas la répartition des forces existantes. C'est pourquoi nous aimons croire que c'est notre désir qui nous guide, mais cela relève d'un champ de désir bien plus grand.

Que pensez-vous de l'engouement actuel pour la Kabbale et sa popularisation par des vedettes telle que Madonna?

Vu l'état actuel du monde, cela n'a rien de surprenant que de telles personnes commencent une recherche intérieure. Dans le fond, c'est un développement positif.

 
 
 
 
 

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