Regard Intérieur

CHAPITRE 1

Rav Michaël Laitman

(Commentaires sur le «Talmud Esser HaSefirot T1 - Histaklout pnimit » Baal HaSoulam)

 

«Sache qu'avant la création, seule existait la lumière supérieure qui, simple et infinie, emplissait tout».

C'est ainsi que commence l'œuvre de base de la Cabale, «L'Arbre de Vie», du ARI. Je cite ce texte sous forme de vers au début de mon premier livre. Qu'emplissait la lumière si rien n'avait encore été créé? Cela signifie-t-il que quelque chose avait été créée?

Le Baal HaSoulam nous dit qu'il faut donner des explications à ce texte. Comment se peut-il qu'avant que ne furent créés les mondes, il y ait eu un lieu ? Si nous parlons uniquement du Créateur et de l'homme, de l'âme, pourquoi un lieu ? Que signifie le terme lieu dans lequel seraient apparus les mondes? Le lieu a donc, lui aussi, dû être créé.

Que signifie «lieu» dans les mondes spirituels ? En quoi cette notion se distingue-t-elle de celle d'espace? La notion de «lieu» existe-t-elle en dehors de l'espace? Qu'est ce qu'un lieu qu'emplirait la lumière ? Que signifie «Il y eut alors restriction». Ce lieu peut-il se transformer? Qu'est-il devenu? Est-il en mouvement, est-il l'objet de processus ? Tout ceci pour découvrir la perfection des actions du Créateur?

Peut-être est-ce là la raison de la création? Plus loin, il est dit que Son but est de nous faire plaisir, non de nous montrer la perfection de Ses actions. Montrer à qui? Qui y a-t-il à part Lui? Démontrer la perfection de ses actions est nécessaire s'il existe un doute à propos de leur perfection. Cela témoignerait-il d'un défaut dont Il ferait l'objet? Ses actions sont-elles parfaites? Comment le démontrer?

C'est probablement à l'homme qu'il revient de découvrir la perfection des actions divines si nous disons que rien n'existe dans la création à part le Créateur et l'homme. Et, s'il n'y a rien d'autre dans la création, sur qui les actions du Créateur s'exercent-elles, qui le Créateur a-t-il créé si ce n'est Sa seule et unique créature, l'homme? L'homme peut, par conséquent, comprendre la perfection des actions divines sur lui et en lui, en parvenant à sa propre perfection. C'est un processus se déroulant en circuit fermé qui forme ainsi la perfection: la cause, l'action, l'effet.

Le résultat de l'action est contenu dans la réalisation du dessein divin. Ainsi que nous le dirons plus loin: et la pensée, et l'action et l'objet de l'action, et la rétribution, autrement dit le résultat se fondent en un tout parfait en harmonie avec Lui, Seul, Un et Unique. C'est à la mesure de sa propre perfection que l'homme atteint à la perfection du Créateur selon la loi de la similitude des attributs: il n'est possible de ressentir quelque chose qu'en ayant en soi des attributs similaires.

Se pose aussi la question du point central de l'univers. C'est la seule chose qui soit créée. Que signifie sa restriction? Le volume n'existe pas dans les mondes spirituels, la restriction ne peut par conséquent qu'être la restriction du désir car la création divine ne repose que sur le désir. Il est dit aussi qu'il n'y a ni commencement ni fin, mais qu'il y a un milieu. Comment cela se peut-il qu'il n'y ait ni commencement ni fin, et qu'il y ait uniquement un milieu? Ensuite, nous appendrons qu'il y a une tête, un corps et des extrémités.

Au commencement, il y avait uniquement un corps, uniquement un lieu pour ressentir le plaisir, sans calcul préalable, sans la tête et sans les limites à la sensation de plaisir, sans les extrémités. Le calcul n'est possible qu'au moyen d'un écran. S'il n'y a pas d'écran, est reçu tout ce qui est donné, tout comme dans notre monde, recevoir «tête baissée» (sans tête) signifie être prêt à accepter tout plaisir. C'est ce que signifie travailler «tête baissée», sans tête, sans écran. Rien n'est pourtant soupesé au préalable.

La sensation de plaisir dans le monde de l'Infini étant éprouvée directement, le désir n'a donc ni tête, ni extrémité, il n'est doté que d'une partie réceptrice, le corps. Il n'y avait pas non plus de fin car il n'y avait pas de limites à la réception tant le désir désirait, tant il pouvait recevoir et recevait. Du côté du Créateur, il n'y a pas de limites, Il souhaite procurer du plaisir à sa création, et uniquement, c'est le Dessein divin sous sa forme directe.

De manière indirecte, le Créateur agit autrement, en développant en nous une perception particulière, altruiste du plaisir car seule une perception de cette nature est parfaite. Il y a plusieurs raisons à l'imperfection du ressenti du plaisir de manière directe, qualifié ci-après d'égoïste. L'une des raisons de son imperfection réside en ceci que la sensation de plaisir a pour origine des désirs égoïstes, elle est temporaire, passagère: si le plaisir est permanent, invariable, il cesse d'être ressenti en tant que plaisir.

Le plaisir de donner sans réserve possède la capacité de renouvellement car la création ne cesse de le ressentir. Nous l'observons dans notre monde: une fois que notre plaisir est satisfait, nous nous précipitons à la recherche et à la satisfaction d'un autre, autrement dit, nous changeons simplement l'aspect extérieur du plaisir. Les conditions pour éprouver du plaisir sont nombreuses.

Le plaisir se ressent par contraste entre lui et son contraire: le doux par rapport à l'amer, la paix par rapport à la guerre, la lumière par rapport aux ténèbres, le dévoilement du Créateur par rapport à la sensation précédente de Sa dissimulation. Plus le désir préalable est grand, plus la sensation de plaisir est grande. Le plaisir est ressenti par rapport à son inaccessibilité préalable.

Qui plus est, la sensation d'inaccessibilité, l'approche de l'inaccessible constituent justement cette faim qui contient ensuite le goût de ce qui s'est dévoilé. Il n'y a aucun élément dans l'ensemble de la création qui ne se trouve déjà dans le monde de l'Infini, autrement dit dans la forme première de la création telle qu'elle a été engendrée par le Créateur. Le processus de transformation ne se déroule ensuite que par rapport à la création elle-même, non pas par rapport au Créateur.

Par rapport au Créateur, toute la création se trouve à l'état d'absolue perfection, telle qu'Il a désiré la créer. Il nous faut seulement réparer nos sensations pour ressentir cette perfection. En d'autres termes, nous nous trouvons dans le Créateur, dans Sa perfection, mais nous ne pouvons pas le ressentir. C'est pourquoi nous disons à propos de notre degré que nous en sommes à l'inaccessibilité, à la dissimulation du Créateur.

La création constitue les degrés des mondes, les partsoufim, les sefirot, elle n'est ressentie, elle n'existe que par rapport à nous et se trouve en nous, bien que nous la ressentions comme extérieure à nous. Tous les mondes existent à l'intérieur de l'homme, ils sont les degrés de la progression intérieure de l'homme dans son ressenti du Créateur.

Bien que tous les mondes soient perçus par l'homme qui les étudie comme étant en mouvement, cette vision des choses est subjective car c'est la transformation des attributs intérieurs de l'homme qui induit en lui l'impression que quelque chose change autour de lui. En fait, la création est statique, la Lumière supérieure est uniformément équilibrée, le Dessein divin étant clair: nous procurer du plaisir par Sa perfection. Tant que nous n'avons pas atteint ce degré, nous ressentons nos états comme éphémères, la création, elle, est statique, constante. Ceci s'explique simplement: le Créateur est Un, la création qu'Il a créée passe par des degrés pour parvenir à Le connaître, pour s'approcher de Lui. Toutes les formes de développement de la création, son émanation hors du Créateur pour descendre dans notre monde existent, sont conservées et agissent. Pourquoi l'éloignement par rapport au Créateur, à la Perfection est-il nécessaire pour le développement de la création ? Parce que c'est précisément la naissance de l'imperfection qui est la naissance de la création.

Seul l'homme qui se perçoit comme étant debout devant son Créateur, en face de Lui, peut donc être appelé création. Ce degré auquel se situe l'homme est appelé le point le plus bas du développement de la création et ... le plus désiré parce que si l'homme se perçoit comme se situant effectivement à ce niveau, cela signifie qu'il commence à se rapprocher du Créateur. Auparavant, il est considéré comme un fœtus inanimé, ne vivant pas de manière autonome. Ce degré est mieux expliqué dans l'article «Le mystère de l'engendrement et la naissance». C'est pourquoi on dit que tout est statique à part l'homme, et seul l'homme transforme ses sensations, il perçoit par conséquent un nouveau tableau, un fragment toujours nouveau du seul et même monde, celui du Créateur.

Nous ressentons à quel point les mots sont limités pour expliquer les concepts qui n'ont pas d'analogues dans notre monde, notre langue étant impuissante. Toutefois, une certaine représentation pourra naître dans notre imagination. Ce processus a lieu à mesure de nos transformations intérieures. A partir du moment où l'homme commence à ressentir le spirituel, il peut se représenter le tableau du monde et avoir conscience des éléments, autrement dit des sensations, qui lui manquent pour le parachever.

Mais il s'agit d'une première étape. La deuxième étape correspond à la perception des mondes spirituels environnants non pas par le biais de l'imagination, mais par tous les organes des sens, par toutes les cellules. Tout ce qui existe se situe hors du temps. C'est semblable, et seulement semblable à un film où un homme se retrouverait dans le passé et commencerait à vivre à une autre époque en ayant bien conscience qu'il est plongé dans le passé, mais ses partenaires n'en auraient pas conscience.

Nous nous trouvons donc dans un fragment, nous pouvons en sortir et pénétrer dans le spirituel, le statique, dans le monde de l'Infini. Ces concepts qui nous sont antagonistes dans ce monde, sont alors unis dans une unité parfaite, ils ne font plus l'objet de transformations, le mouvement n'existant que pour combler à toutes fins un manque. Il est bien sûr difficile malgré tout d'imaginer que le bien et le mal tels que nous les concevons puissent être identiques dans le monde de l'Infini.

Il n'y a rien dans ce monde qui n'existe dans l'Infini. Des concepts antagonistes dans notre monde sont unis en seul et même tout dans le Créateur. Il est la source de tout, Il existait avant la création, seul. Comment peut-il y avoir quelque chose qui n'ait son origine en Lui. Comment peut-on dire du Créateur «qu’Il existait»!

Notre langue s'est construite au cours du processus de la création, nous n'avons donc pas de mots pour expliquer quoi que ce soit qui existait auparavant, au-dessus de la création. Tout ce qui est en nous émane du Créateur. Comment pourrait-il en être autrement? Si l'homme ne l'oubliait pas un seul instant, très vite il retrouverait le lien avec le Créateur.

«Il n'existe rien hormis le Créateur», en avoir la foi est la seule chose qui permet à l'homme de sortir de ce monde pour pénétrer dans les mondes spirituels, autrement dit qui lui permet de ressentir que tout émane du Créateur. Si l'homme ressent quelque chose, il doit comprendre que le Créateur ressent la même chose.

Le Baal Chem Tov disait «L'homme est l'ombre du Créateur». Comme l'ombre de l'homme répète tous ses mouvements, l'homme automatiquement répète les mouvements du Créateur. Si l'homme ressent quelque chose, en premier lieu, il doit penser que cette sensation lui est envoyée par le Créateur.

L'homme doit alors répondre aussitôt, en d'autres termes, s'il s'est souvenu que cette sensation lui est envoyée par le Créateur, cela signifie que le Créateur a souhaité qu'il se souvienne de Lui, le Créateur l'appelle ainsi à Lui, attire son attention à Lui. C'est dans ce but que l'homme peut ensuite développer sa relation avec le Créateur de manière autonome. La période précédente correspond à un état inconscient.

Dès que le Créateur se rappelle à l'homme pour que celui-ci pense au sens de sa vie, au spirituel, l'homme doit remonter la chaîne de ses pensées jusqu'à prendre conscience que c'est le Créateur qui l'appelle. Ce processus est constant tant et si bien qu'il devient une habitude à chaque pensée, à chaque désir, et il se développe au point que l'homme est comme «malade» en pensant à Lui, qu'il ne «peut plus dormir». C'est alors que le Créateur s'ouvre à lui.

Tout ce qui nous entoure et qui est en nous émane de l'en-haut, du Créateur. Il n'existe rien qui ne soit en Lui. Nous l'avons entendu à maintes reprises. Comment tout ce qui existe dans notre monde peut-il émaner de Lui? Tout ce qui est antagoniste en nous et autour de nous est uni en une parfaite unité dans les mondes spirituels.

Il ne s'agit en aucun cas de contradiction mais d'antagonisme tel qu'il s'entend dans notre monde. Cela peut concerner une pensée et la cause et l'effet qui lui succèdent.

Ces deux catégories sont en Lui également, opposées l'une à l'autre. Par exemple, le doux et l'amer, etc. Ces notions sont opposées dans notre monde, les éprouver peut induire deux sensations opposées, nous nous en trouvons bien ou mal. Chacune de ces notions est radicalement différente l'une de l'autre dans notre monde. Nous déterminons tout en référence à notre ressenti, à notre compréhension des choses.

A l'évocation des étoiles, nous pensons à leur scintillement parce que nous les avons vues briller. Le doux est doux parce que nous en avons la sensation gustative. La notion d'amertume, nous la ressentons quand quelque chose nous rend amers, mais qu'est ce que la douceur, l'amertume? Dans l'absolu, rien, elles sont définies par le ressenti personnel de chacun.

Supposons que je veuille transmettre ce qu'évoque en moi la sensation de douceur à une autre créature structurée différemment, dont la perception est autre, cette créature aura une sensation tout à fait différente, ni de douceur, ni d'amertume, elle y trouvera un autre goût, d'autres qualités. Le monde comprenant des éléments radicalement opposés les uns par rapport aux autres, nous les ressentons ainsi et nous les qualifiions de bonnes ou mauvaises. Comment pouvons-nous alors les rattacher à une seule et même racine?

Les différences n'existent pas dans le Créateur! Tout se trouve dans la lumière simple, uniformément équilibrée, harmonieuse. Simple - non parce que la lumière est simple, mais parce qu'elle n'est pas l'objet de différenciation du fait que seul celui qui la reçoit extrait de cette lumière uniforme des attributs, des qualités définis en référence aux siennes. En elle-même, la lumière ne possède pas ces attributs.

Ce sont les attributs de celui qui perçoit, et non de la lumière, qui existent. C'est pourquoi l'homme donne des noms non pas à ce qui est dans la lumière, dans le monde qui l'environnent, mais à aux sensations induites en lui en fonction de sa propre perception.

Les noms, les qualificatifs, les caractéristiques données par l'homme ne parlent que des attributs humains, de la particularité de celui qui perçoit, et non pas des attributs de l'élément pris en considération! L'homme qualifie non pas ce qu'il perçoit mais ses propres qualités, ses critères, ses attributs. Le Créateur est Un, seul l'homme, par ses attributs, extrait de l'Unité divine absolue des sensations différentes et, par conséquent, attribue des noms au Créateur. Il s'agit cependant non pas d'attributs du Créateur mais de dénominations de sensations humaines.

Le Rav Yéhouda Ashlag cite l'exemple du goût de la manne céleste: elle n'a pas de goût, elle est perçue comme ayant le goût que l'homme désirera lui attribuer. Il en est ainsi de la caractéristique spirituelle de la lumière: elle contient tout, mais l'homme, selon son degré de similitude avec la lumière, la perçoit plus ou moins simple. Le projet, l'action et le résultat sont aussi unis dans le Créateur, bien que dans notre monde ils appartiennent à des catégories totalement différentes.

Le Créateur réunit en lui tout ce que nous pouvons imaginer : les contraires, les causes et les effets, les concepts s'annulant mutuellement, toutes ces formes sont unies dans la simple lumière, dans la catégorie qualifiée de «Un, Seul et Unique».

Pourquoi ne pas qualifier cet attribut par un seul terme?

«Un» signifie qu'Il est en dehors de toute transformation, tout ce qui est en Lui est différent.

«Unique» parce que tout est uni en Lui bien que ce qui émane de Lui induise dans la perception des formes différentes en fonction des qualités de celui qui perçoit.

«Unique» indique que, bien qu'Il agisse dans l'ensemble de la création en se manifestant de manière totalement différente dans la perception de ceux qui voient Son action, Sa force (le but, le désir) est cependant seule à agir dans tout l'univers et elle inclut tout processus. C'est cette juste perception des actions divines qui constitue le sens de notre développement.

Bien qu'Il soit à l'origine d'une multitude d'actions: tue, fait vivre, provoque des souffrances, des joies, élève spirituellement, abaisse, apporte la vie, la mort, tous les extrêmes, tout émane de Lui. Comment cela peut-il être uni en Lui? L'indifférenciation ne signifie pas l'indifférence. Comment une seule et même force peut-elle agir, autoriser des actions opposées? Nous revenons à la même réponse: les contraires sont uniquement dans nos sensations.

Le parachèvement de notre réparation, plus précisément, le parachèvement de nos organes des sens correspond au retour, à l'union de tout pour que nous puissions ressentir toute la création sous une forme authentique. Ce que nous serons une fois dotés d'organes des sens réparés, d'attributs réparés, correspond au parachèvement de la réparation. Ce que nous ressentirons au moyen de ces sens constitue le dessein de la création. Pourquoi une telle différence dans les capacités perceptives ?

Notre égoïsme transforme radicalement notre perception. Nous ne perdons pas seulement pour ainsi dire cent pour cent de la perception de la vie (ce que nous désignons par le terme «vie» équivaut en Cabale à ce qu'est une faible lueur par rapport à la lumière solaire), en outre, notre égoïsme la déforme. Nous pouvons même observer dans notre monde combien est différente la perception de l'homme vis à vis de ce qui est à lui et de ce qui ne le concerne pas directement, de ce qui ne touche pas son égoïsme.

Autrement dit, dans les limites mêmes de notre monde, notre perception de la réalité n'est pas authentique, les mondes spirituels, infiniment plus élevés, nous ne les percevons absolument pas parce que l'égoïsme qui nourrit tous nos sens couvre, absorbe nos sensations spirituelles, altruistes, ne permet pas qu'elles parviennent jusqu'à notre conscience.

Quand l'homme acquiert des organes exempts d'égoïsme, il découvre que le dessein unique du Créateur inclut en lui toutes les actions qui lui semblaient naguère opposées.

Le Ramban, philosophe et cabaliste, écrit dans son commentaire sur le livre «Yetsira»: «Il y a une grande différence dans les catégories «Un, Seul, Unique». Quand le Créateur agit d'une seule et même force, Il concentre Ses forces en une seule, autrement dit, il manifeste son désir bon, ce qui signifie également la manifestation de Son unité parce qu'il n'y a pas de différence dans Ses actions, Il est qualifié de «Seul».

Quand Il divise Ses actions, en d'autres termes, quand Ses actions se manifestent dans la perception en l'homme de diverses manières, sous la forme de sensations bonnes ou mauvaises, Il est qualifié de Unique selon la qualité de Ses actions qui n'ont qu'un seul but et un seul résultat, faire plaisir à la création. C'est ainsi qu'Il est unique dans toutes Ses actions et qu'Il ne change pas bien que Ses actions soient perçues comme différentes. Quand Il est totalement uniforme, que toutes Ses actions sont unies, Il est qualifié de Un.

En d'autres termes «Un» désigne le Créateur Lui-même en Lequel tous les contraires sont égaux, indistincts l'un de l'autre. Que signifie que le Créateur concentre Sa force pour agir? Toutes Ses actions ont un seul et même objectif: faire plaisir, faire ce qui est digne de Son unité. Pourquoi tout esprit ne peut-il pas concevoir cela d'emblée? Tout comme il n'est souvent pas possible de se faire comprendre immédiatement d'une personne qui n'est pas en état d'entendre, non pas d'écouter, mais d'entendre.

Ne peut écouter que l'homme que l'on attache sur une chaise devant une somme d'argent colossale, celui-ci écoutera, mais n'entendra pas parce que pour entendre, il faut des qualités intérieures, un désir. On n'entend pas avec les oreilles, mais avec le cœur. Cette qualité n'est aucunement liée à des capacités intellectuelles. On peut être le plus intelligent des hommes et ne pas entendre. Prenons ce même homme, prenons un bâton, le Créateur, Il sait le manier bien mieux que nous, c'est ainsi que l'homme est corrigé des journées entières, des mois entiers, des années entières, dans la mesure nécessaire, et un jour il entendra.

Cet homme commencera à entendre non pas parce que tout à coup lui est venue l'intelligence, mais parce que son cœur, son égoïsme concentré, a décidé d'entendre pour se débarrasser de ses souffrances. Le Baal HaSoulam écrit que «le cœur comprend», et que la tête, notre intellect, n'est qu'un moyen auxiliaire pour comprendre par le cœur l'objet du désir. Nous comprenons pourtant au moyen de la tête. C'est la raison pour laquelle les sages disent «il n'est pas donné à tout esprit de le supporter (ce fait)».

Il n'est pas facile d'accepter, de consentir au fait que les contraires peuvent participer d'un seul et même tout car notre raison est loin de nous permettre d'avoir la capacité de comprendre l'unité authentique. Accepter ce concept spirituel d'unité des contraires signifie comprendre par le cœur au début, l'intellect n'étant qu'un auxiliaire qui accepte ce que décide et ce que consent le cœur.

Les lois varient en fonction des pays, les hommes ont une logique, des convictions différentes selon les cas. Cela ne signifie pas que certains sont plus intelligents que d'autres, mais que leurs cœurs ont des objets de plaisir différents, c'est en fonction de cela que l'intellect transforme les points de vue, les approches, surestime certaines valeurs, amène l'intellect à de nouveaux désirs.

C'est le cœur qui participe en premier lieu à la progression spirituelle, c'est lui qui définit la mesure de la progression de l'intellect. Au début de son étude, l'homme apprend, d'une manière générale, au moyen de son intellect, il prend conscience ensuite à quel point sa compréhension du sujet et son assimilation dépendent de ce qu'il est lui-même intérieurement, spirituellement.

Il ne s'agit aucunement de l'humeur, comment cela pourrait être le cas pour l'étude de telle ou telle science ou tout autre chose, mais, indépendamment de la disposition d'esprit, c'est l'acuité de la perception spirituelle qui détermine la compréhension intellectuelle de la matière cabalistique. Il y a des personnes qui étudient la Cabale pendant des dizaines et des dizaines d'années, leur cœur ne «s'enclenche» pas pour autant, elles peuvent même devenir des professeurs en Cabale, mais non des cabalistes car elles sont dénuées de l'exigence intérieure voulant d'eux qu'ils trouvent le Créateur. Cette exigence naît par le point dans le cœur, par le fragment des Mondes spirituels, ce fragment du Créateur que le Créateur a placé selon Son choix en celui qu'Il souhaite rapprocher.

Nous étudions tant de livres de Cabale, nous passons tant de temps à étudier, n'importe quelle science aurait déjà été assimilée. En étudiant la Cabale, nous comprenons de plus en plus que nous ne comprenons rien. La Cabale ne s'assimile que lorsque les désirs de l'étudiant coïncident avec ce qu'il étudie. Le débutant n'étant pas encore doté d'attributs réparés correspondant au sujet étudié, ses connaissances se volatilisent sans cesse.

En outre, la connaissance des lois et des règles de toute science permet d'avoir recours à des conclusions logiques et de construire des théories. Ceci est impossible en Cabale parce que jusqu'au degré suprême de la réparation parfaite, complète, nous ne connaissons pas le tableau de la création dans sa globalité, non plus que toutes ses lois, nous n'avons par conséquent pas le droit de construire nous-mêmes des hypothèses.

N'a le droit d'écrire des livres de Cabale qu'un cabaliste authentique. Celui qui n'a pas pénétré les mondes spirituels écrit sans compréhension claire, sensible ne fait que relater «qu'il pense», que «là» cela «se passe» comme «cela».

La Cabale ne parle que des 10 sefirot, que d'encre a coulé à leur propos! Des dizaines de milliers de pages ont été écrites. Pas même à propos des 10 sefirot, mais à propos des 4 stades de développement de la lumière. Ou bien encore, uniquement à propos du désir de donner et de celui de recevoir.

Il n'y a qu'une seule Source qui donne tout, et il y a toutes sortes de variations possibles qui naissent dans ces mondes, notre monde, dans tout ce qui est à l'intérieur et à l'extérieur. Tout cela n'est constitué que de deux éléments: la lumière et le keli! Il convient de noter que ni l'intelligence, ni la raison ne permettent de cerner cette science. Certaines personnes connaissent par cœur les écrits. Ce n'est pas un mérite car le principal dans l'étude ne sont pas les connaissances mais les efforts faits par l'étudiant: à mesure qu'il fait des efforts, l'étudiant reçoit de l'aide de l'en-haut pour sa réparation.

C'est la raison pour laquelle, les sages ont privilégié la compréhension par rapport à la connaissance pure, au point qu'ils demandaient dans leurs prières d'oublier leurs connaissances. Ils souhaitaient revenir au stade d'ignorants !!! C'est tout le contraire des bons élèves de notre temps qui récitent des pages entières qu'ils connaissent de mémoire, mais la Torah est-elle entrée dans leur cœur?

Le sujet étudié en Cabale se volatilise parce qu'il n'y a pas de similitude entre nous et le sujet étudié. A mesure que l'homme devient semblable à ce qu'il étudie, il le comprend. C'est pourquoi, si nous ressentons que nous ne comprenons plus, cela dépend de notre état d'esprit, c'est fonction de nos désirs de nous rapprocher du Créateur ou de nous en éloigner.

Revenons à notre texte: quand Il se divise en accomplissant des actions, quand Ses actions, nous semblent différentes ou même opposées (bonnes, mauvaises), Il est qualifié de Unique parce que Ses différentes actions, bonnes et mauvaises, y compris celles qui sont perçues par nous comme de grandes souffrances, parfois pires que la mort, ces grandes souffrances qui affectent l'homme à l'échelle individuelle comme à celle d'un peuple entier -- ou de peuples entiers -, donc toutes Ses actions ont pour seul et unique but : réaliser le dessein de la création, créer un keli, des sensations qui permettent de ressentir le plaisir qu'Il souhaite procurer.

C'est précisément la nature contrastée de la toute-puissance divine telle que perçue par nous qui témoigne, pour celui qui comprend l'unité parfaite de toutes les actions du Créateur, l'harmonie totale entre la raison de Ses actions et Ses actions. 

La dysharmonie n'est présente que dans la perception de l'homme, uniquement chez celui qui reçoit, elle est due aux «défauts» de son keli, de l'instrument de sa perception qui fait que l'homme perçoit telle ou telle action divine comme bonne ou mauvaise, alors que le Créateur se caractérise par Sa perfection et Sa bonté absolues. Plus nos kelim, nos instruments, sont « défectueux », plus notre condition nous paraît mauvaise, plus nous accusons dans notre cœur la Source de nos souffrances. Qui plus est, ces accusations ne se font pas de manière consciente. Quand les premiers pionniers ont commencé à s'installer dans le désert du Néguev, ils ont demandé au Rav Yéhouda Ashlag s'ils pourraient y vivre. Il leur a répondu qu'ils le pourraient car leurs prières apporteraient de la pluie. A ceux -- les sceptiques qui ont objecté, il a rétorqué que le désir de l'homme, est dans son cœur, c'est là la prière au Créateur car Il est l'Unique, la Source de tout. Indépendamment de la prise de conscience par l'homme du monde environnant, ses désirs inconscients sont également pris en compte par le Créateur, comme une mère sent et comprend les désirs de son nouveau-né.

Il est Un témoigne de Sa perfection en tout, de Son unité, de l'absence totale de contradictions en Lui à l'égard des créatures quelles qu'elles soient. L'unité de la pensée, l'unité du dessein imprègne l'ensemble de la création. Nos attributs nous rendent trop différents pour que nous puissions Le comprendre.

Même dans les limites de notre monde, nous ne nous comprenons pas les uns les autres quand nos désirs diffèrent, ce qui signifie que spirituellement nous sommes séparés. Dans ce cas, deux personnes se trouvent comme dans des mondes différents, c'est comme si elles étaient des créatures totalement différentes. Entre nous et le Créateur, la différence est des milliards de fois plus grande.

Les efforts que nous faisons pour Le comprendre doivent consister non par à faire appel à notre intellect, ce qui est inutile, (au moyen des d'instruments de notre monde, il est impossible d'appréhender les mondes spirituels), mais à travailler spirituellement pour nous élever, pour nous doter d'attributs spirituels qui nous permettent de Le comprendre.

Les philosophies, les religions et les sciences continueront à se heurter au mystère de la vie comme elles le font depuis des millénaires. Si l'homme raisonne seulement au moyen de son intellect, il ne pourra pas comprendre quoi que ce soit au-delà des limites de ce monde matériel dont l'intellect est le pur produit.

Notre raison est objective. Comment expliquer la multitude des opinions? Cette multitude n'est-elle pas déjà la négation de son objectivité? L'objectivité ne peut être que une, absolue, indépendante de la création, l'homme n'est pas en mesure de sortir de lui s'il n'est pas doté en lieu et place de ses kelim, des kelim divins. Toute la littérature, l'art, tout ce que l'homme appelle sa richesse, rendent gloire au «ner dakik».

La lumière divine se vêt des éléments de notre monde. L'homme perçoit ce vêtement dans lequel s'est enveloppée une goutte de plaisir spirituel. «Que tu es belle ma parure» car elle contient une partie spirituelle qui procure du plaisir. Nos activités n'ont qu'un seul objectif, tirer le maximum de plaisir de la sainte étincelle divine.

La littérature décrit la façon dont chacun de nous peut extraire le plus de plaisir du «ner dakik», de la petite étincelle de lumière, qui est tombée dans notre monde. Que de souffrances si le plaisir n'est pas éprouvé ! La science pure, elle, essaie d'avoir un regard objectif sur le monde. Le problème, c'est que l'homme ne peut pas comparer son « in objectivité » à quoi que ce soit et par conséquent apporter des modifications à ses expérimentations.

Si les scientifiques savaient à quel point tout passe par l'homme, à quel point les résultats des expériences dépendent de celui qui les réalise, ils comprendraient que nous sommes spécialement dans cette situation pour que nous parvenions, en fin de compte, au degré suprême de développement des sciences, au point où elles contribueraient à la prise de conscience des limites, du caractère fermé des connaissances, à la prise de conscience de l'existence du Créateur et elles nous aideraient à travailler spirituellement, à étudier la Cabale. Il ne peut toutefois pas y avoir fusion entre les sciences et la Cabale, les sciences ne font que des calculs fondés sur la raison, la Cabale «sur le cœur», comme il est dit «c'est le cœur qui comprend».

L'homme étant ainsi fait qu'il n'aime que lui-même, et plus quelque chose lui ressemble, plus il l'aime. On dit que les contraires s'assemblent, c'est purement livresque. L'homme aime ses qualités en lui. S'il vole, peut-être n'aime-t-il pas cette qualité, mais il trouve une justification à cette qualité en lui parce qu'elle lui apporte du plaisir, elle lui procure ce qu'il désire.

Ce même voleur peut ne pas aimer cette qualité en autrui parce que c'est justement cet autrui qui tire du plaisir de celle-ci. Autrement dit, nous aimons nos sensations, non pas nos qualités. Même si je condamne une de mes qualités, de toute façon elle me procure du plaisir, je l'aime et je ne peux pas m'en défaire.

Prenons l'exemple d'une vache appétissante dans un pré. Si nous en prélevons un morceau et que nous le fassions rôtir, qu'ensuite nous placions ce morceau entre la langue et le palais, dans notre gosier, nous ressentirons du plaisir. Est ce la vache qui nous procure du plaisir ou bien le morceau que nous lui avons arraché pour en faire un steak ? Où est l'objet de nos désirs? L'objet de nos désirs est l'étincelle de lumière, cette part de spirituel contenue dans la viande, comme dans tout objet de nos désirs.

Quand cette part de spirituel, dans notre cas sous la forme d'un morceau de viande, entre en contact avec nos organes des sens, les récepteurs et notre cerveau peuvent d'une certaine manière reconnaître un signal qui est perçu par nous comme un plaisir parce que le centre correspondant du plaisir est excité dans notre cerveau. L'excitation de ce centre n'est qu'une enveloppe, la sensation de plaisir est la partie spirituelle de la perception. Les mêmes vibrations qu'induit le morceau de viande peuvent être provoquées par des signaux électriques sur le cortex cérébral. Autrement dit, il ne s'agit ni de la vache, ni du morceau de viande, ni dans une excitation spécifique.

Est-ce que cela signifie que l'amour est une certaine forme d'excitation? Non! Nous n'aimons pas le courant électrique provocant l'excitation. Qu'est ce que nous aimons? Qui sommes-nous, nous qui aimons cela? En fin de compte, si nous cherchons bien en nous, un cabaliste sait le faire, nous trouverons le keli et la lumière. Rien d'autre. Il n'y a ni vache, ni son corps physique, ni viande, ni courant électrique. Seuls le keli et la lumière. Le restant n'est que vêtement dont se vêtent le keli et la lumière.

Différences dans la manifestation de la toute-puissance divine: avant de Le comprendre au moyen de ce qui est reçu et après avoir reçu au moyen de la perception dans l'en bas.

En quoi la manne céleste était-elle différente du pain? Par une caractéristique particulière: chacun percevait en elle ce qu'il souhaitait. C'est précisément cela la caractéristique spirituelle: elle ne possède pas de caractéristiques propres, elle se révèle telle que peut la percevoir celui qui la reçoit.

Les vêtements de notre monde déterminent le goût qui est créé à partir de l'étincelle divine contenue en eux, qui n'a pas de goût mais qui peut se manifester sous la forme d'une caractéristique quelconque en fonction des limites des qualités de celui qui reçoit, qui la comprend. C'est justement cette caractéristique qui est désignée par le terme manne, pain céleste, car celui qui la reçoit, qui la goûte, perçoit en elle ce qu'il veut.

Nous avons déjà évoqué l'exemple de l'électricité au moyen de laquelle il est possible de réchauffer, de refroidir, de faire marcher un conditionneur d'air, un réfrigérateur, une plaque chauffante et autres appareils dont les fonctions sont différentes, et bénéficier ainsi de toutes sortes de sensations tout à fait opposées mais provenant d'une seule et même source qui, elle, n'est pas dotée de caractéristiques différentes, elle est une et ne remplit aucune fonction particulière. 

Ces fonctions, leurs manifestations, sont fixées par celui qui capte l'électricité, qui la reçoit. Ce n'est pas l'homme qui crée le goût, mais il le découvre pour lui-même dans la manne. Nous disons du Créateur qu'Il est Miséricordieux, Fort, un Père Bon ou Sévère.

C'est par la façon dont nous ressentons sur nous-mêmes la manifestation de Sa Toute-puissance que nous appelons le Créateur. Plus précisément, par la façon dont nous nous percevons dans ce monde qu'a créé le Créateur, et dont nous, sans prononcer Son nom des lèvres, au moyen de notre propre perception, nous appelons le Créateur dans notre cœur, bon gré mal gré, car il est la cause et la force qui créé tout autour de nous. Les attributs que nous donnons au Créateur changent à chaque instant, en fonction de notre perception de nous-mêmes.

Les attributs divins ne désignent pas les noms qui Lui sont attribués, mais le ressenti de l'être. C'est précisément ce que ressent l'être en lui qui est le nom dont il désigne la Source des événements qui lui arrivent.

Ceci s'applique à toutes les créatures, qu'elles soient inanimées, végétales, animales ou humaines (l'homme n'a pas conscience que les événements qui lui arrivent ont une Source). Notre but est de prendre conscience de cette Source et de Lui donner un nom authentique: Bonté et Faisant le Bien.

Ce processus a lieu des deux côtés: tant que l'homme ne peut pas désigner le Créateur par Son attribut authentique, le Créateur se dissimule à l'homme car le Créateur ne peut pas se dévoiler à qui fait le mal. D'autre part, l'homme ne peut pas ressentir le Créateur tant qu'il ne parvient pas à harmoniser ses attributs avec les Siens, autrement dit tant que par ses attributs il ne devient pas comme le Créateur et que, ce faisant, il ne justifie les attributs divins tout comme il justifie ses propres attributs.

L'homme perçoit le Créateur comme doté de différents attributs. C'est l'homme qui distingue dans le Créateur qui est Un des attributs différents et qui, en fonction de ses propres attributs humains, les divise en bons ou mauvais. Ceci explique la présence apparemment simultanée de plusieurs attributs en le Créateur.

Le mauvais et le bon sont désignés dans la Torah par les termes «doux» et «amer». Tous ces goûts existent-ils dans le Créateur, l'homme ne fait-il que les distinguer parmi tous ceux qui existent dans le Créateur ? Il n'y a rien de pareil dans le Créateur, mais Sa lumière agit sur l'homme de telle manière qu'elle éveille en lui tel ou tel goût en fonction des attributs communs à l'homme et à la lumière. La simple lumière divine contient tout et rien. Elle contient tout ce que peut ressentir l'homme, et rien de concret parce que sans celui qui reçoit, il n'y a rien. Seul celui qui reçoit peut distinguer en lui et ressentir telle ou telle manifestation divine.

C'est pourquoi nous disons donc qu'il n'y a rien d'autre que la simple lumière qui emplit tout. Tout ce qui nous est dévoilé ne l'est que par rapport à nous, seulement en nous, et seulement individuellement en chacun de nous. Le Créateur se révèle de manière identique à ceux qui se situent à un même degré spirituel.

Ainsi, par exemple, nous nous situons à un degré désigné par le terme «notre monde», le Créateur se manifeste à nous de manière identique: nous avons la même image du monde qui nous entoure. Ceux qui s'élèvent dans les mondes spirituels perçoivent simultanément notre monde et un autre monde qui est en eux. Tous ceux qui se situent à un degré spirituel identique ressentent la même chose. C'est pourquoi les cabalistes peuvent échanger des informations et écrire des ouvrages, sinon ils ne pourraient rien se dire.

Celui qui accède au degré désigné par le terme «Abraham» devient Abraham parce qu'il a acquis ses attributs, il reçoit donc ce nom, dans les mondes spirituels rien ne divise les éléments à l’exception de leurs attributs. S'il y a harmonie entre les attributs, les éléments coïncident. Il en est de même dans la Torah: chacun peut y voir ce qu'il souhaite.

Toutefois, il existe ce qui est appelé la Torah orale, elle ne se dévoile qu'à celui qui la comprend personnellement à l'aide d'un écran qui se situe au niveau de la bouche dans le corps spirituel de l'homme. C'est alors que de simple lumière, la Torah devient aux yeux de l'homme, comme possédant différents goûts. La lumière de la Torah est alors appelée «taamim» (goûts), lumière qui se diffuse de la bouche jusqu'au tabour du partsouf spirituel.

L'homme commence alors à ressentir différents goûts dans sa perception du Créateur et, tout comme il le fait pour ce monde, il les divise. Le Créateur est simple lumière spirituelle (non composée). Tout mène à la dissimulation et au dévoilement du Créateur car Il est la Source de lumière qui contient tout. Tous les attributs et formes possibles s'unissent en Lui dans la simple lumière.

Nous pouvons par conséquent distinguer:

La simple lumière jusqu'à sa pénétration dans la perception du récepteur, elle est encore simple car elle ne possède pas encore d'attributs ni de qualités, elle contient tout.

Cette même lumière après sa pénétration dans la perception du récepteur qui a pour conséquence qu'elle acquiert une caractéristique particulière en fonction des attributs du récepteur.

Comment se représenter l'âme comme fragment du Créateur?

Les cabalistes affirment que l'âme est un fragment du Créateur.

Qu'est ce que cela signifie?

Les cabalistes, autrement dit ceux qui ont déjà progressé sur les degrés spirituels, les cabalistes ressentent, perçoivent les mondes spirituels, ils sont pénétrés par la Lumière divine.

Leur perception du Créateur est celle qu'ils décrivent dans leurs ouvrages. C'est ainsi que nous avons reçu les livres de la Torah (Il est impensable que l'on puisse s'imaginer que le Créateur est descendu du ciel sous une forme matérialisée pour remettre un parchemin ou des tables de pierre).

Un livre a été écrit, désigné par le terme «Torah», un autre la «Michna», un troisième le «Talmud», etc. Les auteurs de tous de ces livres étaient des cabalistes qui ont pu écrire les récits que nous connaissons, parler des attributs divins. Ces cabalistes étaient de niveaux différents, ils portent le nom des degrés auxquels ils ont accédé.

Ce sont eux qui nous ont donné les livres saints, ils y décrivent, notamment, l'âme comme une partie du Créateur. En fait, ils disent qu'il n'y a aucune différence entre l'âme et le Créateur lui-même, que l'âme est seulement un fragment, alors que le Créateur est tout. La différence dans le monde de la spiritualité ne résidant que dans la différence entre les attributs, cela témoigne de ce qu'il n'y a aucune différence dans les attributs entre ce fragment divin qui est en nous et qui est appelé notre âme, et le Créateur lui-même.

Quelle différence y a-t-il entre l'âme et le Créateur? Uniquement le fait que Lui est un seul et même tout, et l'âme une partie? Il n'y a pourtant dans les mondes spirituels ni partie, ni tout, pas de volumes, mais seulement une différence d'attributs parce que le spirituel est le monde des désirs. Peut être veut-on dire une partie du désir général? Les cabalistes disent que l'âme est pareille à une pierre qui se détacherait du rocher, le rocher étant le tout, la pierre une partie. Cependant, si la séparation se fait par la différenciation des attributs, dans notre cas précis, il est dit qu'il n'y a pas de différence, qu'il s'agit uniquement de volume, comment cela peut-il être si le spirituel se caractérise uniquement par la différence d'attributs? On sait que dans les mondes spirituels, si deux éléments ont des attributs identiques cela signifie qu'ils sont de même nature, qu'ils possèdent des caractéristiques similaires, qu'est-ce qui peut donc les différencier?

Nous disons qu'il n'y a pas similitude, mais différence, séparation. Mais comme il n'existe ni lieu ni distance dans les mondes spirituels, qu'est ce qui les différencie? Doit-il même y avoir une différence entre eux ? En quoi ne sont-ils pas égaux ?

Le spirituel se dissocie par la différenciation des attributs, tout comme le matériel se dissocie sous l'action d'une force physique de séparation. Le spirituel se détache de sa forme précédente, ou bien encore, une partie se dissocie du tout spirituel du fait de la différenciation des attributs, tout comme dans le monde matériel, une chose se diviserait en deux sous l'effet d'un coup de hache, la hache serait quelque chose d'extérieur qui diviserait le tout en deux parties. Autrement dit, il existerait, de toute évidence, quelque chose d'extérieur dans les mondes spirituels pouvant dissocier une partie du Créateur, comme le ferait une hache qui séparerait une partie d'un corps matériel.

Ces parties, même si elles ne se situent pas dans le Créateur, en possèdent les attributs, elles sont semblables à Lui, comme la pierre est semblable au rocher. En Cabale, il est dit que la seule chose que le Créateur ait créée, c'est l'âme d'Adam qui ensuite s'est fragmentée en 600 000 parties. Ainsi existe-t-il 600 000 différences entre les fragments, chacun demeurant une partie du Créateur.

L'âme est un partsouf spirituel, un keli, un récipient doté d'un écran, d'une force d'opposition à son égoïsme permettant de recevoir la Lumière divine. Le récipient par lui-même est un désir égoïste. Sous l'action de la lumière, le keli acquiert la force nécessaire pour recevoir la lumière pour faire plaisir au Créateur, et non pour soi-même. Cette force est appelée «écran».

Au moyen de l'écran, le partsouf laisse pénétrer en lui la Lumière divine. Cette lumière est appelée l'âme du partsouf. Bien sûr, cette lumière et la lumière universelle qui émane du Créateur sont un seul et même tout, la différence entre elles réside en ceci que la lumière qui a pénétré dans le partsouf est une partie de la lumière universelle. Il y a pourtant une différenciation entre cette partie de la lumière et l'ensemble, la lumière universelle, dans les partsoufim dont se revêtent les portions de lumière, les âmes.

C'est précisément la particularité de chaque partsouf qui permet à celui-ci de dissocier de la simple lumière un certain attribut, comme le fil électrique permet à un appareil de prélever du courant, de bénéficier d'une certaine action de l'électricité selon ses fonctions. Ceci explique pourquoi seul un écran trônant au-dessus de la grandeur d'un désir égoïste détermine la similitude entre le Créateur et l'âme qui Le ressent. Seul un écran divise la Lumière universelle divine en fragments dont chacun reçoit le keli qui lui convient.

Quelle différence entre les attributs de la création et le monde de l'Infini?

Un seul principe régit les mondes spirituels:

L’ALTRUISME ABSOLU. Un seul principe régit notre monde

L’EGOISME ABSOLU.

Comme il n'existe rien d'autre dans la création hormis le Créateur et la création-homme, tous les états que nous ressentons en nous ne peuvent être mesurés que par rapport à une seule référence: le Créateur. Les états que l'homme éprouve changent en permanence, l'état éprouvé à l'initial correspond à l'extrémité opposée de l'échelle spirituelle: nous sommes diamétralement opposés au Créateur en raison de nos désirs égoïstes d'éprouver du plaisir à des fins personnelles.

C'est pourquoi, la réponse à la question comment l'âme peut-elle encore être un fragment du Créateur et, simultanément, être éloignée de Lui est simple: l'âme se dissocie en s'installant dans un keli, un récipient, dans le désir d'éprouver du plaisir, dans l'égoïsme. C'est la différenciation par rapport aux attributs divins -d'altruisme absolu- qui fait que la création est plus ou moins proche, plus ou moins éloignée de Lui. Hormis cela, il n'existe rien dans ce monde.

Toutefois, s'il n'existe que deux choses: le Créateur et la création, et que cette création est égoïsme, comment pouvons-nous dire: l'homme existe, à l'intérieur de lui il y a une âme, fragment du Créateur, autrement dit «Lui-même». Est-ce le Créateur qui existe à l'intérieur de l'homme? Ce fragment, est-ce la lumière, identique par ses attributs à ceux du Créateur?

Comment cela peut-il être? Cette lumière est dissociée du Créateur, comment peut-elle, être un fragment de Lui? Etre un fragment d'un ensemble sous-entend avoir une certaine similitude avec cet ensemble, similitude d'attributs. Cela signifie-t-il qu'il y a en l'homme un fragment divin, autrement dit des attributs divins? Hormis les attributs, désirs, il n'existe rien d'autre dans les mondes spirituels. Cependant, dans ces mondes spirituels, nous dissocions des fragments de l'ensemble par la simple modification d'attributs.

Cela signifie-t-il que ce fragment qui se dissocie doive avoir d'autres attributs? Il ne peut donc plus être appelé fragment divin. Il doit déjà recevoir une dénomination différente. Le Baal HaSoulam nous disait autrefois que la différence entre l'âme et le Créateur ne réside que dans le fait que l'âme est un fragment, tandis que le Créateur est un tout, autrement dit les attributs de l'âme ne changent pas, il ne s'est produit qu'une dissociation.

Comment peut-il en être ainsi dans les mondes spirituels car cela contredit le principe selon lequel l'absence de corps, dans les mondes spirituels, fait que la différence entre les éléments spirituels ne correspond qu'à la différence entre leurs attributs, tout comme dans notre monde, si nous analysons bien le monde qui nous entoure. De quelle manière le fragment se dissocie-t-il du Créateur?

Dès le moment où le Créateur a décidé de créer la création (le terme création ne désigne que l'homme, tout autre chose n'est que degré auxiliaire pour la progression spirituelle qui ne se fait qu'en l'homme pour parvenir à son but), tout ce qu'Il a pensé est aussitôt apparu sous sa forme achevée. Ceci - parce qu'il n'y a pas de mouvement, de temps, d'action dans les mondes spirituels, rien hormis les désirs.

C'est pourquoi avec la naissance d'un tel désir dans le Créateur, celui de créer l'homme pour lui procurer un plaisir absolu, ce désir est devenu immédiatement un état achevé.

C'est dans cet état achevé que le Créateur nous ressent. Ce stade est celui auquel nous nous trouvons tous, mais nous ne le ressentons pas, pour la simple raison que nos sensations n'ont pas encore fait l'objet de réparation. Dès que nous aurons procédé à notre réparation, nous ressentirons notre véritable état. En attendant, notre égoïsme qui a jeté un voile sur nos organes des sens nous gène pour le ressentir.

L'état achevé que le Créateur ressent en nous, que ressentent les âmes réparées, est appelé le monde de l'Infini. L'état opposé correspond à notre perception, il est appelé «notre monde», «ce monde». Autrement dit le monde n'est pas un espace matériel, il est l'ensemble des sensations éprouvées par l'homme.

Cet ensemble de sensations étant d'une variété de la plus grande richesse, chacune d'elle est appelée monde. C'est ainsi que le désir du Créateur, tout Son plan du début à la fin, avec tous ses états intermédiaires et achevés, tout cela préexiste sous une forme pleine, parfaite.

Cet état achevé est appelé le monde de l'Infini, «EIN SOF» ce qui signifie «sans limite», absence de limite à la délectation que peut recevoir la création du Créateur. Pourquoi est-il appelé Infini ? Par le dessein divin. Il a voulu procurer un plaisir infini, c'est pourquoi est apparu un état se caractérisant par le fait que les âmes sont emplies du plaisir que le Créateur a décidé de leur procurer.

Le désir du Créateur de créer les âmes pour leur procurer du plaisir est appelé le premier état, L'état auquel sont parvenues les âmes par le seul désir du Créateur est appelé l'état 3. Les âmes ne ressentant pas cet état, elles se situent à un état intermédiaire, l'état 2, sur la voie menant vers la perception de leur véritable état. Cette perception n'est possible qu'après s'être débarrassé, plus précisément après avoir débarrassé nos sensations de l'égoïsme.

C'est la seule chose qui nous différencie du Créateur. En se débarrassant de leur égoïsme, les âmes deviennent identiques à Lui, donc elles ressentent en elles un état de perfection, d'authenticité. Elles découvrent que jusqu'alors elles étaient comme dans un rêve, car il est dit «Quand le Créateur nous fera revenir à Sion, nous (verrons que nous) étions comme dans un rêve» (Psaumes 126 Cantique des Degrés).

Le cheminement progressif de l'homme à partir du point initial, de notre monde, pour parvenir au 3ème état est appelé l'élévation sur l'échelle spirituelle, appelée l'échelle de Jacob, cette échelle que Jacob a vue, comme le dit la Torah, en songe. L'éloignement de l'homme par rapport à Lui, le Créateur l'a réalisé par la descente séquentielle, par l'altération des attributs spirituels, de Lui-même jusqu'à l'opposé à Lui.

Cette descente séquentielle sur les degrés spirituels est appelée création, déploiement des mondes d'en haut vers en bas, à partir du Créateur (de l'altruisme absolu) jusqu'à notre monde (jusqu'à notre égoïsme absolu). Dans le songe, «Qui descendent» signifie que les désirs deviennent de plus en plus grossiers, jusqu'à l'état désigné par l'expression «fin de la descente» avec ce dernier degré spirituel, la Malkhout du monde de ASSIYA en dessous duquel nous existons, totalement coupés de la spiritualité, de l'altruisme.

La différence entre notre monde- état et les autres mondes réside en l'absence de capacité à ressentir le Créateur à ce degré. C'est à ce degré que naissent les corps matériels de notre monde à partir des éléments spirituels (inanimé, végétal, animal, humain). La lumière divine ne les emplit pas comme aux autres degrés, mais ces corps contiennent Sa petite étincelle dont ils n'ont pas conscience et qui leur donne la possibilité d'exister à ce degré, possibilité appelée «vie dans ce monde». Toute la création n'est que ce processus de descente du Créateur des degrés - mondes, de haut en bas.

Le Créateur, le Monde de l'Infini, états 1 et 3, Monde Adam Kadmon, Monde Atsilout, Monde Briya, Monde Yetsira, Monde Assiya, Ce Monde.

De l'en-haut vers l'en-bas, le Créateur durcit l'attribut d'altruisme au point de créer son antipode, l'égoïsme, le désir d'éprouver du plaisir pour soi-même. La montée de l'homme au moyen de la réparation progressive de ses attributs du bas vers le haut est désignée par les termes de réparation de la création, état 2.

Nous devons passer par ce processus pour parvenir, dans notre ressenti, à l'état 3 dans lequel nous nous situons déjà, même si nous n'en avons pas conscience. Ce chemin est incontournable. Se pose simplement la question de la façon de le parcourir : au moyen de la Torah, assez rapidement, en adoptant consciemment comme but celui de la création ou bien au moyen des souffrances, au moyen du développement douloureux et coercitif de l'humanité sous l'action des lois de la nature.

Nous ne pouvons pas avoir la connaissance du Créateur. C'est de Lui qu'émane la lumière, cet attribut au moyen duquel Il nous a créés, et que nous recevons de Lui. Cet attribut - désir de nous créer et de nous procurer du plaisir nous permet de Le considérer, c'est à dire de considérer Son action. Qui est-Il? Cette question n'a pas de sens car elle n'a pas de réponse.

C'est pourquoi il n'y a pas de nom pour Le qualifier. Nous ne pouvons donner de nom qu'en référence à un attribut qui nous permet de caractériser ce qui est considéré. Les attributs que les cabalistes qui ressentent le Créateur, Lui donnent ne sont pas donnés au Créateur, Lui-même, mais à Sa lumière parce qu'ils ressentent non pas le Créateur mais la lumière qui émane de Lui.

En fonction de l'action de la lumière sur la création, sur les âmes, sur les différents degrés spirituels, les cabalistes qualifient cette lumière de: Bonne, Miséricordieuse, Rigoureuse, etc. C'est pourquoi, quand on parle du Créateur, il s'agit de la lumière qui crée, fait naître tout, mais en aucun cas Lui en tant que Tel. Tous nos mots sont des sons qui expriment quelque chose que nous ressentons, que nous percevons. Il ne peut pas y avoir de mots qui désignent parfaitement ce qui ne peut pas être représenté, ce qui ne peut apparaître dans aucune imagination.

Nous commençons par ressentir, par imaginer quelque chose, ensuite nous nommons, nous désignons ce que nous ressentons, imaginons. Une autre personne me comprendra parce que je peux lui expliquer la sensation qu'évoque le nom que j'emploie, ce qui caractérise l'élément, l'attribut, l'action que je désigne.

Nous sommes tous créés avec des organes des sens et des imaginations identiques, nous pouvons, par conséquent, transmettre à autrui nos sensations, nos pensées. Notre dictionnaire est construit sur nos connaissances. Si nous ne ressentons pas quelque chose, cela signifie que les mots nous manquent. Ceux qui ressentent le Créateur, Le qualifient de Sévère, de Terrible, de Miséricordieux, en fonction de ce qu'ils ressentent.

Ceux qui ne ressentent pas le Créateur ne peuvent que prononcer au moyen du livre de prières ce qui y est écrit. Mais ce sont des mots sans vie derrière lesquels il n'y aucune sensation claire. Il est vrai que l'imagination de l'homme est si riche qu'il peut se dresser un tableau des mondes spirituels, du Créateur, à l'image de ce qu'il peut se représenter en référence aux tableaux de ce monde.

Bien qu'il n'y ait aucun rapport, aucune similitude entre ces deux approches, l'homme s'en contente pour satisfaire ses sensations religieuses et la parfaite impression qu'il est en contact avec le Tout-puissant. Toutefois, chaque génération connaît des personnes qui ressentent de manière aiguë l'absence de lien clair avec le spirituel, de contact avec le Créateur.

Le sentiment d'aspirer à s'élever, l'impression de lévitation correspondent à la perception du point dans le cœur. Si l'homme ressent de manière aiguë cette aspiration, qu'elle ne le laisse pas en paix, il en vient à la Cabale et, à l'aide de celle-ci, il accède à la perception des mondes spirituels. Que signifie l'impression d'Infini? Comme nous l'avons dit, il ne s'agit pas d'une impression d'absence de limites, mais de plaisir sans limites : l'intensité de la perception correspondant au désir. Autrement dit, l'Infini correspond à la sensation subjective de plaisir sans limites, de plaisir défini, désiré qui n'a pas ni fin, ni limites imposées par l'en haut, par le Créateur, ni par l'en bas, par nous-mêmes.

Ceux qui ont éprouvé cet état, état suprême correspondant au maximum qui puisse être reçu de ce qu'Il veut donner, lui donnent le nom de «Infini». C'est ainsi que l'homme le ressent au moyen de ses organes des sens. Si nous ne Le ressentons pas du tout, nous ne pouvons rien dire de Lui. Nous ne pouvons en parler que si nous ressentons Son action sur nous, et il s'agit bien non pas de nous, mais de notre perception, comme, par exemple, je peux me représenter quelqu'un, comme je perçois ses attributs intérieurs et extérieurs que je ressens et que j'évalue au moyen de mes organes des sens.

Ce que je perçois d'un objet dépend de mes propres caractéristiques et de raisons extérieures qui n'ont aucun rapport avec l'objet perçu. Toutefois, quel est-il cet objet en fait? Tout comme nous ne pouvons pas juger objectivement de l'objet perçu, nous ne pouvons pas plus dire quoi que ce soit d'objectif au sujet du Créateur. Il est impossible de ressentir un objet extérieur à nous tel qu'il est, sans nos organes des sens.

Ressentir présuppose la présence de celui qui ressent avec toutes ses qualités et ses caractéristiques. C'est pourquoi le Créateur est simultanément et la sensation et celui qui ressent tandis que ces deux concepts sont divisés en l'homme: moi et ce que je ressens. En Cabale, ceci est formulé ainsi: la Lumière divine est d'un calme absolu, autrement dit, elle n'a qu'un seul but: créer et faire plaisir aux créations.

Tous les attributs au moyen desquels les créations Le nomment ont pour origine leur perception de cette lumière, de ce qu'elles découvrent en Lui au moyen de leurs organes des sens. Tel elles Le ressentent, tel elles Le nomment. C'est en ceci que réside la différence entre le Créateur et ce qu'Il a créé: le créé contient la différence entre le perçu et celui qui perçoit, entre le concept et celui qui le conçoit.

En d'autres termes, il y a celui qui ressent et son lien avec le monde environnant qui est appelé la perception du monde extérieur. Ce qui existe au-delà de la compréhension, correspond au Créateur. Il n'est par conséquent pas possible de le comprendre. L'homme ne comprend qu'au moyen de son ressenti, de sa perception. L'authenticité de la perception humaine peut se mesurer uniquement par rapport à cette même perception.

Nous voyons bien que nos évaluations, nos représentations du monde, de notre nature propre évoluent. Ce n'est pas le monde qui change mais nos organes des sens et leur perception des choses, autrement dit, ce n'est pas l'objet perçu qui change mais la façon dont nous le percevons. La perception du Créateur est appelée «lumière», autrement dit la lumière et le Créateur sont une seule et même chose pour nous. En principe, nous devons comprendre que la lumière est une perception subjective du Créateur et nous pouvons donner toutes sortes d'attributs à notre ressenti de la lumière.

En fonction de notre ressenti, nous donnons tel ou tel attribut «Hassadim», « Hokhmah », «GA"R», «VA"K», mais ces dénominations n'évoquent rien, nous ne faisons que les entendre. Si nous nous hissons au degré auquel se situait celui qui a donné ces attributs à la lumière, aussitôt nous comprendrons ce qu'ils signifient. Nous ne parlerons pas, par exemple, de la «lumière de la Hokhma dans la sefira de la Hokhma du monde Yetsira», nous ressentirons ce que désigne la dénomination donnée par celui qui l'a ressentie. De la même manière, dans notre monde, ce n'est pas suffisant de lire un livre de recettes de cuisine pour remplir nos estomacs de ce qui y est décrit.

Quand nous nous trouvons dans les mondes spirituels, autrement dit, quand nous nous sommes construit un écran contre nos désirs égoïstes, et que nous lisons ce livre de «cuisine saine et goûteuse», la Cabale, nous pouvons aussitôt nous remplir de cette nourriture qu'est la lumière. En lisant un ouvrage, les cabalistes font un mouvement spirituel : ils reçoivent la lumière dans l'écran. Autrement dit, ils transforment la pensée en mouvement.

Le cabaliste prie en se servant du livre de prières habituel, mais il comprend quels mouvements spirituels sont évoqués dans les mots du «simple» livre de prières rédigé au moyen de lettres «humaines». Il existe des livres de prières cabalistiques où sont indiqués quels mouvements spirituels faire: s'élever là, faire un « zivoug», puis descendre là, unir ceci et cela.

Sachant ce qui est sous-entendu, il est possible de réaliser le mouvement correspondant. Le cabaliste peut lire un texte au moyen de la gématrie, des lettres avec leurs signes, les «taamim», les «nekoudot», mais tout cela désigne pour lui des mouvements spirituels. L'exemple du livre de prières cabalistiques du RASHASH est cité dans l'ouvrage «La Cabale. Enseignement spirituel du judaïsme», tome 3.

Ce livre de prières indique les mouvements que le cabaliste doit accomplir spirituellement. Observer le commandement de la pose des tefillin signifie qu'il faut s'élever au niveau du partsouf Z"A du monde Atsilout, accéder à ce degré élevé correspondant à la présence de la lumière dans keter du partsouf de Z"A qui est nommé «tefillin». C'est ce qui se produira dans le partsouf spirituel, et c'est ce qui est nommé en Cabale par l'expression «poser les tefillin».

Le corps physique de l'homme accomplit le Commandement physique des tefillin, mais le corps spirituel dont l'homme s'est doté lui permet d'accomplir ce Commandement spirituellement. Le corps spirituel de l'homme se forme à mesure de la construction de l'écran à l'encontre des désirs égoïstes. La dimension de l'écran définit la grandeur du corps spirituel. 

Le corps spirituel peut se trouver à divers degrés qui sont désignés au moyen des expressions appliquées au corps: embryon, petit, grand. La lumière qui emplit le désir réparé est appelée «âme». Avant la formation d'un écran spirituel, l'homme n'a pas d'âme, seulement une âme animale, une petite étincelle de lumière qui anime son corps physiologique.

La grandeur de l'écran, la force d'opposition à l'égoïsme, détermine le degré de correspondance (en fonction des attributs) avec les attributs du Créateur, la force de pénétration de la lumière appelée par nous «Créateur». Cela désigne la similitude avec les attributs du Créateur. Les attributs divins sont en nous, comme nos écrits le disent : «l'homme est un vêtement pour le Créateur», Il brille de Ses attributs en l'homme, c'est pourquoi l'homme éprouve du plaisir en ressentant le Créateur.

Le Créateur pénètre en l'homme en fonction de la similitude des désirs de l'homme et des désirs du Créateur. Par ses efforts pour réparer son égoïsme, l'homme se rapproche du Créateur, en partant du point le plus éloigné pour parvenir à l'union avec Lui. Le Créateur emplit l'homme de Lui-même selon le degré de similitude de l'homme à Ses attributs. Dans le lieu allant du «peh» jusqu'au «tabour» dans le «partsouf» spirituel, le «keli» spirituel et la lumière qui l'emplit, désignent une seule et même chose.

Dans ce lieu, ils sont désignés par les termes: «hou ve shemo, ehad», «Lui et Son nom sont un», parce que c'est dans cette mesure que l'homme s'est hissé au niveau du Créateur, et le Créateur, la lumière, correspondent à Son nom, tel que l'homme Le ressent. Ce degré est désigné par l'expression «kiriat Chema» «Ecoute, Israël, le Créateur est Un». C'est alors que l'homme ressent qu'il y a en lui un Créateur Unique.

Le parachèvement de la réparation se définit comme le degré dont il est dit « et ce jour (à ce degré désigné par le terme «jour» parce que la lumière apparaîtra dans sa totalité), le Créateur et Son nom seront Un», car les partsoufim, les fragments du partsouf de «Adam», seront parvenus complètement à la perception totale, parfaite, infinie, sans limites, du Créateur, dans Son attribut d'unicité, celui de faire plaisir aux Créations. Ils y parviendront parce que leur kelim, le keli intérieur de l'homme, sera, de par ses attributs, totalement égal à la lumière, autrement dit, l'homme sera totalement semblable au Créateur.

C'est ainsi que l'homme réalise son destin. Le Créateur s'est posé pour but de créer l'homme totalement contraire à Lui, et de donner la possibilité à celui-ci de se faire à l'image du Créateur, en partant de rien, comme le Créateur l'a créé. En d'autres termes, le Créateur aurait comme créé l'imperfection absolue, et l'homme, au moyen de ses propres efforts, doit parvenir à la perfection absolue. Bien que le degré de perfection existe déjà, que nous y vivions, nous ne pouvons pas sentir notre existence en elle.

Il nous faut le réparer. Comme il est dit «il n'y a rien de nouveau sous le soleil», «c'est dans ta vieillesse que tu recueilleras les fruits», «tout ce que le Créateur fait restera ainsi éternellement», il s'est produit une seule action: conformément à la pensée du Créateur l'homme a été créé dans son état achevé de délectation infinie. Il dépend de l'homme de ressentir ce degré. Tout le progrès de la civilisation existe pour que nous comprenions que tout est possible: l'existence en dehors du temps, en dehors de l'espace, des espaces doubles, la multiplication des espaces. Les films fantastiques nous donnent une idée de la faculté d'être «ici» et «là». Se transporter ici ou là ne dépend que de nos impressions. La question se pose de savoir si le degré élevé sous-entend un plaisir plus intense qu'aux degrés moins élevés? La même question peut être formulée différemment, à savoir, est-ce que le degré suprême inclut toutes les délectations des degrés précédents?

Naturellement, tout ce que comprend le degré suprême comprend également ce qui est aux degrés précédents parce que tout ce qui est plus bas passe par le degré supérieur. Cela ne signifie pas, toutefois, que le degré suprême possède toutes les nuances des sensations précédentes. Pour révéler chaque plaisir, la nuance de telle ou telle sensation, il faut procéder à un «zivoug», le recevoir en soi, le ressentir en soi, sinon il demeure au stade de potentialité, mais pas de révélé.

Le parachèvement de la réparation est désigné ainsi parce que cela signifie l'achèvement de la révélation de toutes les nuances du plaisir satisfaites par le Créateur pour nous. Un adulte n'a pas la même lecture d'un roman qu'un adolescent. Il devrait descendre au niveau de l'adolescent, mais cela est déjà impossible parce qu'il a grandi, ses désirs sont plus intenses et il ne peut pas se contenter de petits plaisirs «non authentiques».

A chaque degré spirituel il existe une palette de couleurs NARANHA"Y (Nefech, Rouakh-nechama-haï-yehida). Chaque degré porte en lui les nuances de tous les autres. Rav Baruch Ashlag donne cet exemple: la viande de première catégorie est considérée comme l'aliment le plus riche, cuisiné d'une certaine manière. Si j'ai 5 possibilités pour me délecter (par rapport à 5 sefirot), je ne vais pas demander toutefois au garçon du restaurant de m'apporter 5 portions de viande. Je dirai « apportez-moi de la viande, de la salade, un potage, des légumes, du pain».

Pourquoi tout cela? Peut-on comparer de la salade à de la viande? Chaque élément possède sa saveur. L'un complète l'autre. Le NARANHA"Y permet, en fin de compte, une perfection du ressenti. Ressentir la perfection uniquement à la lumière de la Yehida n'est pas possible. Il faut ressentir les degrés de NEFECH, ROUAKH, NECHAMA, HAI. C'est uniquement tous ensemble qu'ils peuvent faire éprouver la perfection du ressenti.

C'est pourquoi, bien que le degré suprême inclue en lui les degrés inférieurs, petits, il n'est pas possible, après y avoir accédé, de ressentir tout ce qui est inhérent aux degrés inférieurs. Quand la mère -Bina doit donner la lumière (jour) à son fils -Z"A, elle fait un «zivoug»- recevoir à la demande -manne de Z"A, après quoi, elle lui donne cette lumière. Bina ne possède pas ce que demande le Z"A parce que c'est son désir uniquement, et non le sien.

En accomplissant tous les Commandements, en passant par les 620 Commandements (613 + 7 Commandements des peuples du monde), les 620 degrés de notre monde, avant d'accéder au parachèvement de la réparation, l'homme accueille en lui, dans son partsouf spirituel, toute la lumière que le Créateur a préparé pour lui, l'ensemble du NARANHA"Y. C'est ce nombre de degrés que doit surmonter l'homme pour s'unir au Créateur. En d'autres termes, l'homme doit observer chaque Commandement dans sa pleine signification spirituelle, c'est-à-dire créer un écran, procéder à la réparation de son égoïsme, faire un zivoug, un Commandement, recevoir en soi la lumière pour faire plaisir au Créateur, lumière désignée par le terme «Torah». Et ceci, à chaque degré.

En accédant au dernier degré l'homme reçoit l'ensemble de son NARANHA"Y, toute la Torah. Cette portion de lumière qui pénètre dans le partsouf spirituel de l'homme est désignée par le terme Torah, ou fragment du Créateur. Il n'existe rien d'autre que le désir d'éprouver du plaisir, réparé par un écran, par l'aspiration à être semblable au Créateur, la lumière divine.

Pourquoi est-il dit que «la Torah et le Créateur sont identiques» devient alors clair ! Ce qui se produit après le parachèvement de la réparation, nous ne l'étudions pas. Notre tâche est d'y parvenir, nous ne disposons pas de mots pour décrire ce qui est ressenti au degré de la délectation infinie. Les «Tikounei Zohar» l'abordent en partie, cela n'est pas l'objet de nos entretiens.

 

 

   
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