Regard Intérieur

PRÉLIMINAIRES

Rav Michaël Laitman

(Commentaires sur le «Talmud Esser HaSefirot T 1 - Histaklout pnimit»)
 

Le présent ouvrage a été collationné à partir d'un ensemble de notes de cours préparées par les auditeurs des entretiens que j'ai organisés en me référant à l'ouvrage de Rabbi Yéhouda Leïb Halevi Ashlag, «Talmud Esser HaSefirot, Première Partie, Histaklout pnimit» (Etude des Dix sefirot - Regard intérieur).

L'ordre et la dénomination des chapitres correspondent à l'original. Il ne s'agit pas de la traduction de l'original car les cours se sont déroulés sous la forme d'entretiens à bâtons rompus, ceci expliquant la présentation libre des articles, les répétitions, les passages inattendus d'un thème à un autre, ce qui est caractéristique d'entretiens spontanés.

La création repose sur la relation entre le Créateur et Sa seule création, l'homme. Combien de fois l'homme doit-il entendre cela avant que de commencer à le comprendre, avant que de prendre conscience qu'il s'agit de lui, et de lui uniquement ! Qui plus est, chacun est plus sensible à une explication, à un exemple en particulier correspondant à son type d'âme. Le caractère diffus de l'expression est par conséquent souvent justifié.

Il est recommandé au lecteur de se laisser porter par le courant libre et serein des débats présentés dans l'ouvrage, de s'inclure dans la réflexion sur les fondements de la création.

 

INTRODUCTION

Avant tout, il convient de savoir que pour évoquer des notions spirituelles, indépendantes du temps, de l'espace et du mouvement, il n'existe pas dans notre terminologie de termes pour les exprimer puisque tout ce que nous ressentons habituellement se déroule dans le temps, dans un endroit donné et évolue. Que l'évolution s'arrête, et notre vie s'arrête. Nous ne pouvons pas nous imaginer quoi que ce soit d'absolument immobile, arrêté dans le temps, n'ayant pas de volume.

Par exemple, notre univers occupe un certain volume. Si on devait l'extraire de l'espace où il se trouve, comment pourrait-on se représenter le vide laissé, alors qu'il n'y aurait rien en lui qui permette de le mesurer, de le décrire. Il n'y a ni corps, ni temps ni espace dans les mondes spirituels. Cela signifie que le spirituel n'a aucun rapport avec nos représentations, notre structure, notre nature, notre ressenti.

Sur quoi porte donc l'étude de la Cabale alors, et dans quel but? Comment pouvons-nous parler de « ce sujet » dont nous ne pouvons nous faire aucune représentation? Si nous ne pouvons pas absolument pas nous représenter le spirituel et, en dépit de notre généreuse imagination, nous ne sommes pas en mesure de nous le représenter, comment pouvons-nous alors comprendre ce qui est écrit dans les ouvrages de Cabale?

Les cabalistes sont des êtres qui ont reçu quelque chose qui leur donne la possibilité de ressentir les autres mondes. Seul celui qui perçoit, ressent, comprend «ce» monde porte le nom de cabaliste car il reçoit (Cabale, du verbe recevoir, «lekabel»), les informations transmises.

N'étant pas en mesure de ressentir quoi que ce soit au-delà des limites du temps, de l'espace et du mouvement, nous sommes totalement aveugles, nous ne ressentons pas les mondes spirituels qui existent autour de nous. Ces mondes spirituels nous traversent en quelque sorte sans frôler nos organes récepteurs qui n'y sont pas sensibles. Ils existent pourtant ! Bien que nous ne puissions pas nous représenter les mondes en dehors de l'espace, du temps et du mouvement, nous devons toutefois accepter que ces notions n'existent pas dans les mondes spirituels.

Par quels termes peut-on exprimer une notion quelle qu'elle soit concernant les mondes spirituels? Comment le cabaliste peut-il nous parler de ces mondes si ceux-ci sont dépourvus de ce que nous connaissons dans notre monde, notre monde étant perçu par nous uniquement dans le temps, l'espace, le mouvement? Tous les termes que nous employons font référence aux sensations reçues par nos organes des sens, c'est ce qui a donné naissance à notre vocabulaire. Nos impressions sont quelque chose de totalement subjectif. Nous ne pouvons pas comparer ce que nous ressentons, nous ne pouvons pas savoir ce qui est bien ou mal, beaucoup ou peu, nous mesurons tout par rapport à nous, par rapport à nos désirs subjectifs au moment où nous mesurons.

Il n'y a pas d'étalon absolu dans ce domaine, nous savons bien par expérience que nos sensations changent. Tout organisme vivant perçoit son monde à sa façon. J'ai choisi le terme « son monde » spécialement car pour chacun il est sien, et nous ne pouvons pas comparer notre perception en terme de similitude. Chaque création, inanimée, végétale ou animale perçoit le monde à sa façon. D'après les affirmations scientifiques, chaque type d'animaux a, par ses organes de la vision, une image tout à fait spécifique à lui du monde environnant, chacun ayant des organes des sens différemment structurés.

Si des extraterrestres nous racontaient la façon dont ils perçoivent leur monde au moyen de leurs organes des sens, comment pourrions-nous comparer nos sensations, notre langue étant basée sur notre perception qui inclut arbitrairement le «bon-le mauvais» dans les notions exprimées. A la question «comment allez-vous», nous répondons «bien» ou «mal». Dans le cadre de nos relations sur cette Terre, c'est suffisant, nous nous comprenons.

Nous communiquons en sachant que les problèmes de différence de mentalité, de culture, d'état d'esprit restent dans les limites de représentations générales. Cependant, sauf pour ce qui est des limites des concepts qui sont celles de notre perception subjective, ce que nous ressentons relève de notre imagination, car nous ne savons pas dans quelle mesure nous sommes dans l'absolu.

Par exemple, notre vision photographie un impact sur notre organe visuel, l'impression subjective, limitée, est transmise à notre cerveau qui analyse ce qui nous est extérieur.

Toute notre perception du monde environnant dépend de nos organes des sens, de leurs limites. Nous ne connaissons pas ce qui nous entoure, nous ne pouvons que ressentir à l'intérieur de nous une certaine sollicitation de nos organes des sens, dans les limites de leurs facultés réceptrices.

Nous ressentons non pas les effets de quelque chose extérieur à nous sur nos organes des sens, mais seulement la réaction de nos capteurs à la partie, au fragment, au diapason des sollicitations extérieures auxquelles ils sont sensibles.

Ce processus nous montre bien que nous sommes une « boite fermée » qui sent en elle des réactions aux sollicitations d'éléments extérieurs, il nous appartient de prendre conscience que la richesse de notre langue qui nous permet de communiquer et d'analyser ne reflète qu'une partie infime de ce qui existe autour de nous, et que nous ressentons de manière indirecte.

S'il en est ainsi, comment pouvons-nous, au moyen de notre langage créé en référence aux sensations subjectives que nous avons de notre monde, exprimer ce que nous percevons objectivement en matière de spirituel? Si nous prenons même le terme «lumière», terme des plus subtils dans notre monde, le plus proche du spirituel, il nous évoque pourtant la lumière du soleil ou la lumière de la raison, absolument pas la lumière divine. A ce propos, dans notre monde également, la lumière reste un phénomène peu compréhensible malgré les toutes les théories corpusculaires.

Le Ramban écrit que notre univers est créé à un niveau situé au-dessous de la vitesse de la lumière. Au-dessus de la vitesse de la lumière, il ne s'agit plus de notre monde. Notre représentation de la lumière est différente dans notre monde. Par exemple, nous disons «y voir plus clair», «avoir été éclairé», etc.; il s'agit juste de la pensée, du raisonnement.

Nous choisissons des mots en fonction de nos sensations, nous les transmettons à autrui qui, en fonction de sa représentation mentale, se forge sa propre perception en fonction de nos mots. Où est l'étalon unique au moyen duquel nous pouvons mesurer la similitude des sensations provoquées par un seul et même mot, une seule et même notion ?

Ne s'agissant pas de comparaison précise de notre perception (la psychologie et la psychiatrie ne semblent pas avoir encore abordé le sujet), il ne nous reste plus qu'à employer des concepts sans avoir vérifié la similitude de notre perception.

La perception ne peut pas être obligatoirement similaire d'un individu à un autre. Nous ne pouvons éveiller chez autrui que quelque chose de ressemblant, c'est là tout le problème de la langue. Par ailleurs, si nous ne pouvons pas exprimer verbalement avec précision notre perception de ce monde, comment pouvons-nous nous exprimer pour décrire des sensations spirituelles? Les mondes spirituels sont faits de sensations, ils sont dépourvus de corps, ils ne sont que désirs et ressenti. Les cabalistes nous disent qu'il s'agit de sensations d'une absolue précision qui nécessitent une expression parfaite et précise.

S'il en est ainsi, comment pouvons-nous exprimer par des mots des notions précises ayant trait à la perception des plus fines, des plus subtiles des mondes spirituels? La description des mondes spirituels concerne l'âme humaine, les degrés du rapprochement avec le Créateur, autrement dit, les degrés de la perception grandissante du Créateur. La Cabale divise l'âme universelle en deux parties, elle donne à chacune de ces parties une dénomination correspondant à ses attributs, décrit les actions de chacune d'elles. C'est cela le langage des sensations, il est cependant rigoureux, il permet d'avoir recours à des graphiques, des plans, des formules. La Cabale est l'ingénierie des âmes. Comment pouvons-nous appliquer notre langage terrestre imprécis à des recherches et des descriptions précises?

Essayez de dresser une évaluation précise de votre humeur et comparez la, après en avoir fait un graphique, à l'humeur d'une autre personne, comparez en pourcentages avec votre humeur de la veille, essayez d'exprimer toutes les nuances de votre ressenti en chiffres, en fonction de l'humeur provoquée par l'état physique, les soucis, la fatigue, la crainte, le moment, etc. Nous ne pourrons pas dans notre monde obtenir une gradation exacte de ce qui concerne le domaine de nos sensations.

Prenons l'exemple de quelqu'un qui effleurerait quelque chose de brûlant, l'excitation dans son cerveau dépendra de son humeur, de son état physique, de son entraînement qui sont propres à chacun. Nous ne pouvons pas comparer en pourcentage, en quantité, en qualité le plaisir procuré par la musique avec celui que fait éprouver un plat. Si notre langue est aussi primitive, limitée, subjective et imprécise, comment les cabalistes ont-ils pu la prendre pour décrire des phénomènes spirituels de la plus grande précision et pourquoi l'ont-ils employée et n'en ont-ils pas mis une autre au point?

Prenons l'exemple d'un symbole qui ne serait pas utilisé correctement. Celui qui connaît ce symbole, ignorant de l'erreur, ne comprendrait pas les résultats. Pour cette personne l'affirmation scientifique serait totalement inexacte. Par contre, celui qui ne connaît pas les symboles considérerait ces mêmes résultats comme justes. Si une personne prend des termes de notre monde ou en invente et entreprend de décrire les mondes spirituels, il est clair que ses descriptions ne seront pas authentiques.

C'est pourquoi, les cabalistes ont choisi une langue particulière pour décrire leur science, il s'agit de la langue des branches. La raison en est que tout dans notre monde, l'inanimé, le végétal l'animal, l'homme, tous les événements qui les ont touchés, qui se produisent et continueront à se produire, autrement dit, tous les éléments et leur organisation sont créés, gérés, maîtrisés par le Créateur. Tout passe par les mondes spirituels avant de parvenir dans notre monde. Cette organisation se renouvelle en permanence dans l'en-haut, de haut en bas, pour descendre dans notre monde.

Tout ce dont fait l'objet notre monde commence obligatoirement dans les mondes supérieurs puis descend ensuite progressivement, par degrés, dans notre monde. Tout dans notre monde est le prolongement des mondes supérieurs, il y a par conséquent une relation rigoureuse entre les éléments de notre monde, les conséquences et leur cause, leur source dans les mondes spirituels.

Les cabalistes ont mis en évidence ces relations en observant les éléments supérieurs à l'origine de cette relation, ainsi que les éléments inférieurs de notre monde qui reçoivent par leur lien avec le spirituel inconsciemment, imperceptiblement, qui en sont la continuation et qui s'organisent dans les mondes spirituels, ils peuvent donc avec précision nous dire qu'est ce qui est lié à quoi car ils peuvent désigner les éléments-racines des mondes supérieurs par les noms de leurs conséquences matérielles, leurs branches, dans notre monde.

Ceci explique la raison pour laquelle cette langue a reçu pour nom la «langue des branches» (et non la langue des racines car ce sont les branches qui sont désignées). Les cabalistes ont employé cette langue qui décrit précisément les mondes spirituels au moyen de nos termes. Cette langue est comprise par ceux qui comprennent les deux mondes.

Il s'ensuit une règle générale applicable à notre lecture de la Torah : nous devons toujours avoir à l'esprit que les mots que nous lisons en Cabale et dans l'ensemble de la Torah ne sont que des mots (non des éléments) de notre monde, et que ces mots désignent des racines, éléments spirituels qui n'ont rien à voir avec notre monde, nous devons bien faire la distinction.

La Torah nous expose les noms saints du Créateur, autrement dit les réalisations divines car un nom désigne une réalisation. C'est semblable dans notre monde à ces éléments qui sont désignés par nous en référence à ce qu'ils évoquent dans nos sensations.

La Torah est la description des degrés qui nous rapprochent du Créateur, qui nous permettent de percevoir le Créateur. La langue de sa rédaction a été choisie par les cabalistes pour s'expliquer entre eux, pour se transmettre mutuellement leurs connaissances sous la forme de mots, de symboles de notre monde comme le feraient des mathématiciens à l'aide de formules pour décrire notre monde. Les deux cabalistes, celui qui écrit et celui qui lit, comprennent de quoi il s'agit, ce qui est sous-entendu par tel ou tel terme en Cabale.

En résumé, un mot est un code qui exprime un élément spirituel et son état. En lisant ce mot, un autre cabaliste pourra le ressentir comme un interprète comprend le musicien. Autrement dit, ressentir ce qu'entend par tel ou tel mot l'autre cabaliste, ressentir ce que signifiait exactement l'auteur. Supposons un extraterrestre qui aurait débarqué sur notre planète et nous parlerait dans notre langue, en employant nos mots, mais que derrière ces mots il placerait d'autres significations. Pourrions-nous appeler cela « notre langue » ? Avant que d'entreprendre son instruction, il faudrait que nous sachions ce que signifient les termes qu'il emploie. Les cabalistes peuvent se transmettre mutuellement leurs connaissances parce que leur langue correspond aux dénominations des branches dans notre monde, chaque dénomination parlant d'un élément bien déterminé.

En employant une dénomination de notre monde, les cabalistes comprennent exactement ce qu'elle désigne dans les mondes spirituels, autrement dit sa racine. Toute la différence entre nous et les cabalistes réside en ceci que lorsque nous lisons, les mots que nous connaissons désignent pour nous des éléments, des branches de notre monde. Quand les cabalistes lisent un texte, ils voient non pas les branches de ces mots mais leurs racines, les éléments situés dans les mondes spirituels.

C'est pourquoi la Cabale emploie des termes particuliers comme «nechika», baiser, «zivoug», accouplement, «Hibouk», étreinte, a recours aux dénominations de tous les détails du corps humain, notamment «nartik», vagin, «rekhem», utérus. Il est indubitable que les actions des processus spirituels n'ont rien de commun avec ce que désignent ces termes dans notre monde.

Même la personne qui ne connaît pas la Cabale convient qu'elle est une science qui dépasse notre raison, notre logique et, naturellement, nos habitudes comportementales. La spiritualité est constituée d'actions qui ne proviennent pas de désirs égoïstes bas.

Pourquoi les ouvrages de Cabale évoquent-ils des notions parfois inconvenantes auxquelles nous n'avons recours qu'en cas de nécessité? La langue des branches employée pour désigner les éléments spirituels au moyen de mots de notre monde, fixée autrefois par des cabalistes ne peut pas être modifiée.

Pour s'exprimer, les cabalistes choisissent des termes en relation directe avec leurs racines sans prendre en considération leur caractère correct ou agréable. En aucun cas, ces termes ne peuvent être remplacés les uns par les autres. Tout comme deux cheveux n'ont pas une racine commune, il ne peut pas y avoir deux éléments de notre monde issus d'une seule et même racine spirituelle. Chaque créature a sa racine spirituelle.

Toute dénomination dans notre monde correspond à une racine dans les mondes spirituels, tout élément appartient à sa racine spirituelle qui est désignée par cette dénomination. Il ne peut, par conséquent, pas y avoir deux racines spirituelles portant une même dénomination, comme deux éléments distincts de notre monde ne portent pas le même nom. Chaque élément ou processus dans notre monde sont rigoureusement désignés par leur nom. Une fois définies les dénominations des éléments et des phénomènes de notre monde, il n'est pas possible de désigner leurs racines par des dénominations différentes.

Il existe une relation très précise entre une racine et sa conséquence dans notre monde, chaque entité de notre monde correspond rigoureusement à une entité spirituelle. Des petits liens relient les racines à leurs branches, invisibles de nous mais connus des cabalistes.

Qui plus est, le lien entre la racine spirituelle et la branche matérielle n'est pas «figé», il se déroule un processus de développement, de renouvellement. Depuis le début de sa création et jusqu'à sa fin, notre monde fait l'objet d'un processus de construction, de réparation, d'élévation, etc.

L'évolution se fait selon un plan rigoureusement défini dont le moindre détail a ses répercussions dans notre monde. Chaque élément évolue pour lui-même et, bien qu'il se mêle, s'unisse à d'autres éléments, il ne disparaît jamais, son essence demeure, il peut prendre d'autres formes, mais chacun conserve sont individualité.

Ceci explique pourquoi nous ne pouvons pas employer une dénomination à la place d'une autre. Il existe un code linguistique précis, chaque mot est employé en relation avec sa racine spirituelle comme nous l'ont indiqué les cabalistes. Il existe des sources cabalistiques dont les auteurs avaient atteint de telles hauteurs spirituelles qu'ils ont pu définir précisément chaque concept, c'est à celles-ci qu'il convient de se référer.

Dans les ouvrages cabalistiques, des termes comme «baiser», «acte sexuel», «habillement», «déshabillement», « vêtement», «chair», «circoncision», sont liés à l'absorption et à la séparation, nous devons comprendre que ce sont ces mots qui indiquent des racines spirituelles qui ne peuvent pas porter d'autre dénomination si nous prenons pour référence leurs branches dans notre monde. En aucun cas, nous ne devons imaginer que les mondes spirituels sont le siège de processus à comprendre dans le sens que leur donne notre monde pour désigner leur branche.

Il est par conséquent difficile pour la personne non préparée, qui n'a pas l'habitude de la traduction automatique des mots dans la langue des concepts spirituels, de lire des textes de Cabale. Il en est ainsi pour l'ensemble des livres de la Torah dont les récits sont écrits sous la forme de légendes, sans parler du «Cantique des cantiques» qui relate un amour pouvant être compris par nous selon les standards de ce monde. Il est très difficile de faire abstraction des représentations qu'évoquent pour nous des mots connus et de leur donner un nouveau sens car des liens précis relient déjà ces mots à des sensations vécues.

Cette transformation est plus facile pour les personnes pour lesquelles l'hébreu n'est pas la langue maternelle car cette personne ne connaît pas la correspondance absolue entre le terme hébreu et la sensation correspondante. Ce lien entre les mots et les sensations n'existe que dans la langue maternelle. Il est plus difficile par conséquent pour celui dont l'hébreu est la langue maternelle de se débarrasser de ces liens, de les couper pour faire cesser la relation avec les sensations évoquées.

Ces liens disparaissent toutefois progressivement pour être remplacés par de nouveaux à mesure que l'étudiant travaille sur lui-même, qu'il avance dans sa recherche spirituelle qui permet de mettre en place les notions correspondant à la langue des branches. Le lecteur traditionnel du Pentateuque, du Talmud, des légendes des prophètes, des Ecrits saints ne peut tout simplement pas se défaire des liens habituels des mots connus qui désignent des concepts qu'il ne connaît pas. Seules quelques unités comprennent la Torah qui ne parle que des attributs sacrés divins. Qu'est ce que cela signifie?

Nous donnons un nom à un élément en fonction de ses attributs après avoir analysé et défini son essence. Le cabaliste, en s'élevant dans sa perception des mondes spirituels, a connaissance des manifestations, des actions divines, des attributs du Créateur, et il donne une dénomination à son ressenti. Ne peut donner des noms au Créateur que celui qui Le ressent.

« La Torah décrit les attributs du Créateur » : cela signifie que seul celui qui s'élève sur le chemin spirituel et qui ressent le Créateur, découvre la Torah, la lumière qu'il reçoit s'appelant alors «Torah», la « lumière de la Torah » («Or», lumière). Les cabalistes n'ont par conséquent pas de difficultés à voir les racines supérieures évoquées par les mots de la Torah qui est un livre saint car il parle des attributs divins, de Son monde.

Qu'est ce qu'un Partsouf? Si sa tête est pénétrée par la lumière de la Hokhma, ce partsouf porte le nom de «partsouf hokhma». Si ce partsouf est pénétré par la lumière des Hassidim, il est appelé «partsouf bina». Le degré supérieur, celui auquel a réussi à accéder l'homme définit la dénomination de celui-ci. Il en est de même dans notre monde des hommes qui sont souvent appelés par le degré auquel ils ont réussi à accéder: «chef de tel ou tel service», académicien, etc. L'exemple suivant permettra peut-être de vous faire une représentation de la langue de la Cabale.

Supposons un homme vivant dans notre monde que des scientifiques auraient relié par tous ses organes des sens à toutes sortes de capteurs, et par son cœur comme récepteur de toutes les sensations. De cette façon, les scientifiques pourraient dresser une carte, des diagrammes et des tableaux de tout ce qui influe sur l'homme de l'extérieur: influences sonores, olfactives, visuelles, tactiles, et les réactions, les signaux qu'elles induisent en l'homme. Ensuite, les scientifiques relieraient l'homme à des sources de signaux électriques et enverraient dans le cerveau de l'homme des signaux comme s'ils provenaient de la source d'origine, et non du démodulateur.

L'homme, naturellement, ne sentirait aucune différence car il recevrait le même signal qu'émet la source «d'origine». Ensuite, comme dans toute expérience scientifique, les scientifiques créeraient la terminologie de leurs investigations. Ils entreprendraient de donner des dénominations techniques aux influences et aux réactions, aux sensations de l'homme : nous envoyons tel et tel signal, nous obtenons telle et telle réponse. Les étudiants en Cabale font sur eux-mêmes des expériences de ce type appliquées à l'influence sur eux de la seule source de nos sensations, la lumière divine, et ils décrivent leurs réactions.

Ce qu'il ressent de l'influence sur lui de la lumière et ses réactions, le cabaliste en prend conscience concrètement tant du point de vue de celui qui est soumis à l'expérimentation que de celui qui y procède, il peut donc décrire ses sensations non pas sous la forme de musique ou de vers, mais d'informations précises. C'est pourquoi la Cabale est dite la science authentique de la Torah, «Hokhma Emet» ou «Torat Emet». 

L'homme de notre monde qui n'est pas parvenu à pénétrer les mondes spirituels possède en lui un récipient spirituel nommé keli (récipient en hébreu) sous la forme d'un petit point dans le cœur. Ce point spirituel ne se situe pas physiquement dans notre cœur, il n'est que ressenti. Si l'homme étudie la Cabale selon des sources authentiques, il développe progressivement en lui ce point en y créant le vide. A l'intérieur de ce point, il peut ensuite recevoir la lumière spirituelle, autrement dit ressentir le Créateur.

L'action de ressentir le Créateur est désignée par le terme lumière. Le récipient qui peut se remplir de lumière ou en est déjà rempli est appelé partsouf. La taille du récipient est définie par le niveau spirituel. C'est pourquoi en Cabale, une dénomination ou un nom, prenons celui de Moïse qui signifie non pas un ami appelé Moïse, mais le nom de notre prophète Moïse, non pas son aspect physique mais son niveau spirituel, le degré suprême de spiritualité auquel il a accédé, le degré portant le nom de Moïse. Si je parviens, dans ma progression spirituelle, à ce degré, je recevrai le nom de Moïse.

C'est pourquoi le niveau spirituel d'un cabaliste est un partsouf qui est déterminé par la force avec laquelle il parvient à capter la lumière divine, le degré de pénétration par la lumière. En lisant, le cabaliste sait ce qu'il doit faire, quelles actions sont décrites dans les ouvrages. Spirituellement, par son corps spirituel, son partsouf, il fait ce qu'il a à faire. Les actions spirituelles sont appelées commandements car elles représentent le désir du Créateur qui veut que l'homme les observe pour recevoir Sa lumière, Le ressente.

C'est ainsi que nous devons comprendre pourquoi les cabalistes ont choisi un vocabulaire parfois inconvenant. Ce sont des actions spirituelles altruistes qui sont évoquées par ces mots alors qu'en lisant «étreinte», «baiser», «accouplement», nous pourrions comprendre qu'il s'agit de plaisirs bestiaux.

L'enveloppe extérieure du mot demeure inchangée. Il est pratiquement impossible de comprendre la Torah au moyen des catégories de notre monde : il est dit à propos de Adam créé par le Créateur que c'est un voleur, de l'épouse de Moïse que c'est une femme vénale, de Laban (la lumière supérieure de la Hokhma) que c'est un méchant, etc. Tout simplement nous ne comprenons pas le sens spirituel authentique qui se dissimule derrière les mots que nous connaissons. Toutes les langues ont leurs racines spirituelles, comme tout d'ailleurs dans notre monde. Seulement aucune racine ne ressemble à une autre. A l'achèvement de la réparation du monde dans son ensemble, les différences entre les éléments de tous les mondes disparaîtront, en attendant, il y a des racines spirituelles, supérieures et inférieures, fondamentales et auxiliaires.

Le monde étant structuré conformément à la pyramide spirituelle, pour le moment, avant le parachèvement de la réparation, tous ne sont pas égaux. Celui qui est plus proche des mondes spirituels peut être pire de par ses qualités s'il n'est pas encore entré dans les mondes spirituels, et il se situe au stade de son développement préliminaire, il prend conscience de son propre mal, il peut devenir meilleur. Celui qui est le plus éloigné de l'entrée dans les mondes spirituels peut être encore bien meilleur. Il s'agit de ceux qui travaillent à leur perfectionnement spirituel. Il n'existe pas de mauvaises ou de bonnes gens tel qu'on l'entend dans notre monde.

Il n'est pas possible de parler de ceux qui n'étudient pas la Cabale parce que ces personnes ne ressentent en elles aucune notion authentique, elles ne peuvent donc pas être comparées à l'étalon spirituel. Il y a des différences entre les racines tout comme entre leurs branches dans ce monde. Il y a également des différences entre les langues. Peut-on prendre n'importe quelle langue comme langue des branches ? En principe chaque langue a une racine spirituelle qui lui est propre. L'hébreu est la seule langue dont nous connaissions le code avec précision, c'est une langue dont les lettres ont permis de construire le monde, et le mot exprime la nature, l'essence de tout élément.

C'est pourquoi il est dit que la Torah « nous a été donnée » en langue hébraïque. Il n'y a pas de lettres dans «l'en-haut» mais les attributs spirituels qui nous ont été décrits sous la forme qui est représentée par les lettres de l'hébreu (voir le Livre du Zohar, paragraphes 22 à 39). De plus, il existe quelques langues pour décrire les mondes spirituels : la langue de la Cabale, la gématrie, les sefirot. Par ses explications des 10 sefirot, le ARI a permis à tout débutant de commencer à comprendre la Cabale.

Toute la Cabale s'est ouverte grâce au ARI. Le Zohar est écrit dans une langue inaccessible à notre compréhension, il a recours aux légendes. Avant le ARI, les cabalistes décrivaient les mondes spirituels avant la descente de la lumière. Leurs récits n'étaient pas scientifiques mais une description spéculative de ce qu'ils voyaient.

Le ARI n'a pas seulement décrit les processus spirituels, il en a exposé les raisons en analysant l'interaction de l'écran et de la lumière. Il a décrit avec précision les lois des processus spirituels sous la forme de lois de causes à effets. Le ARI n'a peut-être pas été le plus grand des cabalistes, mais il lui a été donné de nous parler de toute la Cabale. Seul le ARI a reçu cette autorisation. Qu'a fait le Baal HaSoulam? Il a repris la Cabale du ARI et a fourni des explications à propos de tout ce qui pouvait être éclairci en dehors du temps, de l'espace et du mouvement.

Tous les problèmes spirituels qui nous ne connaissions pas et que nous ne comprenions pas, il les a expliqués de telle manière que nous puisions les étudier d'après ses ouvrages, sans matérialiser ce que nous étudions, sans nous représenter mentalement des éléments concrets, pour que nous ne nous fassions pas d'image du spirituel, que ne pensions pas que les forces spirituelles sont incarnées dans notre corps physique, qu'il y a des forces spirituelles entre nos mains, en notre pouvoir, que nous n'imaginions pas qu'en observant mécaniquement un Commandement, nous agissons directement sur le spirituel, autrement dit qu'il y a un lien direct entre le spirituel et le matériel, au mépris du commandement « tu ne te feras pas d'idole ». C'est ce que signifie être idolâtre, et non se prosterner devant une pierre ou un arbre, ce qui n'est absolument pas le sens de ce commandement.

L'idolâtrie est la matérialisation des représentations spirituelles. C'est en raison d'une déformation possible que la diffusion de la Cabale avait été interdite. Le Baal HaSoulam a su parler de la Cabale de telle manière qu'il n'y ait pas de risque de matérialisation des représentations spirituelles dans les notions étudiées par l'élève. Avant lui, les hommes n'étaient pas préparés à recevoir cet enseignement, la Cabale, elle-même, était dissimulée pour être reçue correctement ensuite par l'homme.

C'est pratiquement le but de l'évolution et du progrès que de préparer l'humanité à recevoir et à convenir qu'il y a des choses, imperceptibles, mais qui existent, invisibles, mais les plus grandes, que le déplacement, la transformation instantanée ou bien l'absence de temps et d'espace, etc. sont possibles.

Tout cela doit préparer l'humanité à la pensée que le spirituel est quelque chose qui, bien qu'il ne se prête pas à notre imagination, a le droit d'exister, qu'il est possible qu'il existe avec nous. «Tout peut être».

Le Baal HaSoulam a introduit une langue, il l'a ciselée à tel point que ce n'est plus un problème de transmettre au moyen de cette langue toutes les notions spirituelles sans crainte que l'homme se trompe et se forge des représentations matérielles au lieu de spirituelles. Qu'a t il fait ? Il n'a fait qu'expliquer les 10 sefirot. Rien d'autre : les 9 sefirot qui correspondent à la relation du Créateur envers la création, et la dernière sefira qui correspond à la création elle-même, désignée par le terme de Malkhout. En dehors de cette union du Créateur et de la création sous la forme des 10 sefirot, il n'existe rien d'autre dans la création.

 

 

   
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