La matière et la forme dans la sagesse de la Cabale

Rav Yéhouda Ashlag, dit le Baal HaSoulam,

Explication du Rav, Pr Michaël Laitman

Cours matinal du 16.06.2004 donné depuis Moscou
 

En général la science se divise en deux parties: la première appelée la «connaissance de la matière» et la seconde appelée la «connaissance de la forme». Cela implique que dans la réalité nous entourant, il n'existe rien où la matière et la forme ne soient pas présentes.

Quoique nous puissions étudier dans notre réalité, tout est divisé en deux parties: la matière et la forme dans leurs plus simples expressions.

Prenons une table, par exemple. Elle est constituée de matière, disons de bois et possède la forme d'une table. La matière (le bois) se présente comme le vecteur de la forme (la table). C'est exactement la même chose pour le mot «menteur». Sa matière est constituée par l'homme et sa forme est «le mensonge», de sorte que la matière appelée homme porte la forme du mensonge. Il en est ainsi pour toute chose». 

Cette loi s'applique à chaque objet dans l'univers, aussi bien dans notre monde que dans le monde spirituel. En ce qui concerne l'homme, chaque chose est constituée de deux parties: la matière et la forme.

Quoique nous puissions observer, que ce soit dans le monde minéral, végétal ,animal ou vivant, les Sefirot spirituelles, ou nos pensées et nos sentiments, la perception de tout objet concernant l'homme est divisée en ces deux parties. C'est la façon dont nous percevons la réalité.

Conformément à notre perception de la réalité, «la science expérimentale est divisée en deux parties: l'une étudie la matière d'un objet pendant que l'autre étudie sa forme», ses propriétés et ses manifestations externes. Nous avons élaboré les sciences selon la façon dont nous percevons et analysons le monde qui nous entoure. Cependant si l'homme avait possédé d'autres sens lui permettant de saisir la réalité différemment, la science se serait naturellement développée d'une façon tout à fait différente. Elle n'aurait pas été divisée en deux parties: la recherche de la matière et celle de la forme. La division aurait été différente.

En étudiant la physiologie, la psychologie et l'anatomie de l'homme, nous étudions sa matière. «Cette étude, de nature empirique, se base sur des évidences solides et sur la comparaison des résultats issus d'expériences pratiques que la science accepte comme une base fiable pour tirer de véritables conclusions».

Nous classons tout ce que nous observons et nous recherchons, c'est ce qui constitue les bases pratiques de la science actuelle. La répétition des expériences et de leurs résultats est considérée comme vérité absolue, ce qui constitue la fondation de la science.

«L'autre partie de la science analyse seulement la forme abstraite sans aucun rapport avec la matière». Cependant, rien de tel n'existe dans notre monde. C'est à dire, je me dois de relier chaque propriété que je découvre à l'objet de mes études.

Supposons que j'ai rencontré quelqu'un et que je dise que cette personne avait tel ou tel comportement. En disant cela, je veux dire qu'elle possède des qualités spécifiques: par exemple, le mensonge, la sincérité, la gentillesse, ou la ruse. Je prends conscience de ces qualités au travers d'un certain objet, au travers un homme. Où prenons les propriétés de la dureté, de la rigidité, de la linéarité, de la multiplicité, etc. Je comprends qu'elles sont en relation avec des objets, mais je les étudie de manière abstraite. «En d'autres termes, les notions de vérité et de mensonge sont séparées de la matière, c.à.d. de la personne qui les véhicule. Les personnes versées dans l’étude ne cherchent qu’à voir la signification ou non des formes de la «vérité» et du «mensonge» et non ce qu’elles sont à l’état pur, comme ne se revêtant dans aucune matière quelque qu’elle soit. C'est cela qui nous appelons la connaissance de la forme».

Mais là, se présente un problème: «ce type de connaissance n'a aucune base empirique. De telles notions abstraites ne peuvent pas être perçues au travers d'expériences confirmées car elles transcendent la réalité».

Dans la pratique, nous voyons que les propriétés du mensonge, de vérité, de gentillesse ou de ruse n'existent pas séparées de la matière. Elles doivent être toujours véhiculées par une personne.

«La notion abstraite n'est que le fruit de notre imagination autrement dit, seule l’imagination peut la dessiner bien qu’elle n'existe pas en réalité». Nous ne pouvons simplement qu'extraire artificiellement les propriétés de leur attribut et les étudier abstraitement.

«Toute recherche scientifique de ce genre est uniquement basée sur des suppositions théoriques qui ne sont confirmées par aucune expérimentation et résultent de discussions théoriques. Ce type de connaissance est à la base de la Grande Philosophie.

Par conséquent, la plupart des scientifiques modernes traite cette science avec indifférence, profondément insatisfaits des discussions stériles, basées sur des théorisations qui, de leur point de vue, ne sont pas des bases sérieuses. Seule une base de nature empirique peut être considérée comme fiable: une base permettant en pratique d'appréhender à la fois la matière au travers de la forme et la forme dans la matière.

De cette manière nous pouvons étudier la forme sans la détacher de la matière. Sinon, les résultas de la recherche ne seraient pas considérés comme valable et les conclusions s'avèreraient être fausses. Il est donc interdit d'étudier les formes sans leurs attributs.

Le Baal HaSoulam précise que la notion que nous avons du monde spirituel est plutôt vague. Comment voyons nous le monde supérieur? Nous commençons par imaginer et assumer qu'il existe une propriété abstraite et imperceptible, inventée artificiellement.

Lorsque nous étudions des manifestations ou des propriétés appartenant au monde qui nous entoure, nous pensons que quelque chose de similaire existe dans le royaume spirituel. Ce qui veut dire que nous nous détachons de la réalité et que nous imaginons une propriété indépendante de la matière que nous appelons spirituel. Nous pouvons ainsi imaginer à l'infini.

Lorsque nous étudions des attributs tels que la bonté ou l'altruisme, nous les séparons de l'homme. Cette approche a été le point de départ de nombreuses théories utopistes, et notamment celles du communisme, qui furent par la suite matérialisées dans la contrainte. Cependant, elles n'ont rien à voir avec la matière. La matière est totalement égoïste, tandis que la forme qui est conçue par les personnes est absolument altruiste, elles n'ont donc aucun point commun entre elles. Nous pouvons en voir des exemples dans la pratique, en particulier dans les tentatives d'ériger le socialisme et le communisme en Russie ou dans les efforts de fondation des Kibboutz en Israël.

C'est malheureusement de cette façon que nous percevons le monde spirituel. Celui qui le veut peut à tout moment commencer à fantasmer sur le monde spirituel. Du fait que personne ne puisse le ressentir, les gens inventent des attributs, des notions et des qualités abstraites détachées du monde qui sont totalement sans fondement, puis ils commencent à les manipuler. De nombreuses théories que personne, ni même leurs auteurs, ne peuvent vérifier apparaissent ainsi et désorientent l'humanité.

De nombreuses théories «spirituelles» se sont ancrées dans le cerveau de millions et de millions de personnes. Ces philosophies, ces religions et ces croyances sont complètement sans fondement et ont pu pendant des milliers d'années détourner les hommes de la véritable étude empirique de la nature. Il est dit dans la Torah; «le juge ne connaît que ce que ses yeux peuvent voir» et «On ne témoigne pas de ce que l'on entend, mais de ce que l'on voit». Ce qui veut dire que l'on ne peut compter que sur des résultats tangibles.

Nous pouvons donc voir la différence qu'il existe entre la sagesse de la Cabale et toutes les autres sciences. Nous comprenons ce que la Cabale nous offre. Elle permet à l'homme de voir, ressentir et discerner la manifestation tangible de la matière et de la forme de façon inséparable lorsque tout objet appartenant à notre monde ou au monde spirituel est appréhendé de façon empirique.

Dans la Cabale, on ne détache pas la forme de la matière. Le cabaliste les perçoit, les étudie et les atteint simultanément. Par conséquent, il n'y a aucun besoin d'inventer de nouvelles théories.

La sagesse de la Cabale est également divisée en deux parties comme mentionné précédemment: la Connaissance de la Matière et la Connaissance de la Forme. Cependant ici réside une grande merveille, un avantage de plus comparé à la science conventionnelle, ici même la découverte de la forme est entièrement basée sur une critique de la raison pratique, signifiant basée sur une recherche empirique.

Quel est l'avantage que nous confère la science de la Cabale? En développant un nouveau sens de perception, l'homme entre dans un monde jusqu'alors inconnu, une partie cachée de la création. Il travaille dans celle-ci de la même façon que dans notre réalité. La connaissance qu'il acquiert de cette recherche est beaucoup plus fiable car elle a été obtenue empiriquement.

Ainsi il est dit: «Le juge ne voit pas plus que ses yeux peuvent voir» et «Ce qui n'est pas encore saisit ne peut être nommé». En d'autres termes, en définissant un objet on ne peut nommer une de ses propriétés qu'après avoir totalement appréhender cet objet.

Selon la Cabale, cette connaissance atteint le degré le plus élevé de la compréhension, lorsque l'homme saisit non seulement l'objet en soi et sa forme, mais aussi son origine. Le mot «origine» suggère de formuler un objectif pour la vie de cet objet, ainsi que toutes les transformations qu'il va subir dans la chaîne de relations de causes à effets jusqu'à ce qu'il obtienne sa forme finale. Par conséquent, en étudiant un objet matériel ou spirituel, je recherche le moment ou il apparaît, la cause de ses origines et tout ce qui devrait lui arriver jusqu'à sa réparation finale. C'est cette connaissance qui dans la Cabale est appelé une perception.

La différence entre la sagesse de la Cabale et toutes les autres sciences vient du fait que chaque science à son propre domaine d'investigation limité dans son champ d'action par nos cinq sens de perception. La Cabale offre à l'homme une perception dont la capacité est illimitée. Il ne faut cependant jamais oublier que toute étude doit rester dans les limites de la réalité objective sachant que les cabalistes s'appuient uniquement sur ce qu'ils perçoivent clairement.

C'est donc avec une extrême prudence qu'ils ont divulgué cette connaissance pendant les cinq mille ans d'existence de la Cabale (ceci est vérifié par des sources littéraires et scientifiques). Nous voyons que le Baal HaSoulam dans «l'Etude des Dix Sefirot» et dans d'autres travaux, explique ceci avec grande précision.

Lorsqu'il parvient à une certaine connaissance supérieure, il explique cela avec les mots suivants: «il me semble que c'est une élévation personnelle» ce qui signifie qu'il perçoit quelque chose qui découle de sa propre opinion. Toutes ses hypothèses sont exprimées précisément et sont basées sur une analyse méticuleuse et une perception. Il affirme pour ce qui est de la perception peut-être: «je ne peux pas saisir cela, mais je le suppose». Toute information non corroborée n'est jamais acceptée comme une donnée scientifique fiable, même par l'auteur lui-même ou par celui qui lit ses livres.

La sagesse de la Cabale ressemble ainsi aux autres sciences naturelles, ce n'est que son champ de perception qui est beaucoup plus vaste. Elle se base comme les autres sciences sur des éléments précis. Ce n'est uniquement que ce qui peut être acquis, mesuré, reproduit et transmis qui établit les données scientifiques. La forme et la matière ne sont pas séparées l'une de l'autre, mais sont étudiées ensemble.

En même temps, il est très significatif que des notions telles que le mensonge, la vérité, la bonté, l'égoïsme ou l'altruisme qui constituent des propriétés incompréhensibles pour la science conventionnelle, puissent être appréhendées empiriquement par la science de la Cabale. La psychologie et la philosophie les étudient quant à elles comme des notions abstraites totalement déconnectées de la matière.

La science de la Cabale étudie les attributs reliés à la matière. Cette matière appelée «égoïsme» est l'objet de sa recherche. Par conséquent, l'appréhension d'une chose par la science conventionnelle se fait par la forme, alors que dans la science de la Cabale c'est par la matière, d'un point de vue scientifique et certitude.

La perception de ce nouveau sens s'appelle «l'âme», «l'écran» ou «la lumière réfléchie». Ce qui est perçu par ce sens est appelé perception spirituelle.

Une perception spirituelle n'est possible que si les attributs internes d'un homme coïncident avec des attributs qui lui sont extérieurs, sachant qu'il n'existe qu'une seule force externe agissante. Les cabalistes l'appellent le Créateur. Dans les limites de sa ressemblance avec le Créateur, il mesure et analyse ses nouveaux attributs dont il ressent les manifestations dans son propre corps. Nous pouvons alors parler de sa perception spirituelle puisque ses attributs ressemblent à ceux du Créateur.

Aussitôt qu'il commence à Le saisir (càd à ressembler progressivement au Créateur), il pénètre dans les mondes supérieurs. Quelle est la signification des «mondes supérieurs». Le mot «monde» (Olam) est dérivé de Alamah (caché). Tandis que le récipient (Kli) spirituel grandit en l'homme, l'homme s'approche de plus en plus du Créateur.

Une personne acquiert un récipient lors de son ascension progressive des 125 niveaux spirituels appelés les 125 niveaux des mondes. L'ascension par niveaux des mondes correspond à une révélation graduelle du Créateur, à la création du récipient spirituel et à la connaissance du Créateur qui apparemment existe au delà de lui. L'emploi du mot «apparemment» souligne qu'il nous est impossible de ressentir quelque chose en dehors de nos sens.

C'est ainsi que l'homme découvre que tous les mondes existant en lui ne sont que les différentes parties de sa similitude avec le Créateur.

Question: Nous savons que l'attribut du Créateur est de donner sans réserve. Alors imaginons la nature de cet attribut. Ne risquons nous pas de rechercher des formes complètement irréelles et de nous égarer?

La Cabale ne nous enseigne pas de rechercher à ressembler à des choses imaginaires. Elle nous précise que tout changement chez une personne se fait au niveau de sa perception. Nous devrions essayer de créer le kli en nous qui percevra cet attribut extérieur à notre nature et qui nous fera ressentir d'une manière tangible et objective ce dont nous manquons.

Je ne dois pas suivre à la lettre ce qui est écrit dans un livre. Je ne sais pas où cela m'entraînerait et de toute façon cela se conclurait par un échec. La Cabale ne vous demande pas de devenir une personne juste altruiste et aimante à partir d'aujourd'hui. Vous pouvez essayer si vous le désirez.... vous verrez alors ce qu'il adviendra. Vous parviendrez à de tels états que vous engendrerez la fausseté et la prétention. Ce n'est pas du tout notre méthode.

Quelle est donc la méthode de la Cabale? Je dois commencer par comprendre la condition dans laquelle je me trouve. Tout commence avec la prise de conscience du moment présent. Ceci est appelé «la connaissance du mal». Il peut s'avérer que je sois immergé dans l'égoïsme, propriété alors opposée à celle du Créateur, et cependant en être totalement inconscient. Je dois donc me le révéler à moi même, n'ayant aucune idée de sa réalité. Mon entourage peut me répéter que je suis un vil égoïste, mais à moins d'en prendre conscience moi même, ces mots resteront lettres mortes.

C'est pourquoi, l'éducation prônée par la Cabale interdit toute forme de contrainte. Toute pression est regardée comme «Moussar» (moralisante) et rejetée. Les enfants et les adultes ne reçoivent aucune instruction. Remarquez que je parle bien ici de l'éducation pratiquée par la Cabale et non d'une éducation religieuse. Toutes les religions ont leurs interdits. Dans la Cabale, nous disons: «Vous êtes par nature un égoïste et toutes vos actions ne méritent ni spécialement une récompense ni une punition, parce que c'est dans votre nature d'agir comme vous le faites». Les notions de récompense, de punition et de libre arbitre viendront beaucoup plus tard; c'est pour cette raison que l'éducation enseignée par la Cabale exclut toutes formes de pression et de contraintes.

Le Baal HaSoulam nous parle du péché des nations soit disants «civilisées» qui imposent aux peuples en voie de développement, leur culture et leur façon de vivre. C'est cela qui détruit l'évolution correcte et naturelle de l'homme qui doit prendre conscience du mal dans son moment présent afin de trouver une meilleure condition qui l'élèvera. Ce processus évolue conformément à la loi de la négation de la négation.

J'ai besoin de connaître le mal qui est en moi pour que la force de réalisation spirituelle me conduise et me fasse avancer vers un niveau plus élevé. La prise de conscience que ce mal est une maladie insupportable attire cette énergie en moi. Quand ce processus se met en marche en l'homme, alors l'être humain se développe naturellement et en toute liberté. C'est de cette façon que nous gravissons les niveaux spirituels.

On ne doit surtout pas penser qu'il est possible de sauter un niveau en révélant un quelconque secret ou en suivant les conseils de quelqu'un. Une personne ne peut gravir les niveaux les uns après les autres uniquement si elle ne supporte plus son niveau précédent. L'histoire de l'humanité confirme cela. Regardons les souffrances que les hommes ont du endurer pendant des millions d'années, cela n'a pas été suffisant pour qu'ils puissent prendre conscience du mal en eux. Il nous semble que pendant 5 à 10 mille ans nous nous sommes développés et que nous avons évolués. En réalité, nous ressemblons à un âne qui refuse d'aller plus loin et qui ne voit la nécessité d'avancer qu'après avoir reçu des coups de bâton.

Du point de vue spirituel, nous n'avons pas progressé. De ce fait, notre monde est appelé Domem (minéral, inanimé). Nous ne faisons qu'engranger des coups qui à terme nous ferons comprendre l'état illusoire de notre situation. Nous n'avons pas changé depuis le début de l'histoire de l'humanité.

De nos jours, nous entendons dire de plus en plus souvent que les réalisations que nous avons obtenues tant dans le domaine culturel, technologique, scientifique, philosophique et social, càd dans tout ce que l'humanité s'est investie depuis des milliers d'années (la politique, l'argent, le développement social, et l'éducation) nous conduit irrémédiablement vers une crise, un chaos mondial. En regardant derrière elle, et en voyant la souffrance de son cheminement pendant ces milliers d'années, l'humanité n'a pas réalisé qu'elle devait apprendre quelque chose d'autre, qu'elle s'était fourvoyée. Malheureusement, au regard de l'histoire, des guerres mondiales ou des souffrances encore plus horribles pourraient très bien survenir jusqu'à ce que l'humanité acquière l'expérience nécessaire. Elle serait alors capable de s'élever à un niveau supérieur. 

Tout ce qui se passe au niveau de l'humanité, se passe aussi au niveau de chaque individu selon la loi universelle qui postule: «Klal ou Prat Chavim» (général et particulier sont égaux). Tout ce qui se passe dans le monde entier, dans une image globale de l'homme, se produit à l'identique à l'intérieur de chacun d'entre nous.

Il s'avère que nous sommes incapables de sortir de cet état égoïste dans lequel nous nous trouvons. Ressemblant à cet âne qui reçoit des coups sans bouger, nous continuons à souffrir jusqu'à ce que nous puissions prendre conscience du mal qui nous habite et alors nous finirons par crier toute notre exaspération et notre lassitude et nous commencerons enfin à avancer.

Si cela est vrai, quel est donc le but de notre existence? Le but est de pouvoir faire accélérer cette connaissance du mal aidé en cela par l'influence de la lumière supérieure, la lumière environnante (Or Makif) qui nous touche imperceptiblement pendant l'étude. Nous accélérons tout simplement le processus d'évolution. Nous ne pouvons pas avancer sans cette connaissance du mal. Il se peut que l'on soit à deux doigts de la barrière (Mahsom) et toujours ne pas la franchir sans ce dernier coup.

Nous voyons cela dans notre vie quotidienne. Nous souffrons parfois tout en sachant ce que nous devrions changer mais nous continuons sans rien faire. Notre cerveau comprend parfaitement ce qu'il faut réaliser, mais nous n'avons aucune énergie (connaissance du mal) pour accomplir ce changement.

Gardons cette idée de base pour notre étude. Nous devons ressentir ce mal «Be Atsamot» (jusque dans nos os.), dans nos entrailles. L'étude et notre travail au sein du groupe, révélant clairement notre condition doivent nous conduire à cette réalisation qui est le seul but ultime. C'est uniquement dans cette intention que les cabalistes nous ont écrit leurs livres. Nous ne comprenons pas ce qu'ils écrivent, mais la Lumière descend et fait apparaître le contraste qu'il y a entre elle et notre état présent et nous ressentons la conséquence de cette opposition. La lumière apporte une énergie positive, altruiste mais nous nous sentons mal par rapport à sa présence. Nous avons cette impression de vertige au moment où elle nous touche et nous révèle sa forme. Je la déteste car je ressens ma différence vis à vis d'elle.

Je dois montrer mon amour aux autres membres du groupe et faire preuve d'attention envers eux. Chaque membre du groupe doit se forcer à le mettre en pratique et ne pas être une personne vertueuse invisible. C'est alors qu'une autre personne se sentira mal à l'aise. Chacun doit agir dans ce sens, l'un envers l'autre, tout comme Or Makif agit envers nous tous.

Question: Qu'est ce que nous acquérons exactement lors de notre ascension des différents niveaux des mondes supérieurs?

Il nous semble que nous possédons un grand nombre d'attributs, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Les cabalistes n'étudient pas les attributs de l'homme. Ils les classent uniquement selon leur direction: il s'agit soit de propriétés égoïstes (tournées vers soi même), soit de propriétés altruistes (tournées vers le don). A qui pouvons nous donner? A Celui qui nous donne, le Créateur. Le reste n'a aucune importance.

C'est exactement la même chose avec les sefirot. A chaque niveau, il existe une certaine combinaison de sefirot qui sont tournées soit vers le fait de recevoir (klipa), soit vers le don à l'égard du Créateur. L'étendue du recevoir et du don peut être plus ou moins grande, cela dépend du niveau que l'homme a atteint. Le kli général associe les qualités de base, les 9 premières Sefirot, ce qui explique que chacun perçoit une image différente.

Les mondes constituent notre Kli intérieur qui est formé à son tour des 125 niveaux des révélations qui correspondent à la correction graduelle de l'égoïsme vers l'altruisme (tournée vers le don). Voici comment mon égoïsme m'est révélé. J'acquière tout d'abord l'écran correspondant à la 125ème partie et ensuite, je ressens au travers de celui-ci la propriété altruiste dont l'intention est tournée vers le Créateur.

Cette première correction correspond à mon premier niveau spirituel. Le Kli suivant révèle une portion additionnelle d'égoïsme; J'acquière de nouveau l'écran pour atteindre le 2ème niveau de correction. Le degré et la qualité de cette correction me permet de dire: «J'ai atteint le Créateur à 2/125ème». Ceci correspond à mon ascension de Malkhout à Yessod appartenant tous deux au monde d'Assiya. Et ainsi de suite. Voilà ce que sont les mondes supérieurs.

La quantité de mon désir qui a été corrigé est un monde de ma réalisation. Aujourd'hui puisque je n'ai apporté aucune correction me rapprochant du Créateur, je suis dans le niveau préliminaire que l'on appelle «notre monde». C'est le même égoïsme qui me fait naturellement ressentir le Créateur mais uniquement pour moi même. Cet état est appelé «mon monde».

L'homme ne perçoit rien d'autre que la lumière qui l'a créé et qui rempli et soutien son égoïsme. Même en ce moment je ressens le Créateur bien qu'étant au niveau le plus bas (appelé «notre monde») le plus éloigné de Lui.

Un tel état n'est pas considéré comme spirituel. Son manque de ressemblance avec le Créateur l'empêche d'être défini comme la réalisation du monde supérieur. Pourtant même dans cet état et dans ceux qui suivent plus élevés, je perçois mon propre désir: le degré de ma correction. Je ressens tout en moi, au travers de mon désir. Il n'existe rien d'autre. Je suis confiné en moi même. C'est de cette façon que notre désir (la création) fut créé. Nous l'étudions dans les quatre phases du développement de la lumière directe.

J'aimerais préciser ici que l'ascension à partir de l'un des 125 niveaux spirituels au niveau suivant et ce jusqu'à la Réparation finale (Gmar Tikoun), n'est pas due à l'intensification de mon désir. Le désir est une unité fixe et invariable. Je peux seulement augmenter le nombre de ces désirs. La progression d'un niveau à un autre est conditionnée par la rencontre avec d'autres âmes, ou encore par l'interférence avec les désirs d'autrui. En reliant mon désir à ceux d'autres personnes mon Kli s'agrandit.

Nous pouvons donc dire qu'en dehors de mon Kli il existe 125 autres Kelim extérieurs. En me reliant à l'un d'eux, j'obtiens un désir supplémentaire. Ce lien engendre une correction. Je me corrige en devenant plus altruiste.

Il est impossible de le faire d'une autre façon car toute union est engendrée par l'amour, quand toute parcelle égoïste a disparue. Ainsi, je relie ma 125ème partie à la 125ème partie de quelqu'un d'autre. La correction de mon Kli est formée de 2/125ème dans lequel je ressens mon niveau spirituel suivant et ainsi de suite.

Ce que j'essaie de dire c'est que l'accroissement de l'égoïsme ne se produit non pas à cause du développement du Kli mais de son aptitude à se relier à d'autres âmes. «Aime ton prochain comme toi-même» est donc considéré par la Torah comme la règle générale. En d'autres termes, c'est la loi générale de réception de la lumière. Les âmes ne peuvent cependant se relier entre elles qu'avec l'aide de l'amour. Il n'y a pas d'autre façon de percevoir les désirs d'autrui comme étant les siens. La fusion des âmes peut par conséquent nous élever d'un niveau à un autre. En s'élevant sur chacun des 125 niveaux spirituels, l'homme est obligé d'augmenter son Kli de 1/125ème. Autrement dit, il est obligé d'élargir son union avec d'autres âmes.

Question: Comment peut on accélérer la connaissance du mal en travaillant à la réalisation de la grandeur du Créateur?

Notre préoccupation principale est de réaliser la grandeur du Créateur essayant ainsi de nous positionner correctement à Son égard. Nous aspirons à constituer en nous même, de cette manière, un modèle conforme à la création. Quel bénéfice puis-je en tirer? Il est grand m'a t'on dit, devrais-je donc maintenant essayer d'imaginer cette grandeur?

En réalité, voilà ce qui se passe. Je veux attirer sur moi la lumière environnante, à savoir effectuer quelque action artificielle. Elle est considérée comme telle car une action naturelle découle d'un développement simple (c'est la façon d'évoluer de l'humanité toute entière: recevoir des coups. «Derekh Issourim» (la voie de la souffrance) est le chemin naturel sur lequel l'égoïsme est rué de coups jusqu'à ce que l'homme ressente le besoin de les fuir. La mort semble alors préférable à cette vie de souffrance.

Telle est notre voie naturelle et normale. Que pouvons nous accomplir pour accélérer notre progression? Nous pouvons attirer des forces surnaturelles de développement. Nous pouvons ainsi nous mettre artificiellement dans un état que nous n'avons pas encore atteint mais dont nous en avons l'obligation.

Ce qui nous amène à nous poser de nombreuses questions. Est-ce que nous n'anéantissons pas le bon déroulement de notre développement? Est ce que nous ne nous faisons pas du tort en allant dans une mauvaise direction et en nous déroutant ?

La réponse est très simple: l'AHP du niveau le plus haut existe en nous. Nous avons juste besoin de nous y adapter. En fait, dans mon état actuel, je vois et je ressens ce monde. Je l'évalue et je peux plus ou moins m'y adapter. En outre, j'ai des notions sur le soi-disant monde spirituel.

Le monde spirituel est simplement mon prochain état. Comment puis-je l'imaginer? Je ne dois vraiment pas l'imaginer. Rien de bon ne sortira de mon imagination; cela me conduira à la philosophie, à la religion, ou à Dieu sait quoi.

En aucun cas, je ne dois pas imaginer autre chose que celle-ci: la force supérieure qui me contrôle à l'instant est précisément celle que je veux atteindre. Ses qualités sont incomparablement meilleures que les miennes. Je me dois de la découvrir plutôt que de rester dans ce monde avec mon état présent. C'est tout ce que je dois faire. Je ne dois pas m'imaginer de nouvelles formes ou quelques images que ce soit.

J'affirme que le Créateur est grand et que mon but est de Le ressentir car, dès à présent j'imagine mon prochain niveau comme souhaitable. Je peux rester sans bouger et attendre qu'un nombre suffisant de coups me force à passer au niveau supérieur. Cependant, si maintenant, avant que tous ces coups ne me tombent dessus, je vois que mon état futur est meilleur que l'actuel, alors je ne devrais pas avoir à attendre des années, ni à souffrir de ces nombreuses épreuves que je pourrais tout simplement éviter.

Que signifie éviter les épreuves? Dans tous les cas, je dois comprendre que mon état actuel est insupportable. Ma situation présente me fera alors ressentir amertume et désespoir comme si j'avais reçu ces milliers de coups.

Quelle attitude à avoir face à cette situation? Qui a le courage d'endurer de tels sentiments? Aucun être humain ne le désire. Notre égoïsme ne nous le permettra pas. Qu'allons donc nous faire? Nous devons augmenter à nos yeux, la grandeur du Créateur. Dans ce cas, notre désir de progression remplacera les revers douloureux.

Je dois donc commencer à progresser, soit sous l'influence de cette force positive qui me tire vers l'avant, soit éperonné par la force négative qui me poussera vers l'avant en me frappant par derrière. Les cabalistes nous proposent d'utiliser la force positive, de visualiser la grandeur du Créateur et de décider qu'il est dans notre intérêt de L’atteindre. Votre état actuel est dénaturé car vous êtes détaché de Lui.

Si vous l'imaginez correctement et si la société dans laquelle vous vivez vous aide à Le percevoir au mieux, alors, naturellement vous vous sentirez amer et désespéré. Ces sentiments vous envahiront parce que vous aurez envie de quelque chose de mieux et non pas parce que vous traverserez des tourments. Ce qui est totalement différent.

Vous serez quand même éprouvé mais ce sera par l'amour. Quand nous goûtons à l'amour et que nous nous languissons, nous souffrons bien entendu, mais personne ne choisirait d'abandonner et de retomber à l'état animal en ressentant cet avant-goût de fusion et d'accomplissement futur.

C'est la différence entre la voie de la lumière et la voie de la souffrance. La prise de conscience du mal est inévitable, mais elle sera perçue de manière totalement différente. Imaginez, dans un cas, que quelque chose de très attrayant vous incite à vous précipiter en avant et dans un autre cas, que vous receviez de tels coups que vous vous enfuyez pour ne pas avoir mal. Le résultat est identique mais les sensations éprouvées sont totalement à l'opposé.

L'homme apprend toutefois avec difficulté. Le Créateur lui envoie des guerres mondiales et des détresses. Et alors? Bien entendu c'est un processus d'accumulation mais cela prendra du temps pour transformer la conscience de l'humanité et la forcer à se diriger vers le dénouement approprié.

Question: Dans quel cas le processus de la prise de conscience du mal devient elle délibérée?

Le processus de la prise de conscience du mal devient rapidement délibéré. Le plus important est qu'il soit fondé sur la connaissance du niveau le plus élevé, sur l'attraction de la Lumière. Plutôt que de recevoir des coups par derrière, la lumière environnante (Or Makif ) nous aide à aller de l'avant.

La lumière crée un vide qu'elle ne remplit pas, car le plus important est de former un Kli. Pour nous élever au niveau supérieur, nous devons posséder un Kli, un désir supplémentaire. Ce nouveau désir apparaît sous l'influence de la lumière environnante. L'Or Makif nous révèle qu'à moins de rejoindre le Kli commun, l'âme (qui est nettement ressentie dans le monde spirituel) de 1/125ème de plus que précédemment, nous ne recevrons pas la dimension supplémentaire dans laquelle le Créateur peut être perçu.

Question: La perception du Créateur est constituée de deux aspects: le général et le particulier. La question est de connaître ma dépendance par rapport au groupe.

A moins que le groupe n'insiste sur l'importance du Créateur, je n'aurai pas de force pour avancer vers Lui. Ce seront les épreuves qui me feront avancer comme lorsque j'étais seul. A la limite, peut-être qu'en étant uni à d'autres personnes les coups seront plus âpres et me feront progresser plus vite.

Donc si je travaille avec le groupe, je mérite, de par mes efforts personnels, de m'élever au niveau suivant, c'est-à-dire de former ce Kli intérieur. Est ce que je dois attendre que mes amis atteignent également ce niveau?

Question: Est ce que chaque membre doit avoir la même prise de conscience du mal?

Non, ce n'est pas nécessaire. Un groupe peut être constitué de débutants qui comprennent difficilement ce qu'ils font. Je suis censé travailler au sein du groupe seulement si les membres du groupe aspirent au but. Ceci n'a rien à voir avec leur degré de connaissance ni à leur niveau atteint. Cela concerne leur élan intérieur. Leur état spirituel et leur degré de réalisation sont totalement insignifiants s'ils possèdent cette ambition spirituelle. Une personne ayant atteint des niveaux élevés peut faire partie d'un petit groupe et recevoir en même temps tout ce dont elle a besoin pour son avancement spirituel.

C'est tout à fait différent lorsque des discussions s'engagent sur le terrain des réalisations spirituelles. Dans ce cas, le niveau et les propriétés de chacun sont très importants. Dans les générations passées, les êtres humains pouvaient s'élever individuellement, certaines âmes reçurent des désirs et furent remplies.

Nous traversons actuellement une période d'ascension générale du monde entier. Donc la question qui doit être posée est la suivante: Méritons nous de nous hisser au niveau supérieur avant d'avoir servi le monde à son niveau actuel? Nous avons affaire ici à un véritable problème. Aujourd'hui le monde est obligé de s'élever dans sa globalité. Par conséquent, bien que nous méritions de nous élever spirituellement, nous sommes quand même subordonnés par notre participation à l'avancement spirituel du monde. Autrement dit, l'ascension spirituelle d'un individu ne dépend pas de lui, mais plutôt de la progression du Kli collectif.

Question: Est ce que chacun doit réaliser la nécessité de traverser la Mahsom (barrière)?

Tout le monde traversera la Mahsom individuellement.

Question: Qu'est ce qui doit unir un groupe? Est ce que tout le monde doit se concentrer sur la même pensée?

Un groupe n'existe que si ses membres sont associés à une même idée et engagés à partager le même élan.

Question: Il y a tant de personnes ici. Comment puis je connaître leur idéal?

Un groupe composé de plusieurs personnes n'est pas un groupe. Un véritable groupe signifie que la totalité de ses adhérents forme une seule et même personne. Sinon c'est quelque chose d'autre.

Un groupe de cabalistes est constitué de personnes partageant un seul et unique objectif. C'est tout! Un groupe peut être constitué de 50 personnes avec seulement 5 d'entre elles qui constituent son cœur.

Question: Durant les leçons, de nombreuses pensées viennent constamment me distraire. Comment cela fonctionne t'il?

C'est un bon signe qui caractérise l'évolution du Kli. Nous savons toutefois vers quelle pensée nous tourner à chaque instant, quel est notre but dans la vie, et qu'est ce qui est le plus important à nos yeux. Un groupe ne peut pas exister sans cela.

Question: Quelle est la signification de l'exaltation intérieure?

L'enthousiasme, l'ardeur peut prendre forme avec les choses les plus matérialistes et les plus simples. Lorsque nous la ressentons, nous devons l'examiner avec prudence. Puisque notre travail consiste à lutter contre notre égoïsme, tout doit être prévu. Notre égoïsme nous égare constamment et nous pousse à satisfaire ses désirs. Notre action contre l'égocentrisme ne doit donc pas s'appuyer sur cette émotion.

Dans un état normal, le sentiment que nous ressentons sera toujours tourné vers soi. Un groupe se doit d'avoir un programme précis. Nous devons savoir quelles sont nos activités du jour, comment nous rappeler entre nous de notre destination commune, comment chacun fait pour se le remémorer, quel genre de notes et de pense-bête utilisons nous, etc. C'est un travail continu et très laborieux. Le Baal HaSoulam décrit dans ses lettres et dans ses articles la manière de revenir vers une pensée juste.

A la page 70 de son livre contenant toutes ses lettres, il écrit au sujet de cet état le plus merveilleux : «Lorsque vous êtes continuellement (!) en communion avec le Créateur, tel un homme épris de passion, lorsque ses yeux ne voient plus que Lui.... » Cela vous fait voir combien votre désir est intense. Une personne doit cependant travailler avec acharnement pour arriver à cet état.

C'est sous l'influence de Or Makif (lumière environnante) que nous parvenons à cet état. Notre problème est que nous oublions l'influence de la lumière. Nous avons l'impression d'avoir à développer la spiritualité par la force. Nous ne pouvons pas agir de cette façon; cette attitude nous entraînera toujours dans la direction opposée. L'aspiration spirituelle apparaît uniquement sous l'influence de la lumière.

 

 

   
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