Branche et racine

Rav Baruch Ashlag

Commentaires du Rav Michaël Laitman
 

Les concepts de «branche», l'effet et de «racine», la cause, correspondent à «Eretz Israël» qui est une branche de la sefira de la malkhout. La malkhout désigne le «récipient» créé par le Créateur pour recevoir les bienfaits, la lumière que le Créateur a décidé, désire procurer à la création.

Le désir de recevoir pour soi-même, créé par le Créateur, existe depuis le début. Ensuite il s'est produit une réparation : recevoir dans ce récipient est interdit sauf à la condition d'éprouver du plaisir en orientant ses pensées vers celui qui donne. Les bienfaits parviendront donc aux créatures sans éprouver un sentiment de honte appelé « Nehema de Kissoufa».

Cette réparation est nécessaire pour neutraliser le sentiment de honte qui apparaît chez celui qui reçoit ce qu'il n'a pas mérité. Ce sentiment de honte humilie à tel point la création qu'elle préfère, d'une manière générale, ne rien recevoir du tout. Le sentiment de honte qui accompagne l'acceptation du plaisir transforme celui-ci en douleur, en humiliation, en souffrance.

Après la réparation de l'intention, si la création se délecte en s'orientant vers celui qui donne exclusivement, elle peut recevoir les bienfaits sans la moindre honte, car elle reçoit alors non pas pour elle-même, mais pour faire plaisir à Celui qui donne, le Créateur et, ce faisant, Lui fait plaisir.

Si les créations reçoivent pour elles-mêmes, autrement dit pour leur propre bénéfice, elles sont obligées de ne recevoir qu'une quantité limitée de bienfaits car elles éprouvent de la honte, par conséquent elles ne reçoivent que ce qu'il leur faut, car il n'y a pas de honte à recevoir le strict nécessaire pour exister, la création n'étant pas coupable de devoir respirer, manger, dormir, etc.

Recevoir plus que le nécessaire induit un sentiment de honte. C'est pourquoi la faculté de recevoir ce qui émane du Créateur est limitée. Le Créateur a souhaité créer une création qui reçoive sans limite aucune. Il a par conséquent créé la «Restriction» et «l'Ecran» pour que les créations puissent recevoir non pas à des fins personnelles, sans éprouver ainsi de la honte, mais sans limites.

Cette création qui a fait l'objet de réparations, c'est à dire de la «restriction» et de la mise en place de l'écran porte le nom de «malkhout». Tout dans l'univers, à l'exception du Créateur, correspond à la malkhout ou à ses fragments. C'est de cette malkhout du monde de l'Infini, dans un mouvement descendant, que descend dans le monde de l'Atsilout la branche appelée malkhout du monde de l'Atsilout, appelée encore «Eretz» (terre) du mot «ratson», désir.

Elle est appelée «Terre sainte», désir saint, parce que c'est dans cette Terre sainte que se trouvent les Commandements, les réparations spécifiques à Elle, qu'il est nécessaire d'observer en Israël, c'est à dire dans le désir orienté vers le Créateur (Israël, des mots «Yachar El», directement vers le Créateur), et non dans d'autres pays, c'est à dire dans d'autres désirs.

Il existe des racines spirituelles pour les terres (c'est à dire pour les désirs) qui entourent Israël: la Transjordanie, la Syrie, Babylone, le Liban et pour tous les autres pays (voir le Talmud des dix Sefirot, chapitre 16).

Le «Lieu saint» se situe donc en Terre Sainte, autrement dit en Terre d'Israël après qu'elle a été sanctifiée, réparée par une intention altruiste. Avant cela, le peuple d'Israël (autrement dit l'intention de recevoir «pour faire plaisir au Créateur») est entré sur cette terre (s'est uni au désir égoïste primordial). Sept peuples (sept désirs égoïstes, désignés par le terme «goïm») y habitaient.

Si l'on parle en termes de « racine – branche», les racines de ces 7 peuples correspondent aux 7 sefirot du système égoïste impur qui est antinomique au système de sainteté, d'altruisme. Cela signifie que ces peuples, ces désirs, proviennent du système où la malkhout n'est pas dotée d'un écran qui transforme l'intention «de se délecter à des fins personnelles» en intention de «se délecter pour faire plaisir».

Au début sont entrés 7 peuples qui sont liés à la malkhout, 7 désirs qui représentent le désir égoïste global, la malkhout, qui ne s'est pas encore dotée d'un écran, d'un massakh, autrement dit cela correspond à la période précédant le processus de sa réparation. Après sa réparation elle, ses désirs, est entourée d'un écran, d'une intention altruiste, vis à vis de ce désir, ainsi qu'il est dit «Israël est venu et s'est emparé de cette terre».

C'est ce qui se produit également dans le cœur de l'homme: au début, c'est le «Yetser hara» (le mauvais désir, le désir de recevoir uniquement pour soi-même) qui s'installe et il est ensuite chassé par le «Yetser hatov» (le bon désir, le désir de recevoir uniquement dans l'intention de faire plaisir au Créateur).

Il existe pourtant une différence entre le cœur de l'homme et la Terre d'Israël bien que ces deux branches proviennent d'une même racine, la malkhout. Il y a un côté extrinsèque et intrinsèque dans tout élément spirituel. Le côté intrinsèque de la «Terre d'Israël» correspond à la Puissance divine. Son côté extrinsèque est la terre même, la Terre d'Israël, autrement dit le concept concret.

C'est la raison pour laquelle mériter le niveau de «Puissance divine», autrement dit de  «Terre d'Israël» n'implique absolument pas de se trouver sur le territoire d'Israël. Nous le savons, de nombreux sages juifs ont accédé au degré de perception du Créateur et sont parvenus à l'union avec Lui (manifestation de la Chekhina) alors qu'ils se trouvaient au-delà des limites d'Israël.

Au contraire, les habitants d'Israël peuvent être des pécheurs invétérés, la Terre d'Israël n'a aucune action sur eux pour qu'ils fassent leur réparation, qu'ils étudient la Torah et observent les commandements. Cela signifie que le côté extrinsèque de l'élément ne peut pas avoir d'action sur le côté intrinsèque. Autrement dit, le côté extrinsèque de la Terre d'Israël (en tant que territoire) n'a pas d'action directe sur le cœur de l'homme (le côté intrinsèque de cet élément).

Il arrive parfois que le côté extrinsèque agisse sur l'intrinsèque. Par exemple, il ne faut pas dire le «Kaddish» si le miniane, autrement dit 10 Juifs adultes ne sont pas réunis. Qui plus est, 10 Juifs ignorants peuvent dire le Kaddish, lire dans les rouleaux de la Torah, etc., alors que 9 justes ne le peuvent pas, car il s'agit de Commandements qui concernent le côté extrinsèque, non l'intrinsèque.

Dans l'Introduction au Livre du «Zohar», paragraphe 69, il est dit qu'il est interdit de discuter avec les sages juifs qui ont vécu en des temps antiques quand il s'agit de Torah «révélée». La raison en est que pour tout ce qui concerne l'observation pratique des Commandements, ils faisaient considérablement plus que les générations suivantes, y compris la nôtre.

Le niveau d'observation pratique tire son origine dans les récipients, les sefirot, qui sont extérieurs par rapport à la lumière qui se trouve en elles. La lumière est la partie intrinsèque du système spirituel.

Les secrets de la Torah et le sens intrinsèque, voilé de chaque Commandement, de l'action spirituelle, émanent de la lumière qui emplit la sefira. Il s'ensuit que la partie révélée de la Torah, autrement dit sa partie pratique, concerne le côté extrinsèque du système spirituel.

C'est pourquoi, il y a des Commandements qui ne peuvent être observés que sur le territoire d'Israël. Par exemple le Temple ne peut être construit que sur la Terre d'Israël. Cependant, pour ce qui concerne le côté intrinsèque, autrement dit, quand il s'agit du cœur de l'homme, celui-ci n'a pas l'obligation d'être sur le territoire de la Terre d'Israël bien qu'ils aient tous deux une racine commune, la malkhout (appelée la Terre d'Israël).

Il existe toutefois quelques unités, des personnalités particulières, qui aspirent à unir l'aspect intrinsèque à l'aspect extrinsèque, elles ne peuvent le faire que sur le territoire de la Terre d'Israël.

Prenons les trois concepts suivants: «monde», lieu, «année», temps, «âme», habitant du monde qui se trouve dans un endroit précis à un moment précis. Pour les unir, il faut observer trois conditions simultanément. Cela signifie qu'il doit y avoir un certain lieu, le «monde» (par exemple le Saint des Saints dans le Temple), il doit y avoir un temps précis, de «l'année» (par exemple à «Yom Kippour»), et il doit y avoir une certaine «âme» (par exemple le Cohen Gadol, le premier prêtre). C'est seulement l'union de ces trois concepts qui peut engendrer une certaine action spirituelle.

Du point de vue intrinsèque, s'agissant donc du cœur de l'homme, c'est le travail effectué pour se défaire de l'emprise de l'égoïsme que désigne l'expression «Terre des non Juifs», «Terre des sept peuples». Accéder à ce degré des désirs faisant que l'homme est mû uniquement par l'amour pour son Créateur, c'est ce que signifie «faire entrer le peuple d'Israël sur le territoire de Eretz Israël» (c'est-à-dire dans son cœur).

C'est alors que l'on peut parler des notions spirituelles de «jour» et de «nuit»:

Le «jour» représente l'intériorité de l'homme, quand il est dans de bonnes dispositions, et que rien n'exige d'être amélioré, le soleil brille, l'homme n'a rien à faire pour qu'il continue à briller. Tout ce que l'homme à faire est de ne pas «empêcher» le soleil de briller.

La «nuit» représente cet état que l'homme ressent et qui l'oblige à faire quelque chose pour qu'il y ait la lumière en lui, tout comme, par exemple, dans le monde matériel, l'homme allume une lampe ou une bougie quand il fait obscur. Si l'homme ne fait rien, autrement dit qu'il ne procède pas à sa réparation, il n'aura pas de lumière.

 

 

   
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