Tou bi Shvat
Fête des kabbalistes


Par Eli Vanikour et Moshé Admoni
 

La fête des arbres est une opportunité de vérifier le degré de douceur des fruits que nous pouvons produire.

Tou Bi Shvat annonce le début de la saison la plus magique de l’année. L’air se purifie, les cieux s’éclaircissent et les rayons de soleil percent les cimes des arbres. L’hiver est pratiquement terminé et le printemps se fait sentir. Ainsi, après que la majorité des pluies soit tombée et que tout est prêt pour une nouvelle floraison, commence un étonnant processus qui conduira l’arbre à produire des fruits.

Au cours des générations les kabbalistes se sont appuyés sur l’exemple du développement de l’arbre pour nous décrire le processus emprunté par l’homme: du début jusqu’à sa fin, lorsqu’il arrive à la perfection.

Les kabbalistes, sur la base de leur expérience personnelle, ont décrit en image et simplement notre processus de croissance, qui est de parvenir à la production de fruits spirituels doux et juteux. Ils décrivent Tou Bi Shvat comme une fête symbolisant l’apogée à laquelle toute la création doit et peut parvenir; à cette fin ils l’ont décrit en se servant d’un fruit parvenu à maturation.

Jusqu’au XVI°siècle Tou Bi Shvat avait une signification particulière pour les kabbalistes de Safed qui à l’époque avait fixé un Seder «Une nuit de joie des arbres». Il était de coutume de se revêtir de vêtement de fête, de décorer la table avec des fleurs et des rameaux de myrtes et de placer de nombreux  fruits poussant en Israël et du vin.

C’est ainsi que les kabbalistes prenaient place et étudiaient le Livre du Zohar.

Les kabbalistes ont attribué une grande importance à cette fête, ils en ont fait le symbole d’une opportunité donnée à tout un chacun de cueillir les plus beaux fruits qui nous attendent : La vie spirituelle 

Le monde hors du radis

« Le même ver qui est né dans le radis, vit et pense que le monte entier n’est qu’amertume, obscurité et petit parce qu’il est né dedans. Cependant dès l’instant où il perse à l’extérieur et regarde ce qui existe en dehors du radis, il s’émerveille et dit : moi qui pensais que le monde était de la taille du radis dans lequel je suis né ! Maintenant je vois que le monde est grand, lumineux, fort et beau.» (Baal HaSoulam, Introduction au Livre du Zohar, point 40)

Tout au long de nos vies, nous nous fixons des buts et espérons qu’en les atteignant nous serons heureux. Le fruit, la récompense, qui se tient devant nous nous semble attirant, et ce jusqu’à ce que nous fassions de nombreux efforts pour y arriver. Nous passons de nombreuses années à construire une carrière, nous fondons une famille, nous travaillons dur pour vivre, nourrir nos enfants et leur assurer un avenir.

Parfois, pour mettre un peu de piment dans notre vie, nous économisons de l’argent pour partir en voyage au bout du monde. Ce dernier était alors le «fruit» convoité; or, le plaisir ressenti a vite disparu et nous revenons à la routine quotidienne.

Lorsque l’on observe nos vies, nous voyons que nos aspirations changent constamment : le fruit de la veille se transforme aujourd’hui en un nouveau but, qui déjà ne semble plus aussi séduisant qu’hier. Il semblerait que les choses désirées et acquises ne nous satisfassent plus. De plus, une chose inconnue en nous ne nous donne pas de repos, elle nous pousse à constamment rechercher un fruit plus grand et incomparable.

En fait, notre vie est une course sans fin après le bonheur, souvent elle occasionne frustration et déception. C’est pourquoi parvenu à un certain stade, nous commençons à ressentir que le monde est sans satisfaction et trop petit.

Le Rav Yéhouda Ashlag (Baal HaSoulam) décrivit merveilleusement cette sensation au travers de la fable «Le ver et le radis.»  Il écrit que l’homme ne connaît pas encore le beau et sublime fruit qu’il se doit de rechercher; c’est pourquoi, il lui semble que tout son univers est limité à la réalisation d’objectifs provisoires, qui ne seront pas satisfaits. Le ver ne connaît que l’amer et l’obscur radis dans lequel il est né et croit que toute la réalité est aussi amère que le radis. Cependant, quand il entendra parler d’un fruit doux, arrivé à maturation et comment parvenir à saisir ce fruit, l’homme, comme le ver, «pourra sortir sa tête hors du radis» et voir le beau monde spirituel rempli de lumière qui l’attend. Le Baal HaSoulam souligne dans ses écrits que si nous parvenons juste à ouvrir les yeux, nous verrions que le chemin pour parvenir à la plénitude est à portée de mains.
 

La croissance: mode d’emploi

« Il est écrit: car ‘l’homme est un arbre du champ’ (Deutéronome XX ; 19), c’est-à-dire tous les travaux applicables à l’arbre pour que les fruits poussent, s’appliquent également à l’homme…. Les fruits sont le but de l’homme.» (Rav Baruch Ashlag, lettre 17, dans le livre Shamati.)

Tout au long de l’histoire, les kabbalistes se sont efforcés d’adapter la sagesse de la Kabbale pour l’époque à laquelle la génération serait prête et que la sagesse devra se dévoiler aux quatre coins de la terre: notre époque.

Depuis l’époque du Ari, tous les plus grands kabbalistes ont appelé à ce que la méthode de perception du monde spirituel soit diffusée à toute la nation. Au début du XX°siècle «deux grandes lumières», le Rav Kook et le Baal HaSoulam ont poursuivi le chemin du Ari, en permettant d’accéder, de comprendre et d’appliquer cette méthode. C’est ainsi qu’ils ont préparé le terrain pour notre génération et ont vraiment fait sortir du radis la sagesse de la Kabbale.

Le Rav Baruch Ashlag (le Rabash), le fils et le continuateur du chemin tracé par le Baal HaSoulam nous a laissé des écrits pour le mettre en œuvre pratiquement et simplement et parvenir à une meilleure vie, permettant de transformer le développement spirituel, symbolisé par Tou Bi Shvat, en une chose compréhensible et réalisable pour chacun d’entre nous.

Le Rabash commenta le verset «car l’homme est un arbre du champ» et expliqua que cela nous concernait. Comme l’arbre, qui à la fin de sa croissance produit des fruits doux et comestibles, l’homme également produira un fruit parfait, c’est-à-dire parviendra au degré de développement le plus parfait existant dans la réalité.

Dans une lettre écrite à l’intention de ses étudiants, le Rabash compara l’évolution de l’homme à celui d’un arbre. Il décrit en détail et clairement toutes les étapes à traverser dès l’instant où l’homme est en contact avec la Sagesse de la Kabbale, moment où la graine est semée en terre, jusqu’au moment où les fruits de l’arbre seront mûrs, c’est-à-dire lorsque l’homme atteint le plus haut degré spirituel.
 

Préparer le sol

« ….Parce que jusqu’à ce que l’homme soit qualifié pour produire des fruits, il se doit d’entreprendre tous les travaux usités pour l’arbre.» (Rav Baruch Shalom Ashlag, Lettre 17, livre Shamati.)

La première étape à passer pour progresser se nomme semer. En effet, pour que l’arbre grandisse correctement et sainement, la chose la plus importante est de choisir un sol fertile et adéquat, ce qui donnera à la graine les meilleures conditions de croissance. Il en est de même pour le développement spirituel, nous devons chercher le meilleur environnement qui nous octroiera les conditions nécessaires à notre développement.

Le Rabash expliqua que l’environnement qui influe notre vie ne se réduit pas uniquement à notre lieu d’habitation ni à ce que nous connaissons. Notre environnement se compose également de toutes nos aspirations à la connaissance sur notre monde, les informations qui influencent notre façon de penser et notre perception de la réalité.

Comment construire l’environnement adéquat pour progresser spirituellement?

Le Rabash répond simplement et dit, plus l’homme s’intéresse à la sagesse de la Kabbale en lisant des livres authentiques, plus il commence à se préparer un bon environnement, adéquat à sa croissance spirituelle. Dans le passé, il était difficile de trouver un tel environnement, les livres de Kabbale étaient difficiles à comprendre et peu de professeurs

enseignaient la signification intrinsèque de la sagesse de la Kabbale. De nos jours, nous disposons d’une grande diversité de sources avec lesquelles nous pouvons étudier cette sagesse.

Ces moyens réveillent l’homme et font qu’il recherche la réalité spirituelle et lui apprennent à se diriger en chemin. C’est ainsi que l’homme apprend pas à pas à harmoniser sa vie avec la sagesse de la Kabbale.
 

Le déchet devient de l’engrais

Après avoir choisi un bon environnement, nous devons fertiliser le sol. En ce qui concerne notre chemin spirituel, cette étape est capitale. La spiritualité qui jusqu’à présent était sans importance, et inutile commence à prendre une place centrale dans nos vies et ajoute positivisme et espoir. Les déceptions encourues lors de nos précédentes expériences liées à différents buts escomptés se transforment en joie et en une compréhension de la vie.

Nous commençons à comprendre les raisons des évènements dans notre vie; en nous attachant aux sources authentiques de la Kabbale, nous gagnons en confiance et ainsi nous découvrons qu’elles peuvent nous faire progresser vers le «vrai fruit» de notre vie, le fruit spirituel, parfait et éternel. La nouvelle importance octroyée à la spiritualité ajoute une note positive dans nos vies, et nous recevons de nouvelles forces à chaque instant. Celles-ci nous aident dans notre progression, rendant notre environnement plus fertile. Ce qui dans le passé nous semblait important devient caduc, se transforme en déchet, nous aidant à progresser spirituellement.
 

Creuser et examiner

Pour que la graine pousse et par la suite prendre racine également, il convient de préparer la terre, la retourner et la sarcler. Le Rabash explique : comme on creuse profond pour un arbre, l’homme également doit creuser et examiner la raison de la venue dans ce monde. Cependant, lorsque nous nous élevons sur l’échelle spirituelle la question sur le sens de la vie se transforme en une source de lumière sur le chemin spirituel emprunté. Nous apprenons comment creuser de plus en plus profond les strates de la réalité et comment faire pénétrer la lumière de la Kabbale dans nos vies.
 

Couvrir les doutes

L’étape suivante sur l’échelle spirituelle se nomme «recouvrir».

Lors de la croissance d’un arbre, il est de coutume de recouvrir les racines enfouies de poussière afin que celles-ci puissent continuer à croître sans incident. Tout comme l’arbre, nous sommes assaillis de doutes en chemin, et rencontrons des moments où nous ne croyons plus en nous possibilités de terminer le voyage spirituel ni d’atteindre le fruit mature. 

C’est la raison pour laquelle nous devons «recouvrir» ces pensées, c’est-à-dire, lutter contre elles (en hébreu le verbe lutter et le mot poussière ont la même racine), les écarter de notre chemin et de les «couvrir». Autrement dit, une fois parvenu à cette étape, nous devons faire primer les paroles des kabbalistes sur les doutes émergeants, car les kabbalistes ont déjà passé ces étapes, étapes encore à venir pour nous.

Oter les branches mortes

Au cours du chemin, pour que l’arbre produise des fruits sucrés et comestibles, nous devons couper toutes les branches mortes empêchant la croissance des fruits. Lorsqu’une branche s’assèche sur l’arbre, elle ne peut pas produire de fruit et il faut l’enlever. Nous apprenons nous aussi, comment ôter en nous progressivement tout ce qui retarde notre compréhension du véritable sens de la vie.

Déjà dans l’enfance, nous sommes très influencés par notre environnement. Les valeurs inculquées forment nos aspirations, nos us et coutumes et nos préjugés à l’égard de la réalité, ce qui fait que nous sommes partis en quête de fruits fugaces et passagers.

Cependant cet environnement ne nous a pas donné des valeurs ni un savoir sur l’existence du véritable fruit, le fruit spirituel et réel de nos vies.

Au contraire, la société nous a éduqué à obtenir tout ce que nous désirons, sans aucune compréhension de la réalité spirituelle, toutefois, quand l’homme se développe spirituellement, il commence à ressentir que tous les us et coutumes avec lesquels nous avons été élevés, sans explication, ne nous apportent satisfaction quant au sens de la vie, et deviennent «secs» à nos yeux.

Tout comme une branche desséchée sur l’arbre ne peut produire de fruit et par conséquent à enlever, nous devons nous aussi apprendre à enlever progressivement en nous ce qui nous retarde dans la compréhension de la véritable signification de nos vies.

La Rabash appelle cette action tailler, enlever les branches mortes de l’arbre. Il poursuit son «mode d’emploi» dans sa lettre en indiquant qu’il nous appartient de réaliser d’autres actions à des stades plus avancés de notre développement spirituel. Désherber, découper, brûler et élaguer. Telles sont les travaux supplémentaires qui nous guident pour parvenir au degré le plus élevé : l’homme parfait produisant des fruits arrivés à maturation.
 

La fertilité de la terre

« Comme un arbre planté près d'un courant d'eau, qui donne ses fruits en leur saison, dont les feuilles ne se flétrissent point; tout ce qu'il fera réussira.» (Psaumes I, 3)

Dans de nombreux écrits, les grands kabbalistes ont, par analogie, comparé l’homme à l’arbre du champ. Ils tenaient à nous montrer que tout un chacun peut croître et voir les fruits spirituels au cours de sa présente vie.

Tel l’arbre, nous nous stabilisons dans le sol, plantons nos racines et grandissons vers la spiritualité. Nous commençons notre croissance spirituelle comme une petite graine, quand se réveille la question sur le sens de la vie. Ainsi, nous sommes prêts pour grandir et connaître simultanément la réalité spirituelle et matérielle. En grandissant, nous trouvons les réponses à nos éternelles questions existentielles. Nous atteignons un degré duquel nous ressentons la force supérieure dans sa plénitude et nous unissons avec, et alors le monde qui autrefois n’était qu’obscurité, amertume, se dévoile comme un monde remplit de lumière, de merveilles, de puissances et de beautés.
 

Le nouvel an des arbres

 Il symbolise une nouvelle opportunité. De nos jours, nous disposons de tous les moyens nécessaires pour conduire notre vie vers de nouveaux cieux plus propices. La terre est fertile et adéquate à la croissance spirituelle, tout ce qu’il nous reste à faire est d’ajouter un peu de sagesse de la Kabbale à nos vies.

En agissant de la sorte, nous atteindrons le sommet de l’échelle spirituelle et pourrons fêter ensemble, en tant que peuple parfait et uni, Tou Bi Shvat spirituel, la fête de la vie.

 

 

   
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